CHAPITRE Vlir. 2ol
vement averties de leur départ de cette terre d'épreuves, parce qu'il y a entre les esprits des grands hommes et la Divinité un commerce mystérieux que le vulgaire ne comprend pas , parce qu'il ne saurait l'expliquer.
Lorsqu'àla fin del'année 1817, lord Amherst, ambassadeur de la Grande-Bretagne en Chine , arriva à Sainte-Hélène, revenant de Pékin, Napoléon était encore dans cette phase heureuse de son exil où l'avenir lui apparaissait sous un point de vue glorieux. Par un remarquable hasard, l'ambassadeur anglais avait pris passage, pour retourner en Europe, sur un navire marchand qui s'appelait le César. Eu apprenant que Napoléon se trouvait à Sainte- Hélène, lord Amherst décida que son bâtiment ferait une relâche dans celte île, car il voulait profiter de l'occasion que la fortune lui offrait de voir l'homme qui, pendant vingt ans, avait rempli le monde du bruit de son nom.
Le jour même de son arrivée , le noble lord se présenta à Plantation-House , résidence du gouverneur. Le lendemain il se transporta, ac-
compagne de sir Hudson Lowe , chez le grand maréchal.
Lord Amherst était un homme du monde , il n'avait ni les formes empesées d*un diplomate , ni la morgue d'un oligarque britannique. Doué d'un esprit iîn et observateur, l'ambassadeur joignait à beaucoup de politesse l'art très-rare, même chez les hommes de distinction, d'entretenir une conversation insignifiante avec grâce et entraînement. Après avoir causé en anglais quelques instants avec madame Bertrand , car cette dame parlait cette langue avec facilité, lord Amherst aborda franchement le motif de sa visite , et exprima le désir ardent qu'il ressentait d'obtenir une audience de l'Empereur.
— J'avoue , M. l'ambassadeur, répondit le grand maréchal, que ce souhait me parait très-naturel, mais je n'ose vous promettre qu'il sera exaucé. Depuis six mois l'Empereur est l'objet de traitements indignes , et il a pris la détermination de ne plus voir personne. Cependant je transmettrai à Sa Majesté votre