II. .u
Ri les mosquées, les autres dans les cafés et les bains.
selon qu'ils avaient à se loger, des prières à adresser à Dien, ou à se délasser des fatigues de la traversée. ^
Quant à moi, suivi de Sélim et de deux ou trois nègres, porteurs de mes bagages, je me mis en quête de la demeure de Séïd-ben-Calfen à qui, comme on sait, m'avait recommandé Hadji*Khacem.
Un bon souper, des raù^aichissements et un appartement m'y furent aussitôt ofTerts.
Mais j'étais tellement fatigué par quinze jours de mer et de chaleur écrasante, que je ne songeai à rien qu'à me reposer, remettant, comme Arcbias,«]e soin de faire plus ample connaissance, non pas à Tentremets sucré d'Horace, mais au lendemain.
Séîd-ben-Galfen. — Aspect de Mascate. — Les bateaux
de fleurs. — Les baxars.
Une fois sur pied, j'examinai donc mon hôte.
C'était, au physique, un Mascati de trente-cinq à quarante ans, d'une physionomie agréable et spirituelle, invariablement vêtu d'une fouta en guise de pantalon, peu en usage chez les Arabes, qui le couvrait des reins à la cheville des pieds, qu'il avait nus, comme tous ses compatriotes et chaussés de belles sandales, d'une chemise de toile, d'une djebba de mousseline ou de soie par-dessus la chemise, d'une ceinture en cachemire recelant l'inséparable djembie, et d'un turban bleu rayé, celui-ci de la môme étoffe que la ceinture.
Dans les grandes occasions, il troquait sa djebba de mousseline ou de soie contre une djebba de drap léger noir, brodée de soie.
Ce costume est, au reste, celui des gens akés du pays.
Ancien nacoda d'un des navires de Timam Séïd- Séïd-Ebné-Sultan, à la famille duquel il était allié de loin, il avait beaucoup voyagé et visité alternativement les Grandes-Indes, l'Angleterre et TAmérique, ce qui lavait mis à même d'apprendre les langues anglaise, française, hollandaise et espagnole, quil parlait parfaitement.
De retour à Mascate, il s'était démis de son emploi pour s'occuper de négoce, cumulant en même temps les fonctions de consul américain et d'agent français*, ce qui lui avait acquis bientôtune fortune considérable.
Mais, détestable habitude, tout en vivant selon le rit musulman, il était presque toujours ivre, bien digne en cela de faire la partie de nos deux vieilles connaissances de Djedda, MM. S*** et 0***.
Alors, il devenait acariâtre, méchant, tyrannique, insupportable, cherchant pour des riens querelle à tout le monde. Néanmoins, la considération dont il jouissait par son négoce était immense.
*■ Abd'Allah-Calfen le remplace aujourd'hui dans ces fonctions pendant la minorité de son fils Seïf, car il est mort dans le courant de l'année 1857^ laissant en outre une fille âgée de sept ans. Le gouverneur de Bourhon, sur les instances du consul à Zanzibar, et moi, sur celles de la mère, fîmes maintes démarches auprès du père à l'effet d'obtenir son consentement pour faire élever le jeune homme dans notre belle colonie; mais il s'y opposa toujours, le fanatique! Maintenant qu'il n'est plus, rien n'empêche de remettre ce projet à exécution : l'oncle et le neveu le désirent, du reste, car ils aiment sincèrement la France et feront tout pour elle.
En Orient, le commerce est Tétat noble ; le guerrier et le marin, quelque valeureux qu'ils soient, ne viennent, dans Topinion publique, qu'après le négociant.
Séïd-ben-Calfen, sur la recommandation de Hadji- Khacem, m'avait offert poliment son hospitalité, mais cependant avec cette espèce de défiance qu'on laisse entrevoir à un homme que l'on croit chargé d'une mission secrète.
Il résulta de cette opinion préconçue à mon égard que, tout en me faisant force questions et offres de services, il demeura, en attendant mieux, froid avec moi.
Mais ce mieux, comme on le verra bientôt, devait au contraire tourner au pire et se changer en une haine implacable.
Après le déjeuner, il me laissa pour aller vaquer à ses affaires.
Moi, pendant ce temps, je sortis et visitai la ville.
Pour les personnes qui arrivent par mer, Taspect de Mascate est à la fois étrange et pittoresque.
Des collines élevées Tenserrent presque de tous côtés, et la teinte sombre des rochers dont elles sont formées contraste avec la blancheur et la rougeur de ses maisons et de ses forts bâtis en pierres et en briques.
Ainsi que la plupart des villes orientales, elle offre de loin l'apparence d'une belle cité.
Ses nombreuses terrasses charmillëes se détachant crûment, le jour, sur l'azur du ciel, et peAiplées, le
soir, de femmes voilées qui s^accroupisseut ou se tiennent debout, ressemblant, dans l'un et l'autre cas, à des fantômes, attirent les regards et plaisent aux yeux.
Mais Tillusion ne dure que jusqu'au moment où Ton débarque.
A peine est-on dans ses rues étroites, dans ses bazars immenses et couverts, que toutes traces de régularité ou de propreté disparaissent pour ne laisser voir qu*un dédale inextricable de constructions incomplètes ou inachevées, bien rarement interrompues par quelques principaux édifices dont Tarchitecture portugaise ou persane est toute différente de celle usitée dans les villes que nous avons rencontrées jusqu'ici; ces édifices consistent en quelques mosquées veuves de minarets, le palais du gouverneur, les demeures appartenant aux membres de sa famille et aux grands du pays, la Douane, dont le produit est affermé par des Banians, et une centaine de maisons particulières à deux ou trois étages sur rez-dechaussée.
