CHAPITRE VIII
que les lettres reçues d'Allemagne et de France lui attribuaient.
— Qu'il me paraîtrait changé ! s'écria tout à coup Napoléon, comme sous l'influence d^une réflexion inachevée dans sa pensée ; qu'il me.paraitrait changé , ce cher enfant, si je le revoyais aujourd'hui ! car en trois ans, les traits du visage et les formes du corps se développent. Me sera-t-il jamais permis de le revoir? et faudrat-il me résigner à ne contempler, le reste de mes jours , que la froide image de mon enfant!
Cette réflexion , qui semblait partir du fond des entrailles de Napoléon, fit frémir involontairement l'assemblée. Sur un ordre de l'Empereur, le buste fut apporté par Marchand et posé sur le manteau de la cheminée; alors chacun rappela la joie nationale, l'ivresse universelle qui avait salué, en iSli, la naissance du roi de Rome. Il est vrai de dire que l'enthousiasme de la France avait gagné l'Europe, et , de toutes parts , de toutes les cours et de tous les pays amis de la France , étaient ve-
uues des lettres de félicitations et des compliments. Napoléon dit, à ce sujet, qu*il avait reçu des lettres du pape, du Grand Turc, du roi de Perse, du dey d'Alger, de l'empereur de Maroc et du bey de Tunis. Puis il ajouta :
— Ce fut une belle et grande époque pour la France et pour moi. La naissance de cet enfant, en resserrant les liens qui m'unissaient déjà à la maison d'Autriche , semblait me promettre une longue série d'années de paix. La France était dans la situation la plus florissante ; les sciences et les arts encouragés faisaient l'admiration de l'Europe ; les grandes Industries , les manufactures que j'avais aidé à fonder étaient en pleine activité. Le commerce , ravivé par mes nombreuses alliances continentales, offrait des bénéfices énormes , et donnait de l'occupation à toutes les classes infimes de la société. J'étais à la tête d'une armée de cinq cent mille hommes de vieilles troupes, et je pouvais, en quelques mois, doubler ce chiffre déjà considérable. Aies forteresses , mes arsenaux étaient remplis et ap-