‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 84 sur 179 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

moins lourd, et nos cœurs seront plus légers. Bonsoir donc, messieurs, répéla-t-il encore en faisant à tous un salut affectueux.

Précédé de Marchand, qui avait pris deux flambeaux, l'Empereur entra dans sa chambre à coucher. Les assistants durent se retirer et s*endormir comme on s'éveille sous le charme d'un rêve délicieux.

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Les grands hommes sont, comme le vulgaire , soumis aux séductions , aux caresses de l'espérance. De 1815 à 1818, Napoléon se montra, à Longwood, aussi placide, aussi gai d'esprit et d'imagination qu'aux plus beaux temps de sa puissance. La lourde chaîne de l'exil semblait lui paraître légère, et sa grande àme , accoutumée à dominer même

les catastrophes les plus terribles , se mouvait avec autant de régularité et de stoïcisme que sur les champs de bataille de la Moravie , de TEspagne et de la Russie. Mais, à dater de la fin de 1818, Tavenir, et quel avenir! apparut au héros sous ses véritables couleurs , celles du sépulcre. Dès ce moment, son corps s'affaiblit , ses idées , toujours vives , se rembrunirent ; sa noble figure prit une teinte lugubre, et la résignation patiente du martyr s'étendit sur son large front comme un linceul. Parfois quelques éclairs venaient briller dans les yeux du héros et rendre au galbe antique de son visage une partie du prestige de son regard ; mais bientôt ces rares épaves d'un bonheur évanoui, d'un souvenir fugitif , s'effaçaient, et ce regard, qui savait lancer la foudre, cette bouche qui avait d'un mot renversé des trônes ou créé des rois , reprenaient leur morne fixité ; le génie, comme l'espérance, avait replié ses ailes d'azur, et Napoléon paraissait attendre le signal désiré où Dieu le rappellerait à lui. Car les grandes âmes sont instincli-

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