CHAPITRE VU
— Ma fol ! j*en suis bien aise, mon cher maréchal, dit Napoléon en riant et en se frottant les mains, il faut que tout aujourd'hui se ressente de cette petite réunion de famille.
Et il agita un cordon de sonnette.
Son premier valet de chambre s'étant présenté, Napoléon fit deux pas, lui dit quelques mots à voix basse, puis ajoula à haute et intelligible voix :
— Allez, Marchand, faites ce que je vous dis et revenez promptement.
Le fidèle serviteur revint bientôt , tenant à la main une magnifique montre en or de Bréguet, et la remit à TEmpereur qui, en la recevant, dit encore à Marchand :
— Merci î continuez à me servir comme vous faites, je ne vous oublierai pas non plus.
Alors, présentant cette montre au grand maréchal , il ajouta avec le plus gracieux sourire :
— Tenez, mon cher Bertrand, cette montre sonnait deux heures de la nuit , à Rivoli, lorsque j'ordonnai à Joubert d'attaquer ; prenez-
246 MYSTÈRES DE SÂlNTE-HÉLÈNE.
la, et rappelez-vous que désormais vous êtes identifié à mon sort.
Et en disant ces mots , l'Empereur appuya sur la détente de la sonnerie qui fit entendre deux heures.
— Il est bien tard, dit-il. Messieurs, relirons-nous chacun chez nous. Adieu, Gourgaud, vous savez que vous êtes mon ouvrage, et, par conséquent, mon enfant. Adieu, mon cher Montholon, vous pourrez un jour vous vanter de la fidélité que vous m'avez montrée et de toute l'affection que je vous porte. Quant à vous , mon cher historien , dont la conduite comme la vie a toujours été honorable et sans reproche, j'aime à vous le dire, donnez-moi la main...
M. de Las Cases, ému jusqu'aux larmes, prit la main que Napoléon lui offrait, et la porta avec effusion à ses lèvres en disant :
— Ah ! sire , Votre Majesté me rend bien heureux...
— Vous voulez dire moins malheureux, interrompit Napoléon ; soit, l'exil vous semblera