Malgré cela, Mascate est, comme place commerçante, la ville la plus importante de l'Oman, je dirai plus, de l'Arabie.
Sise au pied des monts Kelbo et Darset, et à l'extrémité méridionale du golfe d'Oman, par 23° 38' de latitude nord, 56«> 20' de longitude est, elle sert d'entrepôt à toutes les marchandises qui se dirigent vers rinde, la Chine et le golfe Persique; ce qui fait que les Européens ne connaissent, pour ainsi dire, d'autre
ville qu'elle daus ces parages, et que d'ordinaire ils appellent Tiniam qui gouverne la contrée : imam de Mascate,
Sa prospérité daterait de bien des siècles si on devait Tidentifler, ainsi que Tout fait quelques géographes, avec Mosca-Portus, dans le pays de Dhafâr.
Quelle qu'ait pu être sa destinée dans des temps si éloignés de nous, il ne nous est possible de suivre 9on histoire qu'à dater de l'époque où le Portugal en prit possession, en 1508, et en fit un port destiné à ravi» tailler ses flottes lorsqu'elles se rendaient de Tlnde à
C'est à cet effet qu il employa de grands travaux et de grandes sommes pour fortifier la ville.
Aussi, lorsque les Persans, sous le règne de Shah- Abbas, en 1622, s'emparèrent d'Ormûz, les habitants les plus riches de cette île vinrent se réfugier à Mascate, dont l'importance avait doublé par ce seul événement.
Mais, en 1658, les Arabes ayant investi la place, les uns disent par la trahison d'un, Banian, les autres par celle d un Juif, dont le gouverneur portugais avait séduit la fille, et qui leur ouvrit une des portes, passèrent la garnison au fil de Tépée.
Il faut les entendre raconter ces anciens exploits pour comprendre combien ils désireraient les renouveler.
On ne saurait trop insister sur cette diflerence entre nous et eux.
Nous avons tous vu de ces hommes qui ont fait la
msmm
campagne de Crimée ; nous les avons entendus raconter leurs dangers, les scènes sanglantes auxquelles ils prirent part.
Si im juste sentiment d'orgueil les anime, il n'en est pas y même parmi les simples soldats, qui ne trouvent des paroles de pitié pour le courage malheureux.
Tous répètent avec plus de plaisir leurs actes d'humanité que leurs actions héroïques, tandis que les généraux qui ont conduit les différents corps d'armée avec le plus de gloire se distinguent par leur plus grande horreur des combats.
Rien de semblable chez le ^lascati.
Des années se sont succédé depuis que le corps de son ennemi est réduit en poussière, qu'il triomphe encore sans que la commisération puisse l'atteindre.
n transmet à ses enfants le souvenir de ses vengeances, raconte avec joie comment il a tué, comment il s'est baigné dans le sang, et jamais un sentiment de regret ne se mêle à ses récits.
Aujourd'hui, il n'existe d'autre trace du séjour des Portugais à Mascate que ses fortifications en piteux état, deux églises, dont l'une est devenue la Douane, et l'autre le palais habité par les imams ou plutôt par leurs délégués.
Néanmoins, tout cela rappelle une époque qui fut grande et un nom qui est demeuré glorieux.
Albuquerque survivra aux ruines que le temps a faites, et, de même que les côtes de l'Afrique, de la
Perse, de Tlnde et de la Chine, immortalisera ce coin de terre.
Le port de Mascate mesure environ neuf cents pas géométriques * de long sur quatre cents de- large (quatorze cent cinquante-huit et six cent quarantehuit mètres), et en superficie carrée, par conséquent, trois cent soixante milles (neuf cent quarantequatre mille sept cent quatre- vinglrquatre mètres).
Son entrée est en harmonie avec la sauvagerie des habitants.
Des rochers de basalte d'une affreuse nudité, que fait ressortir davantage Téclat de magnifiques cristaux de feldspath, l'enserrent à Touest et à Test, et le mettent à l'abri de tous les vents.
Je ne connais aucun pays, excepté Sainte 'Hélène, qui ait une telle apparence de grandeur sauvage.
Ces rochers et cinq forts, J/emni, Abû-Thaseb, Sîrel'Garbi, Str-el-Sarbi et Djéldli^ défendent la ville du côté de la mer; le premier et le dernier sont construits à chacune de ses extrémités et la dominent, les trois autres sont intermédiaires et un peu moins élevés.
Du côté de la terre, partout où ils ne la couvrent pas, Mascate est enfermée par la muraille portugaise percée de deux portes principales qui donnent accès sur la campagne , défendue . elle-même par quatre étroits défilés, et d'une échancrure protégée par une herse qui sert à l'écoulement des eaux.
Une troisième porte, plus petite et rapprochée de
< Valeur du pas géométrique, 1 mètre 620 millimètres.
1h Douane et du palais du gouverDement, conduit au port.
Ses environs sont bien cultivés.
On y. voit des plantations considérables de palmiei's et de toutes sortes d'arbres fruitiers.
Une quantité de petits ruisseaux, qui descendent des montagnes, et un fort torrent, le Wadi-^Mascate^ grossi par les pluies qui tombent en décembre, janvier et février, arrosent et fertilisent la vallée au commencement de laquelle la ville se trouve placée.
