‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 81 sur 179 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

vanité qui a perdu Marmont : la postérité flétrira sa vie ; pourtant, je le répète encore, son cœur vaut mieux que sa réputation , mais il semble, en vérité, que la fatalité ait présidé à sa naissance.

Ces dernières paroles de FEmpereur, ce jugement du martyr de Sainte-Hélène à l'égard de celui de ses lieutenants qu'il avait le plus aimé, sont bien caractéristiques. En effet, l'infortuné Louis XVI montait à peine sur le trône, quand l'enfant qui devait un jour porter le titre de duc de Raguse vint au monde. De quelle stupeur n'auraient pas été frappés ceux qui assistèrent à sa naissance , si , devant son berceau, une voix prophétique leur eût révélé son étrange destinée ; s'il leur eût été annoncé que lorsque cet enfant aurait atteint quinze ans, l'antique monarchie de Hugues-Capet s'écroulerait , et que , soldat d'une république , l'adolescent servirait sous les ordres d'un commandant, qui, devenu son empereur, le ferait maréchal de France ! puis que, vingt ans après, il se séparerait de son glorieux maître pour i. 2!

devenir capitaine des gardes d'un frère de Louis XVI remonté au trône de sa race ; et que, quinze années plus tard, une seconde révolution, qu'il serait chargé de combattre, briserait son épée, et, le jetant dans Texil, lui donnerait le triste loisir de parcourir le monde, et de revoir, à trente-six ans de distance, le théâtre le plus lointain de ses travaux guerriers, le Nil, les Pyramides et le désert !

Nous ne craignons pas de le dire : le duc de Raguse nous apparaît comme un personnage tragique, dans le sens antique du mot. Il a été mêlé à de grands événements , et il y a toujours eu, dans sa vie , quelque chose de fatal. £t un jour viendra où les poètes tragiques mettront le duc de Raguse dans leurs drames , comme Schiller a fait entrer dans sa poésie les capitaines de la guerre de trente ans. Mais revenons à l'Empereur.

Après avoir cité les grandes notabilités de nos camps, Napoléon parla encore de ceux qui, dans les rangs secondaires, avaient montré de grands talents et de grandes qualités ; c'est

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