LE LOGIS SECRET
La porte de l'hôtellerie tourna sur ses gonds, et le carrosse, après avoir passé sous une voûte, entra dans une cour intérieure qu'entouraient des écuries assez vastes pour contenir une cinquantaine de chevaux.
Jacques ouvrit la portière.
Raoul descendit le premier, puis, prenant Jeanne dans ses bras, il la ^posa sur le pavé.
A ce moment, un homme d'une taille un peu au-dessus de la moyenne et d'une maigreur phénoménale s'approcha vivement des nouveaux venus.
Cet homme, qui semblait avoir soixante-dix ans, portait une culotte courte de ratine noire, étroitement serrée aux genoux par des boucles (Iti cuivre sur des bas chinés, à côtes, dans lesquels ballottaient ses maigres mollets.
Une houppelande de drap gris et une sorte de cape en velours noir, destinée à abriter son crâne chauve, complétaient un costume tout à fait de fantaisie comme on le voit.
La %ure de ce petit vieillard était sournoise et astucieuse, et sa physionomie offrait au plus haut point le type judaïque.
C'était le propriétaire de l'hôtellerie du roi Salomon.
On le disait riche, mais avare. Son véritable nom était Samuel Vertamy, mais généralement, dans le quartier, on l'appelait le Père aux ecus.
Samuel, avons-nous dit, s'approcha de Raoul et de Jeanne.
Aussitôt qu'il eut reconnu le chevalier, il se courba presque jusqu'à terre, d'une façon qui faisait le plus grand honneur à la flexibilité de son épine dorsale ; il se débarrassa de la cape de velours qui couvrait sa tète, et il marmotta entre ses dents les assurances cérémonieuses de son humble respect et de son profond dévouement.
Raoul l'interrompit:
— C'est bien!... c'est bien, Samuel, — lui dit-il: — tout est-il en bo.i ordre?.,.
— Oui, monsieur le chevalier, comme toujours, — répondit le vieillard.
— Alors nous pouvons monter?
— Parfaitement, et, quoique monsieur le chevalier connaisse bien le chemin, je vais avoir l'honneur de le conduire, lui et madame...
Le vieux Samuel s'interrompit.
Raoul, qui devina une interrogation dans le sens suspendu de la dernière phrase du juif, et qui vit sur le visage de Jeanne un commencement d'embarras, se hâta de dire:
— Ma femme.
— Lui et M"" de la ïremblaye..., — continua Samuel après s'être incliné de nouveau.
Puis il marcha en avant.
Le chevalier et Jeanne le suivirent.
Tous les trois arrivèrent au deuxième étage, dans cette pièce dont Raoul avait parlé à Jacques quelques semaines auparavant, et qui se nommait la Chambre des Mages.
Autour de cette chambre se voyaient les larges armoires à panneaux gris qui renfermaient une si grande variété de costumes, et dans l'un des angles se trouvait le coffre de fer, peint en bois et scellé au plancher.
Nous savons déjà que cette pièce était absolument nue, et qu'à l'exception de trois ou quatre chaises grossières elle ne renfermait aucun meuble.
Aussitôt que Jeanne et Rtioul en curent dépassé le seuil, Samuel les «akia profondément et se retira en for:;i:int la porte tlorrii're lui.
— La jeune fille promena autour d'elle un regard étonné.
— Que pensez-vous de ce gîte?... — lui demanda Raoul en souriant.
— Que voulez-vous que j'en pense? — • j'attends.
— Vous ne croyez pas que mon projet soit de vous installer