Hors ces trois mois, son climat est brûlant, mortel pour les Européens, malsain pour les indigènes.
Plusieurs maladies, la fièvre, Thydropisie, le ver de Guinée, Thydrocèle, la variole, la syphilis et les ulcères atoniques entre autres, déciment ceux-ci.
Outre la ville en pierres, il y a les esches ou ha bitations de la vile multitude et de la population flottante (environ dix mille âmes), et çàet là quelques bateaux de fleurs.
Nous avons déjà dit ailleurs ce que c'étaient que les esches.
Quant aux bateaux de fleurs, c'est tout différent.
Les bateaux de fleurs et les danseuses, voilà les deux points d'interrogation que les questionneurs posent invariablement à quiconque arrive d'Orient; et, s'agit-il des prenûers, la question se fait presque à voix basse et d'un air très-mystérieux, comme si la réponse devait fournir l'occasion d'un petit scandale qu'on attend et qu'on désire.
Un petit scandale arabe n'est pas compromettant.
Il faut donc aborder Thistoire des bateaux de fleurs.
Les bateaux de fleurs n*ont ni mâts, ni rames.
Ce sont des maisons en bois posées sur des coques de boutres.
La muraille extérieure est formée d'un treillage de palmier très-élégamment découpé et peint de couleurs vives.
Derrière cette muraille à jour est un autre mur en bois plein qui interdit toute communication entre l'intérieur du bateau et les regards curieux du dehors.
L'arrière est pavoisé de plusieurs pavillons triangulaires de diverses couleurs, et, au-dessus du vestibule, qui s'ouvre à l'avant, sont rangés plusieurs vases en porcelaine où Ton a soin d'entretenir de belles touffes de fleurs.
Mais que sepasse-t41 dans ces bateaux?
On sait qu'il y a des dames, et l'on a deviné sans peine le genre de vie que mène cet équipage féminin.
Les voyageurs moralistes, après avoir admiré l'aimable allégorie qui se cache sous ce joli nom, bateaux de fleurs, ont disserté à perte de vue sur la délicatesse de FédiUté orientale, qui reléguerait sur la mer les maisons habitées par les courtisanes et respecterait ainsi la pudeur des cités.
La supposition n'est pas exacte ici, car la ville de Maecate n'est pas aussi pure qu'on semble le croire.
Les libertins n'ont pas besoin de s'embarquer, et
les bateaux de fleurs n'empêchent pas qu'il n'existe des maisons de fleurs.
Les Mascatis cherchent à se divertir sur la terre et sur Tonde, voilà tout.
Les bateaux de fleurs sont donc des établissements plus ou moins luxueux, où Ton prend le café, où l'on cause, où Von fume, où l'on joue aux dames ou au trictrac, et où dansent, si Ton veut, des danseuses.
Ce sont, avec les bains et les boutiques de barbiers, les lieux les plus fréquentés des villes côtières, ajoutons aussi les plus pittoresques.
Au fond brûle sans cesse, comme sur l'autel de la Vesta antique, im feu nourri avec du charbon de bois, et qui sert à préparer le café et à allumer les chibouques et les chichas ou narghilèhs, dont les tuyaux sont rangés près du fourneau.
Les fumeurs ont leurs tuyaux privilégiés, comme, chez nous, les grands amateurs de billard ont leurs queues de prédilection.
Un négrillon, dont les mœurs n'ont rien de commun avec celles des Vestales, est, en général, chargé d'entretenir ce feu.
Consommateurs, causeurs, fumeurs, joueurs et danseuses, tous couchent ou sont accroupis sur des sophas en sparterie ou sur des tapis déposés dans rétablissement.
Tous les Mascatis, les juifs exceptés, jeunes ou vieux, mariés ou célibataires, grands ou petits, entrent sans la moindre honte dans les bateaux de fleurs, absolument comme nous entrons dans un café chantant.
Ils y passent un quart d'heure, une heure, la soirée, quelques-uns même la nuit.
Mais ils peuvent dire qu'ils n'y ont pris qu'une tasse de café, qu'ils n'ont fait que causer, fumer, jouer ou voir danser; leur réputation de vertu demeure tout à fait sauve.
Enfin, l'on compte à Mascate treize bazars, dont dix à l'intérieur et trois hors la ville ; tous très-vastes et toujours abondamment pourvus en produits indigènes et étrangers : étoffes de soie, de coton, de laine et en poil de chameau, armes blanches très -recherchées (entre autres les poignards persans et les lances du Nedjéd connues sous le nom de khathié)^ peaux de toutes sortes, chevaux, dromadaires (valeur moyenne, cinquante à cent gourdes), ânes (vingt à soixante), bœufs (quatre à dix), chameaux (sept à vingt), moutons (une à deux), chèvres^ dourâh (une gourde la farasle du pays ou les quatre-vingts livres * ), maïs, blé, dattes (idem), cannes à sucre, beurre (une demi-gourde les sept kilos), miel (idem\ sirops et confitures de dattes, biscuits au gluten, au beurre, au sucre, et parfumés à la rose (hallaûa)^ fort en vogue dans tout l'imamat, pâtes d'amande, poisson, parfmns, cachemires des Indes, porcelaines de la Chine et du Japon, épices de Zanzibar, de Java et de Geylan, étoffes européennes (anglaises surtout), verroteries de Venise, etc.
