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la montagne sur laquelle se trouve placée la tombe du taleb, toujours fraîchement badigeonnée et surplombée par un énonne roc appelé dans le pays la Malédiction d6 la Mère, Nâla-el-Omm.
Parvenus à un tiers de sa hauteur environ, nous vîmes devant nous une espèce de plate-forme ronde en marbre gris , que Ton croirait polie de m^ d*homme, et qui est en grande vénération parmi les pèlerins hadramites, celui d'entre euî qui peut la franchir d'un saut étant considéré comme béni du ciel.
L'ayant dépassée, nous nous trouvâmes engagés dans un petit bois de mossouacks et d'autres essences forestières, qui semblaient tous s'incliner respectueusement du côté du bienheureux sépulcre.
Même dans les mois les plus chauds, Tair est froid sur cette cime sacrée, où le pèlerin ne monte que le cœur tremblant de respect et de crainte.
Aux approches de la Zaouïa, nous fûmes assaillis par une troupe importime de petits saints, fils des OvJcils S postérité du taleb^ nés gardiens des restes de Tancêtre conmiun.
Nous avions eu soin de nous pourvoir au caravansérail de biscuits et de petits gâtea'ux pour amadouer l'essaim tapageur, et tandis que les bambins se disputaient entre eux nos friandise*s, nous nous empressâmes de passer et de gagner le sanctuaire, dans lequel
i Représentant ou délégué d'un grand personnage, d*une famille, d^une Zaouïa, au point de vue de la surveillance et de radministration des revenus, etc., etc.
nous BOUS arrêtâmes un instant, autant pour y faire nos Revotions que pour visiter son mukkaden^ ou ancien, à qui tout musulman, qu'il soit touriste ou pèlerin, est tenu d'offrir up présent en rapport avec ses moyens.
Après quoi, nous pûmes continuer notre route et ^avir, à Taide de marches taillées dans le roc et en société de deux Ouyis qui nous servaient de cicérone, jusqu'à une caverne dont l'ouverture est tel* lement basse, que les enfants mêmes n'y pénètrent qu'en rampant sur les mains et sur les genoux.
Il ne nous fut permis que d'entrevoir la vaste cavité creusée dans le roc et surmontée d'une voûte qui se trouve au fond de la grotte, car nos guides nous retinrent à l'entrée, nous faisant remarquer de loin les images gravées.
C'est ainsi qu'on désigne les figures d'une femme et d'un homme nus^ dont Tune tient à la main une sphère.
Devant eux un serpent à demi roulé dresse la tête.
Ce bas-relief , très-profondément fouillé, est sculpté à environ quatre pieds de terre.
Les guides ont soin de persuader à la foule crédule que ce sont là des personnages pétrifiés, et retenus dans cet état par le pouvoir du taleb.
En quittant la grotte, nous nous rendîmes au fameux rocher de la Malédiction de la Mère.
C'est une étroite fente qui descend perpendiculairement, et se termine par un gouffre sans fond.
Un rebord de quelques pouces de large a été taillé
en dedans, le long d un des côtés de la fîsstire, et sert de point d appui aux courageux pèlerins qui se hasardent à travers ce dangereux passage.
Le hardi dévot déterminé à Tefirayante épreuve appuie son dos contre le roc opposé au rebord sur lequel il place ses pieds, et avance ainsi de côté avec la plus grande circonspection.
Durant tout le trajet, son corps se trouve suspendu sur le noir abîme.
C'est à Textrémité de la fente que Ton rencontre le plus d'obstacles.
Les côtés de la crevasse s'y rapprochent tellement, qu'il est à peine possible de se glisser entre eux.
Celui qui arrive au bout obtient pour grâce spéciale de n'avoir plus de haine au cœur contre son prochain.
Mais pour l'homme pervers qui tenterait l'épreuve, le roc se ferme, et le pécheur est retenu prisonnier jusqu'à ce que les Oukils, à Taide de quelques paroles mystiquesetde quelques invocations au nom d'Allah, aient ouvert la crevasse et permis au prisonnier de se dégager et de revenir au point d'où il était parti.
