CHAPITRE VII
tendu, il pouvait rétablir le lustre et la puissance de sa nouvelle patrie , reprendre la Finlande , être sur Pétersbourg avant que j'eusse atteint Moscou ; mais il a mieux aimé céder à des ressentiments personnels, à une sotte vanité, à de petites passions. La tête lui a tourné , à lui , ancien jacobin , de se voir recherché, encensé par un empereur de toutes les Russies, qui ne lui épargnait aucune cajolerie. On assure même qu'Alexandre lui fit insinuer qu'il pouvait prétendre à une de ses sœurs, en divorçant d'avec sa femme; et, d'un autre côté, Murât, m'a-t-on assuré, lui écrivait pour lui faire remarquer que le Béarn était le berceau de leurs deux maisons ! Dans ^on enivrement, Bernadette sacrifia son ancienne patrie, sa propre gloire , sa véritable puissance , la cause des peuples, le sort de l'Europe ; c'est, aujourd'hui , le seul parvenu qui occupe un trône; mais, patience! la sainte-alliance ne peut tolérer ce qu'elle appelle un pareil scandale, parce que, en effet, il serait pour elle d'un exemple trop dangereux ! »
Ici le nom de Marmont, quoique prononcé bien bas par un des assistants , étant venu à retentir à l'oreille de FEmpereur, Napoléon se leva vivement de son siège et s'écria :
— Marmont, dites-vous?. . . Oh ! Marmont ! . . . Messieurs ! ajouta-t-il, jamais défection ne fut ni plus avouée, ni plus funeste que la sienne ; elle est dans le Moniteur, écrite de sa propre main ; cette défection a été la cause immédiate de nos malheurs , le tombeau de notre puissance, le nuage de notre gloire ! Et pourtant , reprit l'Empereur d'un ton d'affection, je le répète , parce que je le pense, ses sentiments valaient mieux que sa conduite ; les journaux de Fraitce m'ont appris qu'en sollicitant pour ce pauvre Lavalette, il avait répondu avec effusion aux impossibilités que lui opposait Louis XVIII : « Mais, moi, sire, fat donné à Votre Majesté plus que la vie. » D'autres nous ont livrés aussi, ajouta Napoléon, et d'une manière bien autrement affreuse ; mais du moins ils n'ont pas fait trophée de leurs actes en les consacrant par des pièces officielles. C'est la