Ces bazars sont nommés : les trois derniers, Souck-
1 Ce poids n'est, on se le rappelle, que de vingt-huit livres ou rôties à Mokallâh.
d-SeghHrf Soibck-el-Kébir et Soiiek-él-Bogh'ra (bazars des chevaux et des bestiaux).
Les dix autres :
S&uck-el-Rouz (bazar des céréales et des farines). Souck-el-Schwric (bazar des fruits et des raisins), Souck-el-Bellâch (bazar des dattes)^ Souck^-Khodra (bazardes légumes, du beurre et du poisson), Sauckel'Mathfa (bazar des épices et des parfums), Sottck-ei- Helve (bazar des confitures, des hallaûa, des dattes, des pâtes d*amande^ des sirops, du miel et des sucreries), SouckrtUNahas (bazar des armuriers et de la ferraille), Souck-el-Saye (bazar des orfèvres), SùuckeUBess (bazar des soieries, des étoffes et de la verroterie), et Souck-eUAbit (bazar des esclaves).
Mainteuant que, tant bien que mal, nous avons montré la ville à nos lecteurs , faisons^leur Caire connaissance avec seshabitapts.
Population, — Justice do fanille.
Les musulmans n'enregistrant ni les naissances, ni les décès, le chiffre de la population d'une ville ou d'une contrée arabe ne peut être obtenu que d'une manière approximative.
Il convient de faire observer toutefois que dans le désert on connaît exactement le nombre des fusils au service de chaque douar, et par conséquent le chiffre de la population mâle adulte.
Dans les grandes villes comme Mascate, pour parvenir à ce dénombrement, il est nécessaire d'énumérer les divers éléments qui composent la population et de recueillir le chiffre de chaque fraction.
J'ai trouvé, en opérant de la sorte, que la population mâle de Mascate [inlra muros) comprenait :
Arabes 13,000
Indiens musulmans . 1,000
Parsis et Banians . . 2,000
Esclaves mélangés . 4,000
Juifs 100
Total 20,100 habitants.
Du temps des Portugais et des Persans, i^ chiffre était double et triple.
Les premiers, c'est-à-dire les Arabes, quoique provenant de la même souche que les Bédouins, ont vu s'altérer chez eux leur type primitif, et par le séjour de la ville, et par le mélange de la race de l'Oman avec celle de la Perse.
Cependant ils ont, avec leurs pères, cette ressemblance d'être grands, secs, maigres, robustes, bruns ou plutôt cuivrés.
Leur costume est simple et se compose généralement, nous l'avons dit, chez les gens riches, d'une fouta, d'une chemise de toile, d'une djebba de mousseUne ou de soie par-dessus la chemise, d'ime ceinture en cachemire recelant Tinséparable djembie, et d'un turban bleu rayé, celui-ci de la même étoffe que la ceinture.
Ils n'ont pas, nous l'avons dit aussi, l'habitude du sérouàl ou pantalon ; leurs jambes sont nues, et leurs pieds chaussés de sandales élégantes.
Dans les rues, ils marchent toujours tenant à la main, en guise de bâton, un sabre dans son fourreau d'argent.
Quant à la moyenne classe, les Bédouins, les matelots, les nègres, etc. , elle ne porte uniquement que la chemise teinte de henné et le turban, celui-ci sans cesse bleu rayé, et elle remplace le sabre par la lance.
Les Mascatis proprement dits, ainsi que tous les Arabes qui vivent sur les côtes de l'Afrique et de TAsie, en regard de la mer des Indes sont Beiâfls ou Abadites S tandis que les Indiens musulmans et les esclaves suivent le rit de Hanbal, Tun des quatre imams orthodoxes des Sonnites.
A Topposé de ceux-ci, des Schyytes et des Zeïdiyé, qui professent une grande vénération pour les descendants du Prophète, les Beïâfîs ne leur accordent aucune sorte de suprématie, prétendant que tous les musulmans ont indistinctement un droit égal aux honneurs et aux emplois civils, militaires et religieux; de là l'origine des imams de Mascate, qui prennent parfois cependant le titre de califes, quoique ne descendant pas de Mahomet.
Les liqueurs fortes sont défendues aux Beïâfis comme aux autres sectes.
Cependant tous, témoin Séïd-ben*Calfen , ne se
1 Descendants des anciens KhotMLridjy ces premiers schismatiques musulmans défaits à la fameuse bataille de Narhrtodn, sur les bords du Tigre, par le quatrième calife de l'islam, Ali-ben-Abû-Taleb , assassiné plus tard par l'un d'eux, Abd'el-Rahman-ben-Meldjim, le père des Bén^Msah de notre Afrique française.
conforment pas à cette prescription , tant il est vrai qu'il y a des faux dévots dans toutes les religions.
Ils doivent s'abstenir, en outre, de fumer et de boire du café, éviter toute magnificence dans leur habillement^ dans leurs maisons et dans leurs mosquées.
Pom* les Parsis, les Guèbres et les GauresAQ^ Persans et des Turcs, ce sont sans contredit, avec les Banians, les êtres les plus intelligents, les plus honnêtes et les plus laborieux.
Ils excellent, les uns et les autres, dans tous les métiers, mais surtout dans la teinture de la soie, dont ils font toutes sortes d'étoffes, et dans la conduite des affaires commerciales.
Ainsi que dans toutes les villes arabes, chaque maison tant soit peu considérable, à Mascate, possède l'un de ces Indiens qui fait les affaires du père, des frères ou du mari, et qui, une fois qu'il se trouve à sou aise, s'en retourne vivre paisiblement dans son pays.