Arrivés au Nâla-el-Omm, nous avions vu tout ce que nous voulions voir.
Nous revînnies en conséquence sur nos pas, et, à quatre heures, nous étions de retour au caravansérail, que nous quittions à son tour et selon notre habitude, — après le coucher du soleil, — accompagnés, comme à Schibâm, des vœux de toute la population.
Il en est ainsi sous ces zones torrides.
Le principe vivifiant n'est plus, comme chez nous, le soleil, c'est Teau.
C'est. Teâu qui donne la verdure à Tarbre, la vie aux animaux, la gaieté à l'homme.
Partout où coule une rivière, où murmure un ruisseau, où jaillit une source, l'existence afflue, pleine de turgescence et d'animation.
Quel miracle fit Moïse, grand parmi les prophètes?
C'est d'avoir fait jaillir Teau d'un rocher.
Arrivés au bas de la descente , nous faisons halte près d'un bouquet de nabacks^ chargés d^ leurs fruits acidulés, et, congédiant notre guide, nous nous livrons , hommes et bétes , à quelques instants de repos.
Le lieu où nous campons est complètement désert en ce moment.
A quelques pas de lui, Aaïn-^l-Châhin me fait re* marquer, sur une éminence, les ruines d'un fort qui, me dit-il, joua jadis un grand rôle dans l'histoire islamique, mais qui est devenu aujourd'hid le séjour des Djinns et des sorciers, qui en descendent par intervalles pour lutiner et tourmenter les humains.
Vers une heure et demie, nous nous remettons en route. *
C'était juste à ce moment de l'aube où la nuit, qui va fuir, lutte encore un instant avec le jour.
< Le zizyphus'lotus de Desfontaînes, appelé aussi damouk par les Arabes africains du pays de Tunis.
Le vaste bassin à l'entrée duquel nous venions de faire halte, et qui forme une longue ligne cultivée à perle de vue, réfléchissant je ne sais quelle lumière, semblait un lac d'argent fondu parsemé d'émeraudes dans son encadrement de montagnes noires.
D'un côté on voyait se détacher, sur les premières lueurs matinales, les pics des montagnes, tandis que de l'autre, à peine distinguait-on, dans le lointain, Térim encore endormie derrière son massif de verdure.
Les feux brûlaient toujours dispersés çà et là, les dernières étoiles tremblaient encore au ciel.
Tout à coup un brouillard rose s'étendit sur nous, marchant d'orient en occident, et jetant une teinte d'une douceur infinie et d'une transparence merveilleuse sur toute la vallée.
A la lueur de cette atmosphère lumineuse, on entrevoyait les villages, et jusqu'aux huttes et tentes isolées, semées de côté et d'autre.
Bientôt, sans que l'on aperçût le soleil encore, des rayons brillèrent derrière la chaîne de montagnes située à notre gauche.
Seulement ces rayons, au lieu de ruisseler de haut en bas, s'élançaient de bas en haut.
On eût dit qu'après avoir frappé violemment le versant opposé, ils rebondissaient divergents vers le point d'où ils étaient partis.
Peu à peu cette lumière grandit, perdant sa forme radiée pour prendre celle d'un immense globe de feu.
 l'instant même où le commencement de l'orbe
flamboyant parut sur rhorizon, Térim sortit de Fombre où elle était plongée^ dessinant sa silhouette grise au-dessus de la cime verdoyante des arbres.
En même temps, la vallée commença à se teindre en rose dans toute la partie que les rayons du soleil purent atteindre, tandis que, partout où le crépuscule ou la nuit régnaient encore, cette teinte allait se dégradant du rose à la couleur du sou&e, et de la couleur de soufre au froid reflet de Tétain.
Enfin le soleil s'élança vainqueur dans le ciel, « et le matin, comme dit le célèbre auteur de Roméo et JulietUy le matin, les pieds encore tout hunûdes de rosée, descendit dans la plaine, après s'être balancé un instant à la cime des monts. »
En ce moment, nous n'avions plus que trois lieues environ à faire pour atteindre Térim.
