CHEMIN DU CHATEAU DE LA TREMBLAYE
Raoul s'engagea dans ce chemin et éperouna de nouveau son cheval qui reprit docilement le galop.
Dix minutes s'écoulèrent.
La route était montueuse, elle courait au travers des bois; — des étincelles jaillissaient par instants des quatre fers du cheval, lorsqu'ils frappaient sur quelques cailloux; — un silence absolu régnait dans la campagne.
Enfin, le cavalier et sa monture atteignirent le plateau de la petite éminence qu'ils venaient de gravir.
Raoul appuya si pesamment et si brusquement sur les rênes, que son cheval, sous cette pression douloureuse et inattendue, se cabra en hennissant.
Du haut de ce plateau, Raoul avait en face de lui le parc de la Tremblaye et le vieux manoir qui profilait sur le ciel sombre les lignes noires et sévères de ses tourelles féodales, au-dessus des arbres séculaires.
A. cette même place, Raoul, — chassé du château de la Tremblaye après la mort de son bienfaiteur; — à cette même place, disons-ntuis. Raoul s'était arrêté jadis pour jeter un dernier regard aux lieux où s'étaient écoulées son enfance et sa jeunesse.
Mais, — ce soir-là, — le soleil venait de se coucher derrière des nuages qu'il avait teints d'une pourpre sanglante.
Sous ce ciel rouge et lumineux, les tourelles du château, — ce soir-là, — se dessinaient en noir.
Un sourire plein d'amertume était venu aux lèvres du jeune homme.
— C'est bien cela ! — avait-il murmuré en étendant sa main vers le ciel et vers le château, — le deuil, le sang et le feuî... voilà ce que je rêve, — voilà ce que je veux, — voilà ce que j'apporterai ici!,.. Ah! lâches et misérables héritiers de mon noble père d'adoption, je vous ai dit que vous me reverriez un jour!... Priez Dieu pour que ce jour n'arrive pas bientôt!... Ce n'était point assez pour vous de me reprendre lâchement ce qui m'appartenait par la volonté de celui qui n'est plus, — il vous fallait encore me chasser, — et m'insulter en me chassant!... Nous avons un compte terrible à régler ensemble!... Le jour, où nous nous reverrons, vous maudirez cet héritage, et vous me crierez grâce!... Mais vous avez été sans pitié... je serai sans pitié!...
Voilà ce que Raoul avait dit jadis.
Et maintenant, — venu pour la vengeance, — il se souvenait de ces paroles, et son sourire, ce soir-là, n'était pas moins amer qu'au soir des funérailles...
Soudain, et par un effet tout naturel qui cependant fit tressailhr le jeune homme, — une clarté pâle, puis bientôt plus vive, apparut derrière jes toits du château, et la lune, surgissant lentement, ainsi qu'un bouclier de fer rouge, éleva comme une menace de meurtre et d'incendie son disque enflammé et sanglant.
Nous le répétons, Raoul tressaillit.
— Encore du sang!... encore du feu!... — murmura-t-il, — tout conspire avec ma vengeance que les astres eux-mêmes semblent prophétiser!... Leurs oracles ne mentiront pas !...
L'hôte ne se lit point attendre et, le bonnet à la main, il accourut. (P. 839.
Pendant quelques minutes encore, le jeune homme s'absorba dans sa contemplation et dans sa rêverie.
Puis, secouant les pensées qui l'oppressaient, il rendit de nouveau la main à son cheval et continua sa route dans la direction du villaee de la Tremblay c.
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