Les premiers sont, comme on sait, les débris des anciens Persans, adorateurs du feu, qui se sont réfugiés, après la conquête musulmane, d'abord dans le Guzzératy ensuite à Surate et à Bombay^ où ils forment une communauté de plus de cent cinqqante mille âmes.
« J'ai eu occasion, dit M. Auguste Dozon, de voir dans un salon de Londres, au mois de juin 1 853, deux de ces Mages, dont le costume seul décelait l'origine étrangère ; car la forme des traits et la blancheur de la peau, chez l'un d'eux surtout, auraient p\î les faire prendre pour des hommes du Nord,
« Ce costume se composait d'une longue et étroite
- j— i-irra^'" "Z-^r:
tunique de cotonnade blanche, et d'un pantalon de même étoffe, qui tombait sur des bottes vernies à l'européenne.
« La partie la plus singulière était une coiifure baroque, de carton apparemment, recouverte d'un papier ressenxblant à ces toiles cirées qu'on met sur les tables.
« Je me fis présenter à ces messieurs, qui, autant que j'en pus Juger, parlaient un anglais excellent, sans compter quatre idiomes de Tlnde, le persan, rhindoustani, le mahratte, et le guzzérat, qui est la langue propre aux Parsis actuels de Bombay.
« Un de mes interlocuteurs s'étant montré disposé à entrer sur le terrain des croyances religieuses, je lui demandai la permission de faire quelques questions à ce sujet, et j'obtins ainsi des informations qui ne me paraissent pas sans intérêt et que je vais essayer de reproduire, telles qu'elles m'ont été données.
« Il me fut donc assuré, et cela avec un empressement évident, que les Parsis n'ont jamais adoré le feu, mais qu'ils y voient l'emblème d'un Dieu suprême et imique. Voici, de plus, la réponse à cette question positive et directe :
« — Quels sont les dogmes religieux qu'on inculque aux enfants?
« — lo II n'y a qu'un Dieu ; 2oZoroaBtre est son Prophète ; 3<^ l'âme est immortelle; 4» il y a, après cette vie, des peines et des récompenses ^ » mais à la fin,
* Voyez Revue de V Orient, de V Algérie et des colonies , numéro de novembre 1853, page 353.
tous les êtres de la création, sans en excepter aucun, lorsqu'ils auront été purifiés par le feu de l'enfer, les méchants eux-mêmes, jouiront d'un bonheur étemel qui sera précédé de la résurrection des corps.
J'exposerai ailleurs (Confidences sur l'Islam) les dogmes principaux de la religion d'Orosmase.
Zoroastre^ suivant toute apparence, n'y fit que de légers changements.
La réfoime de ce sage porta principalement sur le culte extérieur, sur la liturgie, sur les purifications, sur la loi civile et morale, sur les animaux purs et impurs, et, enfin, sur des points de discipline.
Une grande partie de ses dispositions ont été évidemment empruntées à la Bible.
Il est à remarquer toutefois que, dans la religion de Zoroastre, le jeûne, loin d'être méritoire, n'est pas même permis.
Le Parsis doit se bien nourrir, parce que le corps vigoureux rend l'âme plus forte pour résister aux tentations.
D'ailleurs l'homme qui n'éprouve aucun besoin lit la parole divine (Zend-Avesta) avec plus d'attention et a plus de courage pour faire de bonnes œuvres.
La loi de Zoroastre prescrit l'usage des ablutions, le payement de la dlme, le respect envers les Mages, la pratique de la prière et de l'aumône, la destruction des insectes, des reptiles et des bêtes venimeuses ou malfaisantes , l'horreur du vice , et surtout du mensonge, un des plus grands péchés dont l'homme puisse se rendre coupable.
Le mariage est un devoir pour les Parsis.
« Celui qui n'est point marié est au-dessous de tout, » dit la loi, et Timion la plus méritoire est celle qui a lieu entre frères et sœurs, mères et fils, pères et filles.
Quant à leurs cérémonies funèbres, elles sont- encore actuellement semblables à ce qu'elles étaient anciennement.
A Surate et à Bombay, ils exposent les corps morts sur la plate-forme de tours rondes, d'environ douze pieds de hauteur, situées hors des villes et loin des habitations.
Les oiseaux de proie, qui se tiennent toujours en grand nombre autour de ces hideux cimetières, dévorent toute la chair des cadavres, et les os sont jetés ensuite dans un espèce de puits creusé à cet effet au centre de la plate-forme.
Les corps seuls des grands ne sont point exposés, mais ensevelis dans des tombeaux creusés dans le roc.
Aucun corps n'est enterré, car les Parsis regardent comme un grand crime de souiller la terre, pour laquelle ils ont une profonde vénération, en la forçant à recevoir dans son sein des cadavres d'hommes ou d'animaux.
En ce qui concerne les Banians, il nous faut, pour les bien connaître, remonter à l'origine même de la religion indienne, religion qui fut d'abord le culte des puissances de la nature.
Les plus anciens hymnes des Védasne contiennent, en effet, que des invocations en l'honneur du soleil,
du feu, de Teau, du veut et des autres agents naturels dont l'action se fait surtout sentir à Thomme qui n'est pas encore parvenu à un haut degré de civilisation.
C'est plus tard seulement que ces forces se personnifient et donnent naissance à un Panthéon immense dont les chefs sont Brahma, Shlva, et Wichnou,
Au sein de ce culte de la nature se développe, dès les temps les plus reculés, un culte plus épuré, une religion abstraite et métaphysique.