Au fur et à mesure que nous en approchions, la route se peuplait comme il arrive aux abords d'ime grande ville.
Ici c'étaient des messagers qui couraient ventre à terre sur leurs ânes, et qui, en passant, nous jetaient une nouvelle.
Là des soldats à cheval inspectant la vallée et veillant à sa sûreté.
Plus loin, des vendeurs se rendant au marché.
Mais quels vendeurs, et la singulière idée qu'ils eussent donnée àun négociant européen du commerce hadramite I
L'un était trafiquant en charbon, et portait sur ses deux mains trois ou quatre morceaux de bois noirci.
L'autre était trafiquant en brigues, et portait sur son épaule quinze ou vingt brigues.
Celui-ci était trafiquant en volailles, et portait une poule couchée sur son bras, deux pigeons pendus sur son dos, ou un bâton à Taide duquel il poussait une oie ou une pintade devant lui.
D'autres chassaient un âne de la plus petite taille, chargé de fruits secs ou de fruits verts.
Ceux-là, c'étaient les vendeurs aristocrates.
Celui qui devait faire la plus forte recette ne coniptait certainement pas sur trois francs de rentrée, et quelques-uns n'avaient pas pour plus de cinq ou six sous de marchandises.
Tout cela cependant venait de trois, quatre lieues à la ronde avec toute la Emilie, fenunes, enfants, vieillards.
Les femmes sous leur costume biblique.
Les enfants traînés par leurs mères, ou portés sur leur dos.
Les veillards à belle barbe blanche, marchant à Taide d'un bâton ou montés sur des mules, avaient Tair de vieux patriarches se rendant à quelque Jé«rusalem moderne.
Toute cette race déguenillée, en lambeaux, drapant sa nudité avec une djebba à jour, c'était superbe à voir.
Jamais dictateur, couvert de la pourpre, entrant dans la ville éternelle sur son char de triomphe, et foulant la Voie Sacrée pour monter au Capitole, n a relevé la tête avec plus de dignité.
G*est que^ chez TArabe^ la dignité est dans rboinine> cette image de Dieu> et non dans le rang qu'il occupe ou rhabit qui le couvre.
L'Arabe est sultan chez lui comme Abdul-Medjid dans Gonstantinople^ et^ quand il a été deux fois par semaine vendre au marché son charbon, sa brique, son jardinage ou sa volaille ; quand il a tiré de cette vente de quoi vivre lui et sa famille jusqu'à la semaine suivante, il ne demande^ plus rien, ne désire plus rien, n'ambi lionne plus rien .
Ce n'est pas la misère du corps, c'est la dégradation du cœur qui efiaceaufrontde l'homme, qu'elle courbe vers la terre, le sceau divin que l'Etemel lui-même y a imprimé.
Nous finîmes insensiblement par devancer tout ce monde qui nous vit passer sans s'arrêter, sans nous regarder, on eût presque dit sans nous apercevoir, et, à cinq heures, nous étions arrivés.
Les portes de la ville étaient encore fermées.
Mais, comme si l'hospitalité hadramite prévoyait que, vu la chaleur du jour, on marchera plutôt la nuit, à chaque endroit fermé est accolé un caravansérail extérieur destiné au voyageur attardé ou trop matinal.
Nous mimes donc pied à terre dans la cour de ce caravansérail, et, comme je comptais m'éloigner de Térim encore le même soir, j'en ûs de suite notre lieu de halte pour toute la journée.
Peu après, les portes s'ouvraient et me livraient passage dans la ville, que je me mis incontinent à
parcourir en tout sens , et dont voici ^ tant bien que mal, la description ; je dis tant bien que mal, car je commençais à être las de la terre ferme, et^ cela étant, j'avais hâte d'atteindre Mokallâh afin de m'y embarquer, pour gagner ainsi par la mer des Indes rOman et Mascate.
LU
Térim ; son gonvernement. — Amendes et pénalités.
Le nagib Gheik - Nasser. — Préjugés. — Anecdote.
Médecine orientale. -^ Départ de Térim.
Térim, la Térim du chérif Édrissi * , est la capitale de la Gonfédëration hadramite.
