CHAPITRE vm
grande muraille de la Chine, et qu'il avait fait camper ses chariots dans une certaine ville appelée Moscou , qui était le Pékin du Nord.
11 devenait évident , par le récit de ce Chi- Bois, que l'histoire des campagnes de la grande armée s'était arrêtée en Chine à la guerre de Russie. Ce peuple était un peu en arrière , comme on voit ; mais il n'en restait pas moins prouvé que le retentissement des armes françaises avait trouvé des échos au delà de la grande Tartarie et du fleuve Jaune.
Napoléon s'amusa beaucoup de l'originalité et surtout du verbiage de ces hommes, verbiage qui, ii faut l'avouer, n'était pas dépourvu d'une certaine dose de philosophie. Napoléon leur ayant demandé pourquoi ils quittaient leur patrie pour venir sur une terre étrangère , au mépris d'une maxime de Confucius , leur sublime législateur, qui dit : « Lorsque tu as un morceau de pain dans la maison de ton père , ne va pas chercher un fruit, fùt-il même excellent, dans le verger du voisin, » ils répon- 1. 24
dirent que c'était précisément parce qu'ils n'avaient pas de pain dans la maison de leur père qu'ils étaient venus à Sainte*Héléne.
— Mais notre intention, ajoutérent-ils, n'est pas de rester ici ; quand nous aurons gagné une somme suffisante, nous retournerons dans notre pays.
— Mais, répliqua l'Empereur , pour celui qui n'a rien il n'existe pas de patrie ; la terre qui vous a fait naître ne peut recevoir ce saint titre qu'autant que vous pouvez cueillir une fleur ou un épi qui vous appartienne. L'homme doit rapporter fidèlement à la terre , d'où il est sorti, ses ossements ; mais jusque-là il n'est pas défendu à l'homme d'améliorer son sort et de veiller à ce que le pain de ses vieux jours ne vienne pas à lui manquer en travaillant sous un autre ciel et pour un maître étranger.
Napoléon interrogea ensuite l'ancien soldat sur son service militaire. Cet homme lui apprit qu'à la Chine les soldats sont honorés , mais qu'ils n'ont pas de paye régulière et qu'ils sont