« Para-Brahma, ou l'esprit supérieur, est l'Éternel, rÊtre souverain, TÊtre par excellence, se révélant dans la fëUcité et dans la joie.
R Le monde est son nom, son image.
« Mais cette existence première, qui renferme tout en soi, est seule réellement subsistante.
« Tous les phénomènes ont leur cause dans Para- Brahma.
« Pour lui, il n'est limité ni par le temps, ni par l'espace.
• « Il est rame du monde, comme il est Tâme de chaque être en particulier. .
« Cet univers est Para-Brahma, il vient de Para^ Brahma, il subsiste dan^ Para-Brahma et il retournera dans Para-Brahma. »
On peut, par cet extrait des Védas, se faire ime idée du haut degré d'abstraction où parvint cette théologie panthéiste.
Tout se résoud dans l'unité.
C'est d'elle que découlent, comme d'une source
commune, et la nature et tous ses phénomènes ; ou plutôt, c*est elle-même qui, en se développant et se manifestant dans les temps et dans Tespace, produit, vivifie et détruit, pour reproduire encore, l'univers et tous les êtres dont il est peuplé.
Para-Brahma se révéla d'abord comme Brahma, puis comme Wichnou, enfin comme Shiva.
Brahma est la puissance, le créateur, la matière.
Il représente le passé et a pour emblème le soleil.
Wichnou est la sagesse, la force conservatrice, Tespace.
C'est le présent.
L'eau est son emblème.
Shiva est le feu ou le destructeur, ou plutôt le rénovateur des formes de la matière.
En eflFet, il modifie, il crée à Taide de la mort, dissout ou tue pour créer.
A ce pointde vue, il représente le temps ou l'avenir.
C'est, de plus, le dieu de la justice. * Ces trois dieux, émanations premières de Para- Brahma, constituent la Trinité (fnmoiir/i) des Indiens.
Chacune de ces divinités mâles s'allie aune divinité de l'autre sexe, et ces unions donnent lieu quelque fois à une nombreuse descendance.
Ainsi, par exemple, Brahma devient le père matériel de tous les êtres, en donnant le jour à sept personnages divers qui deviennent' ses assesseurs dans l'œuvre de la création.
De même encore Wichnou et Shiva, et leurs épouses Pnrwdtî et legmi, donnent naissance i\ une foule d'en-
fants ou d'incarnations qui offrent, avec quelques développements, de nouvelles personnifications des idées représentées par ces quatre divinités.
Les incarnations de Wichnou, entre autres, sont le principal objet dont s'occupent les livres sacrés des Indiens.
Il s'est déjàincarné neuf fois, et doit s'incarner une dixième.
Ces incarnations se nomment Avatar»
Les quatre premières eurent lieu dans le premier âge du monde ou Sati- Youga (âge d 'or), les cinquième, sixième, septième et huitième dans le deuxième et troisième âge (âge d'argent et âge d'airain), la dixième terminera la période actuelle ou âge noir (Kali- Youga)y et mettra fin à l'existence du monde.
Alors il sera le cheval exterminateur, Kalki, qui d'un coup de pied réduira le globe en poussière.
Dans les quatre premières incarnations, Wichnou se montra successivement poisson, tortue, sanglier, lion.
Après avoir revêtu ainsi diverses formes animales de plus en plus relevées, il prit la forme humaine, et d'abord il fut le Brahme nain, Yamana; en second lieu, le Brahme guerrier et armé de la hache, ParaçoU'Rama; en troisième lieu, le beau prince Rama, fils de Daçaratha, radja A'Ayodhia ou Aotide.
Il devint ensuite Krichna, le b(ïn pasteur, le vainqueur de Kansa^ une des incarnations de Shiva, et, enfin, Boudha, le saint, le sage par excellence.
Il est le premier être qui vienne de la mer primer-
diale, et alors on le nomme Narayana (celui qui s^e meut sur les eaux).
De son nombril sort un lotos qui porte les deux autres personnages de la Trimourti, Brahma et Shiva.
n dort et flotte sur les eaux dans Tintervalle des petites révolutions du monde.
On le représente étendu sur le grand serpent Ananta ou Adisècha, qui s'allonge sous son corps en forme de lit, et laisse flotter ses sept têtes sur la sienne.
D'autres fois, il est porté sur un épervier ou sur un aigle.
La jeunesse et la vigueur se dépeignent dans toute sa démarche.
Il a quatre bras et quatre mains.
Dans une main, il tient une massue ; dans une autre, un disque ou roue symbolique {tchakra)] dans la troisième, un lotos (padma), et dans la quatrième, une conque.
Sa tête est ornée d'une magnifique couronne à triple étage.
Wichnou compte des adorateurs dans l'Inde entière, mais surtout à Z^o^f^er/iaf, où Ton trouve encore des fanatiques qui se font écraser sous les roues du char qui porte sa statue.
Quant à Shiva, ses adorateurs, nommés Shivaïtes, le Regardent comme le plus grand des dieux et l'appellent Mahadéva, Mahècouara, Mahéça.
Il y eut même un temps où, dans le sud de l'ffin-
doustan et à Ceylan, il était Tunique dieu ou le dieu suprême.