Cette ville importante, située à soixante-cinq lieues est-demi-est -sud-est de Mareb, par 15o 13' de latitude nord, 450 45^ de longitude est, ne contient pas moins de dix* huit à vingt mille habitants, et son oasis de soixante-dix à quatre-vingt mille ; la majeure partie musulmans, et le restant Mouêllets, Juifs et Banians, comme partout.
Son aspect est à la fois étrange et pittoresque.
La teinte sombre des rochers qui la dominent, à droite et à gauche, contraste singulièrement avec la blancheur de ses maisons entrecoupées de jardins», et par conséquent jetées sur une vaste étendue.
Les dômes de ses mosquées, ses légers minarets,
1 Auteur arabe trës-célèbre.
ses nombreuses terrasses , ses places, ses belles et larges rues, ses fortifications flanquées de tours de distance en distance, ses ruines recouvertes d'inscriptions, attirent les regards et plaisent aux yeux.
Quatre portes principales y donnent entrée :
Bab-Schibâm , Bab-Aïnad, Bab-Mokallâh et Bab-Seywum, ainsi appelées du nom des villes qui leur font face, et placées, les deux premières, au nord-nordest et au nord-nord-ouest; la troisième et la quatrième, au sud-sud-est et à Test.
Six autres plus petites desservent les jardins potagers et les plantations d'arbres qui s'étendent à l'extérieur, et qu'arrosent des sources abondantes.
Une de ces sources suit sa pente naturelle à travers les terres jusqu'auprès du mur d'enceinte , où la reçoit un large conduit qui se ramifie dans la ville et en alimente les fontaines sur tous les points.
Outre une dizaine de grandes places, qui sont le rendez-vous ordinaire de tous les commerçants, chacune des rues principales de Térim est spécialement afiéctèe à tel ou tel genre de marchandises.
Dans Tune sont tous les marchands de beurre, d'huile et de viande de boucherie.
On l'appelle Souck^emm. ^
Dans une autre, qui prend le nom de Souek Serradjin, on vend des souliers et de la sellerie.
Sauck-eUDjelM et Souck-d-Haraïrïa sont peuplées de marchands de laine et de soie.
Souck-el'Auarin est aifectée aux marchands d'essences et d'épices; Souck-el-Tomba^ck, aux marchands
de tabac; Souck-el-Khodra, aux marchands des quatre saisons ; Souck-el-MakQla, aux marchands d'aliments préparés ; SoVfCk-el-Rahba, aux marchands de dattes et de fruits secs ; Souck-el'Ssaiarhin^ aux marchands de bijoux, etc., etc.
Cette ingénieuse division a pour but de faciliter aux étrangers les transactions commerciales, incessamment activées par l'importation et par Texportation, par Tachât et par l'échange d'objets de luxe et de nécessité, provenances du golfe Arabique, de Sana, de Mareb, de la mer des Indes et de Mascate, qui y arrivent de marché en marché, d'entrepôt en entrepôt, par voyageurs isolés ou par caravanes.
L'industrie deTérim est représentée par des bijoutiers, Juifs et Banians, qui font des bagues en or ou en argent, des bracelets et des chevillières ;
Par des cordonniers et des selliers, qui font des chaussures et toutes sortes d'ouvrages en cuir;
Par des enchâsseurs et des tailleurs de pierres fines;
Par des fabricants d'étoffés de soie pure, de soie et coton, de soie et or ou argent, de coton pur, de coton et laine, de laine et poil de chameau ou de chèvre; sommadas, abbayes, couvertures, pagnes, foutas, tapis, tentes, etc., etc. ; partout les femmes sans distinction de culte, sédentaires et nomades, contribuent laborieusement pour beaucoup dans la fabrication des tissus divers, comme fileuses, tisseuses et brodeuses d'une très-grande habileté.
