CHAPITRE Vfll
traits s'îlluminèirent tout à coup d'une teinte presque divine, ta France doit vivre autant que le monde, et comme elle n'est ni une puissance marchande ni une puissance envahissanté, elle se tiendra dans les limites de granit que Dieu lui a données. Vous autres Anglais^ vous cherchez des trésors , c'est le grand métier de votre nation; les Russes cherchent, comme leurs ancêtres, des climats plus tempérés, des campagnes plus fertiles* La France, qui est une terre de gloire , de liberté et de soleil, n'a rien à chercher, rien à désirer* Ses moissons , ses vignes , ses forêts , ses fleuves suffisent à ses besoins, à ses plaisirs, à sa gran* deur; la France est le tabernacle des arts, des sciences et de la civilisation, elle ne peut son^* ger à s'étendre : la seule mission de son gouvernement est de la conserver forte et fière ; la France est indivisible comme Dieu lui-même. Malheur à qui oserait porter une main téméraire sur son territoire et sur son indépen" dance ! Elle est le phare du monde ; c'est de son giron que partent les lumières, les opi-
nions qui éclairent, améliorent ou consolent ] rhumanité en marche. M. l'ambassadeur, la N France est le palladium du monde !
— L'esprit de conquête tient peu compte de l'utilité et des mérites d'une nation, fit lord Amherst, et peut-être dans l'effroyable cataclysme que Votre Majesté prévoit , l'intégrité (le la France ne sera-t-elle pas respectée.
— Monsieur, répondît l'Empereur, un peuple peut se laisser battre quand il lutte pour la possession et la conservation de pays conquis nouvellement. Les hommes se lassent facilement de répandre leur sang pour l'avantage (le quelques particuliers, qui croient payer amplement les périls du soldat avec les trésors qu'ils amassent. Il n'en est pas de même d'une urmée qui combat pro ans et focis. C'est la fable d'Antée qui reprend de nouvelles forces en touchant sa mère. En 1814, je n'avais que trente mille hommes avec moi , eh bien ! j'ai fait face pendant trois mois à trois armées dont la plus faible comptait plus du double de la mienne, et je les ai toujours battues malgré