Changé tour à tour en éléphant et en coq, il eut de Parwâti Ganeça et Ganga,
On le place sur le mont Kdilaça, et on le représente tantôt monté sur le taureau Nandi, ou bien l'ayant à ses pieds, le corps surmonté de cinq têtes et tenant dans ses mains le trident, le padma, le cerf nain et la tchakra; tantôt montant un tigre monstrueux, la bouche armée de crocs aigus, les bras et la taille entourés de serpents, avec un collier de crânes humains autour du cou.
Quand on représente la Trimourti sous l'emblème de Tarbre de vie, Shiva en est Técorce la plus intérieure, celle qui recouvre immédiatement Taubier.
Parmi les noms de Cette divinité, il faut remarquer encore ceux de Gangadhara (qui porte le Gange sur la tête), parce que le Gange (Ganga) sort de son front, c'est-à-dire des flancs du Kallaça; de Trilotchana (trois yeux) et de Bouddécha (Dieu des sages).
Ceci posé, j'arrive au fait.
La population indienne est divisée en quatre grandes castes :
Les Brahmes, ou nobles; les Shattryas, ou guerriers, d'où sont issus les radjas et les naires du Décan ; les Banians, commerçants, cultivateurs, qui, on l'a vu, sont aussi connus sous le nom de Waïshyas ; enfin les Soiidraë, qui sont les hommes employés aux travaux serviles.
La tradition explique ainsi l'origine de ces castes :
tf Para-Brahma, dit-elle, eut quatre lils :
« Brahma, qui fut créé de sa bouche ; Shattrya, Wctishya et Soudra, qui sor tirent de ses bras, de ces cuisses et de ses pieds.
« Chacun de ces fils donna naissance à Tune des castes susdites. »
Les trois premières, celles des régénérés, sont les castes dominantes.
Seules, elles peuvent prendre connaissance des Védas; seules, aussi, elles jouissent de la liberté individuelle.
Le mariage leur est interdit avec celle des Soudras.
L'enfant qui natt de Tunion d'une de leurs femmes avec un Soudras est réputé impur.
Ce sont ces enfants qui forment la race proscrite des Tchandallas ou Parias^ à laquelle viennent se joindre tous ceux qui, par un motif quelconque^ ont mérité d'être exclus de leur caste.
Les Brahmes ont seuls le droit de lire et d'expliquer les Védas, et comme ces livres sacrés sont la source de toutes les connaissances, les Brahmes se trouvent être les dépositaires de la science.
Ils sont prêtres, devins, conseillers, juges, médecins, etc., etc.
Ils ont même quelquefois le privilège de faire le commerce comme les Banians.
Leurs terres sont exemptes d'impôts, et ils ne peuvent être punis de mort, quels que soient leurs crimes.
Les radjas eux-mêmes sont soumis à leur autorité.
Les Brahmes se distinguent par un costume paiticulier.
Ils s'abstiennent, ainsi que les Banians, de tout ce qui a eu vie,)Bt ne se nourrissent que de légumes, de riz et de lait.
Pour mériter les récompenses de la vie future, la plupart d'entre eux se livrent aux plus dures austérités, quelques-uns se condamnent à rester toute leur vie inunobiles dans la position la plus gênante.
D'autres même, à Tinstar des santons, vont nus, d'où est venu le nom de Gymnosophistes que leur ont donné les Grecs.
La seconde caste, celllB des Shattryas, doit défendre le pays.
Aussi a-t-elle le droit de porter les armes, et il lui est défendu, à moins de cas urgents, de se livrer aux travaux serviles.
Le commerce, Tagriculture, Téducation des troupeaux, rindustrie, sont les occupations des Banians.
Les Banians reconnaissent un Dieu créateur, mais adorent en même temps le veau, la vache, le bœuf et réléphant.
Us se lavent tous les jours jusqu'aux reins avec de Turine de ces animaux, en tenant à la main une paille pour éloigner le malin esprit.
Leur costume se compose généralement d'une fouta de coton d'une extrême blancheur, d'une natte de même étoffe jetée sur les épaules, et d'une toque de soie filigranée d'or sur la tête.
Ils n'ont pas l'habitude du turban ; leurs bras, leui-j?
jambes sont nus, et leui*s pieds chaussés de souliers en maroquin rouge avec talon élevé, le dessus richement cordé et formant ancre sur le coude-pied.
Ils ne vendent pas à ceux qui viennent à eux avec de la viande saignante, et regardent tous les hommes d'une religion différente de la leur comme impurs.
Néanmoins, la considération dont ils jouissent en pays musulmans est immense.
Non-seulement il leur est permis d'y vivre selon leurs lois^ de brûler leurs morts (je n'oserais pourtant trop Taffirmer), d'avoir publiquement des figures dans leurs miabins ou habitations, qui sont de vastes varangues ou cases en jonc sises, comme les esches, en dehoi*s des villes, d'amener leurs femmes avec eux quand ils arrivent de l'Inde ; mais encore, si l'un d'eux est surpris en tête-à-téte avec une femme musulmane, on n'y fait, si la chose peut rester ignorée, nullement attention, ce qui n'a pas lieu pour les Juifs, qui sont d'abord promenés assis à l'envers sur un âne et tenant entre les mains la queue de cet animal au lieu de bride, puis mutilés et pendus.
Quant aux Soudras, la simple lecture des Védas entraînerait pour eux la peine capitale.
Ils sont destinés aux emplois serviles.
Ce sont communément les serviteurs des Brahmes, qui leur promettent qu'après leur mort, en récompense de leurs bons services, ils passeront dans ime caste supérieure.