Par des armuriers et des fabricants d'armes blanches et de spartes ; fusils, pistolets, sabres, couteaux,
djembies, fers de lances; paillassons, corbeilles, cordes, etc., etc.;
Par des menuisiers et des tourneurs, qui travaillent le cocotier, le mossouack, le mimosa et Targauler ;
Par des forgerons, qui font des clous, des haches, des chaînes, des socs de charrue, des pioches et ferrent les chevaux ;
Par des chaudronniers travaillant le cuivre avec une grande habileté ;
Par des serruriers , des ferblantiers , des graveurs, etc. , etc. ;
Par des teinturiers, des tanneurs et des potiers.
Les pièces dans lesquelles ces derniers réussissent le mieux sont les mosaïques : on ne peut rien voir, en eSet, de plus net et de plus fini dans ce gonre.
La poterie de Térim résiste au feu, en sorte que, non-seulement on fait bouillir Teau dedans sans quelle casse, mais même on en fait des marmites.
Elle est si dure encore qu'on en façonne des mortiers à broyer des couleurs et des moules à balles.
Les teinturiers font usage, pour leur industrie, du bol ou de la terre rouge, du rounat, qui est Topoponax, deux ingrédients qui abondent dans THadramont; du bois de Brésil, qu'on leur apporte de Perse; du bois de Japon et de Tindigo qu'ils tirent des Indes.
Ils emploient, de plus, du lapis-lazuli, des gommes et des écorces d'arbre et de fruit, comme les noix et les grenades, et le jus de citron.
Pour fixer la couleur, ils ont recours à la chaux, au sel marin, à l'alun (chab).
Les tanneurs corroient les peaux d'âne, de bœuf, de chameau , de cheval , de chèvre , de mouton , de mulet et des animaux tués à la chasse, et les préparent de même avec la chaux et le sel marin.
En ce qui touche le tan, ils le remplacent par la noix de galle.
Enfin, au centre à peu près de la ville s'élèvent sur une hauteur deux citadelles très-fortes, servant, Tune de demeure au nagib Cheik-Nasser et à son monde ; Tautre, d'arsenal et de prison d'État.
Cette dernière est, de plus, divisée en plusieurs compartiments, dans chacun desquels tous les habitants ont des boutiques où sont déposés, sous la protection d'une garde permanente, leur argent et leurs effets les plus précieux en cas d'une attaque des nomades insoumis : on n'y entre que par une seule porte, et elle prend le nom de Kasbdh.
Quant à la demeure du nagib, c'est une seconde édition de celle de Schibâm.
Je ne m'arrêterai donc pas à en faire la description.
L une et l'autre de ces deux forteresses sont flanquées d'énormes bastions et défendues par de formidables batteries croisées desservies par des artilleurs turcs et égyptiens ,. déserteurs pour la plupart, et dont raffole Cheik-Nasser.
Comme à Mareb, à Kousen, à Belêd-el-Wadi, à Kond, à Olû-Yahseb, en somme tous les lieux importants que nous avons visités jusqu'ici, celui-ci est Seigneur et maître dans sa capitale et les oasis qui composent sa vaste principauté.
n impose et prélèTe les amendes, rend la justice.
L'assassin paye la dîa à la famille de la victime.
S^il est insolvable, il est décapité.
Le simple voleur est bâtonné selon la valeur de son larcin et jusqu à restitution; la récidive Texpose à perdre la main, et la vie, lorsqu'il est incorrigible.
S'il y a eu vol à main armée, on rapproche avec effort les sommités de deux jeunes arbres et on les lie avec des cordes.
On attache ensuite le voleur par chacune de ses jambes à la cime de chacun de ces deux arbres.
On coupe alors les deux cordes qui tenaient les deux arbres rapprochés.
La force avec laquelle ils se séparent déchire le corps du misérable en deilx parties, qu'on laisse pendre aux branches.
Lorsqu'un Térimite en a blessé un autre avec un instrument tranchant, le nagib désigne un de ses notables pour aller constater la gravité de la blessure et fixer l'amende que le coupable doit à la victime.
On procède à cet examen en mesurant la plaie dans sa longueur et sa profondeur avec un instrument appelé la mesure du sang (^io^s-e^-demm), sur lequel sont marqués des degrés trèsTrapprochés les uns des autres.
