CHAPITRE VIU
nourris par le gouvernement au moyen de fournisseurs qui gagnent outre mesure sur la subsistance de la troupe, ce qui cause souvent des séditions. Ce soldat, pendant le temps qu'il avait passé au service, avait parcouru une grande partie des provinces de ce vaste empire ; il avait été en garnison jusqu'aux confins de la grande Tartarie, et avait vu chez les Tartares Mongols des uniformes russes; car, ainsi que Napoléon l'avait observé à lord Amherst, les Russes se glissent partout. L'excellence de ses services l'aurait fait sans doute entrer dans les troupes consacrées à la garde particulière de l'empereur à Pékin , si une correction , qui lui avait été infligée injustement pour avoir, étant un peu ivre , insulté un mandarin de la ville de Fo-Cheu, ne l'avait repoussé de ce poste d'honneur, ce qui l'avait déterminé à solliciter son congé avant même que son temps ne fût expiré.
Les aventures de cet homme , débitées sans jactance, contre l'ordinaire des Chinois, et semées de traits singuliers qui décelaient un
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caractère jovial , divertirent r£m{>ereur, qui fit apporter à ce soldat un fusil pour qu'il lui donnât une idée de la manière dont on manie cette arme à la Chine. Le Chinois prit le fusil, et exécuta quelques mouvements plus grotes* quesles uns que les autres avec une incroyable agilité. Dans ces mouvements , qu'il marquait bien et dont on pouvait saisir et deviner l'ensemble, il escamotait, pour employer un terme du métier, l'arme, et n'apportait pas dans cet exercice la régularité de nos fantassins ; et cela ne pouvait être autrement , parce que le» Chinois , si fiers de l'antiquité de leur race , en sont encore , sous le rapport de Fart et de la tactique militaire , à l'enfance de l'art. Il» répondent à cela que celte ignorance fait l'éloge de leurs lois et de leurs mœurs pacifiques. D'accord ; mais la Russie et l'Angleterre aidant, on leur fera bien voir qu'un grand peuple, même ami de la paix , ne saurait ni trop bien, ni trop vite se préparer à la guerre. Ce fut l'avis de Napoléon, qui répétait souvent ce proverbe du sénat romain : Si vis pacem y,