En ce qui touche maintenant les esclaves, on voit, par le chiffre que nous en avons donné, que la traite,
malgré tous les obstacles que les négrophiles essayent d'y apporter chaque jour, s'effectue encore sur une vaste échelle dans ces contrées*
En effet, il n'est pas de boutre arabe ou persan , venant de la mer Rouge ou de Zanzibar, qui n'en ait à son bord une cargaison plus ou moins nombreuse des deux sexes.
Les principales contrées ou villes qui fournis^ sent des esclaves à Mascate sont : le Baghermy, le KordofaUj le Dârlour, le pays des Changallas^ le Zan* guébar, le pays des Adehy la Nubie, le Mozambique, TÂbyssinie, Quiloa^ Méliruk, Magadoxo, et le pays des Saumalis, sur la côte de la mer Rouge en face d'Aden.
On les achète communément : \m négrillon, de quinze à vingt gourdes; un nègre adolescent (amrat), de vingt -cinq à trente-cinq; un Abyssin (ide^ni)^ de soixante-dix à quatre-vingts; un eunuque noir ou blanc (de douze à vingt ans), de cent à deux cents et de trois cents à cinq cents.
Pour les femmes, les plus belles sont les Abyssines, les Nubiennes et les Saumaliennes.
Les premières et les dernières rappellent lancien type égyptien, la race primitive du temps des Hycsos ou rois pasteurs.
Elles ont le teint olivâtre, jaune, quelquefois presque blanc.
Leurs yeux sont très-fendus, langoureux, charmants, leurs cheveux tressés en unes nattes, leurs pieds petits, leurs mains mignonnes,
Elles se vendent :
Une jeune fille à gorge naissante, de cent cinquante à deux cents gourdes ;
Une jeune fille de douze à quinze ans, de cent à cent soixante-^quinze gourdes;
Une jeune fille de dix-huit à vingt-cinq ans, de cent à cent trente gourdes;
Une jeune ménagère, de cent cinquante à deux cents gourdes ;
Une jeune nourrice, de quarante à quatre-vingts gourdes.
Les Nubiennes sont belles aussi, mais d'un autre genre de beauté.
Elles sont grandes, bien faites, ont la taille déliée.
On dirait des Dianes chasseresses d'ébène.
Leur prix est, généralement, inférieur à celui des Abyssines et des Saïunaliennes.
Il n'y a cependant rien d'absolu sur ce point.
C'est, comme on le comprend, une question de beauté chez Tesclave, de caprice chez l'acheteur.
Quant aux esclaves blanches, elles n'ont point de prix.
Une Gircassienne ou une Géorgienne est pour un musulman riche ce qu'un cheval de race est pour un sportman*
Le désir n'a de limite que l'impossibilité ,
Enfin les juifs, qui, ainsi qu'à Mokallâh, sont peu nombreux à Mascate, s'y livrent principalement au commerce de l'opium et des teintures.
Les marchands de détail vendent des essences et des produits de la Perse.
Quelques-uns parcourent les diverses villes de l'Oman en qualité de colporteurs.
Leurs fenunes sont presque toutes blondes et fort jolies.
£lles se marient très-jeunes.
Quand une fois elles ont changé d'état, elles ne sont plus astreintes à rester continuellement enfermées chez elles.
Les filles à marier^ au contraire, ne sortent de la maison que dans des cas extraordinaires, et les parents ont alors grand soin de leur tenir le visage couvert d'un voilée
Le goût de l'intrigue et de la galanterie chez les femmes naît presque toujours ou de la jalousie , ou du peu d'égards qu'on leur manifeste.
Une contrainte perpétuelle mène facilement à l'inconduite.
En cessant d'être les gardiennes de leur honneur, les femmes n'attachent plus d'intérêt à sa conservation, et la honte qui accompagne l'infidélité ne salirait plus les arrêter.
C'est là où doit conduire la sorte de séquestration des femmes juives.
Pour la légitimer, pour expliquer leur surveillance rigoureuse, les juifs allèguent la coquetterie, les artifices des femmes, et la nécessité de mettre leurs filles hors d'état de commettre quelque imprudence qui les empêcherait de se bien marier.
Celte surveillance est-elle déjouée et y a-t-il par hasard imprudence commise , ils assoupissent la chose en unissant les deux coupables.
Point n'est besoin de dire que jamais une juive n'accorde ses faveurs à un homme qui n'est pas de sa religion.
Mais chez les musulmans, delà devient un peu plus grave.
La révélation, si révélation il y a, émane presque toujours de quelque nègre difforme ou de quelque eunuque jaloux.
Si le père ou les frères surprennent les coupables, ils ont droit de vie et de mort sur eux.
L'homme meurt habituellement de la main du père.
Quant à la femme, ce sont les frères qui se chai*gent de la besogne.
LA SŒUH.
Qu'avez -VOUS, qu'avez-vous, mes frères?
Vous baissez des fronts soucieux.
Comme des lampes funéraires, Vos regards brillent dans vos yeux.
Vos ceintures sont déchirées ; Déjà trois fois, hors de l'étui, Sous vos doigts, à demi tirées.
Les lames des poignards ont lui.
LE FHËRE àIné.
N'avez-vous pas lové votre voile aujourd'hui?
Lk SŒUK.
Je revenais du bain, mes frères, Seigneurs, du bain je revenais, Cachée aux regards téméraires Des Giaours et des Albanais, Eu passant près de Ja mosquée Dans mon palanquin recouvert, L'air du midi m'a suffoquée :
Mon voile un instant s'est ouvert.