Une blessure d'un degré se paye quatre gourdes; de deux degrés, huit gourdes; ainsi de suite.
Les prises d'armes, les conditions de paix, toutes les affaires dlntérét général sont traitées par le nagll> et son conseil (djemâa).
<m^mm>'m
Ils veillent également au maintien de Tordre intérieur et pourvoient aux besoins des caravanes, en prélevant chaque année pour elles un cinquième sur la récolte des riches.
J'en restai là de mon excursion dans Térim et de mes renseignements sur cette ville et son gouvernement, et m'en revins à notre lieu de halte, où, aussitôt de retour, je me vis entouré, de même qu'à Zaouïet-Sidi-Amr, d'une foule de malades, hommes et femmes ; les uns, comme toujours, pour me consulter ; les autres , pour me demander des philtres.
L'heure de la sieste, qui survint dans l'intervalle, me délivra de tous ces importuns. Je commençais déjà à m'endormir, mollement bercé par de doux rêves, et sans crainte, cette fois, d'être incommodé par la vermine, car, contrairement à tous ceux dans lesquels nous avions mis pied à terre depuis notre départ de Mareb, le caravansérail où nous nous trouvions en ce moment était propre et bien entretenu, lorsque tout à coup parut un soldat du nagîb qui m'éveilla brusquement et me dit de le suivre sans désemparer chez son maître.
Ayant projeté, ainsi qu'on Ta vu plus haut, de m' éloigner de Térim le soir même, je m'étais en conséquence abstenu d'aller voir ce prince , pour lequel j'avais espéré passer inaperçu.
Mais j'avais compté, comme on dit vulgairement, sans mon hôte, car Gheik-Nasser avait été informé de ma présence aux abords à& sa capitale dès le matin de bonne heure.
Il s'était donc attendu à recevoir d'un instant à l'autre ma visite.
Ce fut en vain. Ce que voyant, et une fois midi arrivé, pensant que je ne viendrais plus, il s^était enfin décidé à m^envoyer quérir par un de ses gardes, que je suivis, et qui, à peine étion&*nous entrés dans la citadelle , m'introduisit dans un immense appartement en forme de T renversé, au fond duquel j aperçus , nonchalamment étendu sur un superbe divan de velours cramoisi, un beau vieillard qui m'imposa si fort par sa grave physionomie, que je restai quelques minutes comme interdit devant lui et sans pouvoir articuler une parole.
Mais cette contrainte dura peu; car, ayant congédié mon guide, Cheik-Nasser, pour me rassurer sans doute, se leva de son divan ; et, s'avançanl vers moi, m'embrassa avec effusion , tout en me demandant alTectueusemeut des nouvelles de ma sanlé et me souhaitant la bienvenue dans son oasis.
Je demeurai frappé de sm'prise à ce cliarme d'extérieur et de langage, auquel j'étais si loin de m'attendre.
J'eus honte aussitôt des soupçons que j'avais trop légèrement conçus sur mon hôte.
Je lui en demandai pardon dans le fond de mon âme, et, ce mouvement de cœur perçant à son tour dans mes manières, je tendis la main avec une grâce tout affectueuse au bon vieillard.
Après quoi nous nous assîmes l'un à côté de l'autre ; et les banalités d'usage échangées ;
— La rumeur publique m'a appris, reprit le naglb, que tu étais un habile médecin ; cela étant, je t'ai mandé auprès de moi pour que tu guérisses un de mes enfants atteint de la petite vérole {djedri.)
— Avec plaisir, Sidi, répondis-je ; fais donc amener le malade, et, avec l'aide d'Allah, nous le sauverons.
Cheik-Nasser frappa dans ses mains.
Un nègre parut.
— Qu'on amène ici le petit Khaled, lui dit-il.
Le nègre sortit incontinent et reparut bientôt portant dans ses bras, et enveloppé dans un cachemire, un enfant de trois ou quatre ans.
L'ayant découvert, je vis le pauvre petit tout hideux de pustules suppurantes.
La variole en était à sa deuxième période.
