CHAPITRE YIII
plus vigoureuse que celle de Gharlemagne . était appelée à répandre sur la France tous les genres de gloire et de bonheur.
— Le sentiment public, continua le narrateur, se faisait jour partout , dans les salons, dans les théâtres. Le nom du roi de Rome était continuellement dans la bouche du peuple et de Farrnée sous toutes les formes, sous toutes les apparences : en dessins , en peinture , en gravures, en chansons. En 1814, sire, lors* que Votre Majesté défendait pied à pied avec une poignée de braves le sol sacré de la patrie contre les innombrables armées de l'Allemagne, un homme de beaucoup d'esprit, M. Dupaty, capitaine dans une des légions de la milice parisienne , composa une ronde patriotique qu'on appela la ronde de la Garde nationale.
Napoléon parut flatté de ces souvenirs, et dit avec un indéfinissable accent d'émotion :
— C'est vrai , je m'en souviens. Mon fils aurait aimé la France comme je l'aimais moimême, et certes ce n'est pas peu dire. La
fatalité, en me frappant, a du même coup renversé la grandeur de la France, et cependant il eût été facile de ne pas succomber !
— Sire, se hasarda à dire un autre interlocuteur, le roi de Rome, au 50 mars 1814, aurait pu sauver votre trône. Si on eût montré ce prince chéri à la population de la capitale, trois cent mille bras se seraient armés immédiatement pour sa défense , et l'ennemi n'eût point souillé la ville de César, de Louis XIV et de Napoléon. La vue du roi de Rome, je ne crains pas de l'affirmer, eût fait naître un enthousiasme extraordinaire ; mais il aurait fallu qu'il se montrât dans les bras d'une autre Marie-Thérèse. A ce prix, la victoire, un instant indécise, revenait sous nos drapeaux pour ne plus les quitter.
— Vous avez peut-être raison , repartit l'Empereur, que cette critique indirecte de la conduite de Marie-Louise parut un moment contrarier ; mais les âmes trempées comme celle de la grande Marie-Thérèse sont rares même chez les hommes, à plus forte raison