‹ Les mystères de Sainte HélèneChapitre 87 sur 179 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

sions qu'elle compte sur tous les points du globe , ne pourra mettre en ligne que trente ou quarante mille hommes tout au plus ; la Russie lui en opposera deux cent mille , et si ces deux cent mille ne suffisent pas , elle en enverra trois cent, quatre cent, cinq cent mille ; car la Chine est sa voisine, et si de son pied la Russie touche à l'Europe, elle tient par son bras à l'Asie, qu'elle doit. dévorer tôt ou tard.

— Mais, sire, objecta Jord Amherst, permettez-moi de faire observer à Votre Majesté que la Russie s'affaiblira par le seul fait de cet immense empiétement de territoire. L'invasion de la Chine pourra lui coûter cher.

— Monsieur, repartit l'Empereur, si l'Angleterre a pu , depuis près de deux siècles , se créer dans l'Inde un vaste empire , dites-moi qui empêchera la Russie , quarante fois plus peuplée que l'Angleterre, de fonder en Chine un royaume florissant? Mais là ne sera pas tout le mal pour vous , je le répète : la conquête de la Chine par les Russes entraine né-

â58 MYSTÈRES DE SAINTE-HÉLÈNE.

cessaireinent pour vous la perte des Indes ,,la ruine de votre commerce , de votre marine , de votre puissance politique. Il ne vous res-^ tera plus alors qu'un moyen de conserver votre prépondérance en Europe: ce sera de vous rabattre sur TÉgypte et sur la Turquie , et de vous emparer du Bosphore. Ce point occupé, vous tiendrez encore l'Europe sous clef, grâce à Gibraltar et à Malte, et alors vous pourrez attendre patiemment que la Russie , afiâiblie par le nombre de ses conquêtes, vous permette enfin de ressaisir le sceplre du monde, qui se sera échappé de vos mains avec le trident de Neptune. Voilà , M. l'ambassadeur, l'horoscope de l'Angleterre; voilà les événements dont ni vous ni moi ne pourrons être les témoins, mais qui ne manqueront pas de se produire dans un espace de temps plus ou moins long.

— Alors, sire, répondit lord Amherst, que deviendra , dans ce cataclysme que vous prédisez, la France, votre patrie?

— La France? répliqua Napoléon dont les

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