— Combien as- tu d'enfants, Sidi? fis-je en recouvrant le malade et me retournant vers le nagîb.
— Encore dix, dont sept garçons et trois filles.
— Sont-ils grands?
— ^Les filles sont mariées, un garçon a quinze ans, celui-ci, qui est devant tes yeux, est le plus jeune; et les cinq autres, à partir de l'ainé, se suivent, en quelque sorte, d'année en année.
— C'est là tout ce qui te reste?
— Oui, Hadji; j'en avais quarante-cinq, tant filles que garçons; ils sont tous morts, à l'exception de ces dix.
—Et de quoi sont-ils morts?
— De la petite vérole.
— Alors, il n'y a pas de temps à perdre ; fais venir aussi les six autres garçons.
— Pourquoi faire?
— Pour les vacciner.
— Pour les vacciner?
— Oui, Sidi, à moins que tu ne préfères te les voir tous enlever par la maladie.
— Et sans les vacciner tu ne les sauverais pas?
— Non, Sidi.
Cheik-Nasser garda un instant le silence.
Puis il reprit :
— Qu'il en arrive ce qu'il voudra, Hadji, mais tu ne les vaccineras pas ; j'aime encore mieux les perdre tous que de leur voir appliquer cet art infernal inventé par les Européens, et qui ne les protégerait pas malgré tout, s'il est écrit là-haut qu'ils doivent mourir. Allah seul est grand, et d'avance je suis résigné à tout.
—A ton aise, Sidi, repris-je à mon tour, d'agir comme bon te semblera; tu m'as fait venir pour guérir ton fils, je t'ai proposé la vaccine comme seule chance probable de le sauver, ainsi que ses frères, s'ils gagnaient la maladie ; elle ne te convient pas : eh bien ! qu'il n'en soit plus question.
Et, là-dessus, pour ne pas encore ôter au père toute lueur d'espoir et maintenir tant bien que mal la maladie à l'état de simplicité , je prescrivis le régime tout inofifensif que voici :
Air puç et renouvelé, température modérément chaude, isolement, diète ; boissons légèrement diapborétiques , infusions chaudes de mauve et de coquelicot; soins de propreté, lotions sur les yeux
avec décoction de lentilles, quelques légers purgatifs à la manne el au séné; des embrocations huileuses, et la cautérisation des pustules avec fer rouge.
Voilà pourtant où, à Tégard de la médecine, en sont logés les Arabes, avec leurs préjugés et leur fureur de vouloir sans cesse partager maladies et remèdes en ces quatre divisions :
Chaud, froid, humide et sec.
Par exemple, ime maladie a-t-elle été causée par rhumidité, ils administrent des remèdes siBCs; les maladies chaudes, ils les traitent par des remèdes rafraîchissants ; ce qui est on ne peut plus arbitraire, comme on voit.
Néanmoins, rien ne les fera chaûger d*idée à cet égard.
Ils sont tellement esclaves de Thabitude, que, bien que disposés à avoir confiance dans les médecins étrangers, ils refuseront de se conformer à leurs ordonnances quand elles se trouveront en opposition avec leur système.
Et il n^en est pas seulement ainsi des Arabes, mais aussi des Persans et des Turcs, de ceux-là même qui sont venus se faire un peu à notre civilisation, et qui, malgré cela, s'en retournent toujours chez eux aussi bêtes que devant; ce que prouve, du reste, certaine anecdote encore toute rçcente :
« Un Turc, avec son flegme oriental, avait assisté à un bal de l'Opéra sans bien comprendre ce qui se passait là. La ronde finale, dans laquelle Tarchet de Strauss soulève une bande de danseurs frénétiques et
enragés, l'avait étonné plus que tout le reste, maisj sans lui rien expliquer de ces mystères de TOccident. Peu après, le Turc avait assisté à la messe du mercredi des Cendres, à Notre-Dame, et, en bon musul- 'man, n'avait pas pu non plus comprendre au juste le sens de cette cérémonie.
V Après avoir passé l'hiver à Paris, le Turc est reparti pour Constantinople ; et, dans Vhôtel qu'il occupait, on a trouvé parmi des papiers, sur lesquels il écrivait ses observations de voyage, la note suivante :
« A certains jours de Tannée, les Français devien- « nent fous; xm peu de cendre qu'on leur met sur la « tête les guérit. »
Je n'invente pas, comme on voit, je cite.
Toute la science du médecin oriental se borne donc à reconnaître la cause prétendue d'une maladie et à la combattre par son contraire.
Par exemple, s*il n*aperçoit au malade ni forte chaleur sur la peau ni fièvre bien caractérisée, il fait dépendre le mal du froid, et il ordonne alors les médicaments les plus acres, les plus piquants, les substances les plus aromatiques.
Si le malade, au contraire, a une forte fièvre, une chaleur ardente, c'est du chaud qu'il la fait dériver; il fait prendre, dans ce cas, les sucs les plus rafraîchissants, les plus acides. '
Il donne l'eau glacée pour boisson, il l'applique sur Testomac, sur la tète, sur le bas- ventre.
Si avec une forte fièvre, une chaleur interne, brû-
lante, la peau est sèche, la langue gercée, c^est le sec qui domine ; il a promptement recours à des boissons abondantes, aux fruits les plus doux, les plus aqueux, aux bains, aux fomentations.
Si la maladie provient de Thumide, comme dan« Fhydropisie et autres affections semblables, il emploie des opiats et des électuaires, faits avec les racines les plus amères, les fleurs les plus aromatiques, les résines les plus chaudes.
Pour les vents intérieurs, il fait usage de poudres carminatives, debézoards, de perles, etc., etc.
Pour les mauvaises digestions et pour la faiblesse des organes de la génération, il fait prendre le salep, le musc, Tambre, la myrrhe, l'encens, Taloès.
Les médecins ont, à cet effet, un grand nombre de conserves stomachiques , d'électuaires aphrodisiaques, d'opiats irritants.
Dans la plupart des maladies chroniques, et dans presque toutes celles qui dépendent de la lésion d'un viscère, le hasard conduit leur main, ou s'ils procèdent en se rendant compte de ce qu'ils font, le diagnostic se trouvant erroné faute de connaissances anatomiques, le traitement auquel ils ont recours ne peut être que vicieux.
Par une longue habitude de traiter des malades, les plus judicieux d'entre eux distinguent bien, à première vue, une maladie d'une autre.
Ils jugent, par les symptômes qu'elle présente, si elle menace la vie du malade i
Mais, comme ils sont presque toujom*s dans Ter
reur sur les causes qui la produisent, ils res?eml)leiil assez souvent à ce médecin de la fable, qui, marchanl au milieu des ténèbres, frappe à droite ou à gauche indistinctement : s'il attrape le malade , il meurt; si c*est la maladie, il le sauve.
Quant à la chirurgie, elle se borne, ainsi que nous l'avons déjà vu dans le Mareb, je crois, à saigner, à appliquer des emplâtres sur les plaies; à mettre des ventouses ou le moxa sur les parties douloureuses, à réduire une luxation, à ouvrir un abcès extérieur ; et c'est tout ce qu'on peut en attendre.
Mon ordonnance faite, rien ne me retenait plus chez Gheik- Nasser, et je fus libre, après avoir pris congé de lui, de m'en retourner auprès des miens, non sans y être bientôt rejoint par deux de ses nègi^es , qui m'apportaient mes provisions de route et quelques cadeaux, « en retour de la peine que j'avais bien voulu prendre, me fut-il dit, de passer à la citadelle pour donner une consultation. •
Après leur départ et notre repas du soir achevé, nos chameaux et nos dromadaires chargés de nos personnes et de nos bagages, nous nous jéloignâmes du caravansérail; puis, contournant la ville, afin d'éviter la foule qui se rendait aux mosquées, convoquée par Yezan (appel à la prière), nous reprimes notre route, qui, cette fois, nous plaça dans la direction du sud-sud-est, et du port de Mokallàh, dont vingtneuf lieues nous séparaient encore, et qui, on Ta vu plus haut, devait être mon dernier lieu d'étape dans THadramont.
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