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LE MARIAGE

Presque immédiatement après l'entretien auquel no is venons d'assister, Raoul gagna l'hùtel de Thianges.

Le marquis l'attendait.

M. de la Tremblaye lui raconta les événements de la soirée et de la nuit précédentes.

— Diable! — vous donnez comme cela des coups d épée aux gens du Palais-Royal, et vous allez choisir précisément ce jeune vicomte, dont le régent s'est entiché depuis quelque temps!... Savez-vous bien, mon cher chevalier, que voilà qui n'arrange pas nos affaires...

— Je ne le sais que trop, pardieu! — répondit Raoul: — mais, soyez tranquille, j'ai mon plan, et nous nous en tirerons.

— A la bonne heure! — dit alors M. de Thianges; — seulement, dépêchez-vous...

Raoul lit un geste qui voulait dire : Rapportez-voKs-en donc à moi!... Puis il reprit :

Toute autre que Jeanne n'aurait pas manqué de trouver étrange les allures ds ces prétendus seigneurs. (P. 135.)

— Parlons d'autre chose, maintenant. Avez-vous pensé à ce dont je vous ai parlé?...

— A propos de votre mariage?...

— Oui.

— Mais, certainement, j'y ai pensé.

— Eh bien?...

UV. n. — XAVIER DK MO.NTÈPIN. — I.F.S MYSÏÈP.F.S DU PAI-AIS-ROYAU — ÉD. J. BOUFF ET c'«. LIT. 17.

— Eh bien! tout est prêt, la chapelle est en bon ordre; je sais presque par cœur la niosse de mariaçe. et hier, après votre départ, j'ai essayé les vétoment^ sa^-crdoLaux, qui me vont à miracle!...

— Marquis! — s'écria Rlaoul' en riant et en fi-appant sur l'épaule de M. de Thianges, — si le bon Dieu vous remi» justice, vous mourrez d'un coup de tonnerre!...

— Pourquoi non?... — répondit le marquis; — jaimerais croiser mon épée avec lafe)««i»e! ce serait un asiversaire digmede moi!

— A quelle heure- laieérémome?' — dfemanda AU. die- la Tremblayo.

— C'est à vous de fixfir cela.

— Eh bien à onze heures, nest-ce pa«?'

— S«it, vous- serez attendus.

— .Foubliaisuiïe cliose.

— Laquelle?

— 11 nous faut des témoins.

— Mon inlondant et m©n maître- d''lïô tel vqit3~ en serviront. Ils seront, pour la circonstance, métanaerphosés- en vieux gentilshommes alliésr^dîe voti*e famille.

— A merveille! Vou^avez une imagination brillante et inépuisable, et si voua- n'étiez beaucoup tl-op grand seigneur pour devenir gratte-papier, vou^ auriez pu faire die* romaanS' pki* beaus. que ceux de W" Si'udéry!... A demain, marquis!

— A demain, mon cher chevalier!

Raoul, on quittant M. de Thianges. se rendit à l'hôtellerie du Jlo - Salomon, où Jeanne rattendait avec impatience.

ILa. jeuiie fille était triste.

Sa nuit avait été visitée par des- songes- funestes et de sombres pressentiments.

M lui semblait qu'il devait être arrivé malheur à son fiancé, et qu'elLe-môme se trou voit sous le coup de quelque événement Muistro.

Dans ses rêves, elle avait vu Raoul étendu à sespieds, tout sanglaat.

Puis elle s'était sentie mourir.

tJn froid glacial et douloureux avait peu à peu envahi ses veines, son cœur avait cessé de battre ; une paralysie complète s'était emparée de ses membres pour les priver de tout mouvement, de ses lèvres pour les empêcher d'articuler une seule parole.

Des voix avaient murmuré autour d'elle :

— Elle est bien morte!... c'est fini!...

Des mains officieuses l'avaient couchée dans un cercueil, et ce cercueil s'était refermé.

Li:S MYSTÈRES DU PALAiS-RO V\ 1, 131

On était venu la prendre pour la porter dans une chapelle et chanter l'office des morts sur sa dépouille inanimée.

Cette chapelle, hélas! était celle où devait, le lendemain, se célé-

brer son mariage.

Une cérémonie allait s'y accomplir en ellet.

Seulement, au lieu d'être une noce, c'était un enterrement.

Un tombeau, voilà le lit nuptial où les deux liancés devaient se

reunu'

Jeanne se réveilla en sursaut, tremblante et baignée dune sueur froide.

Heureusement le jour était proche, et les premières clartés de l'aube blanchissaient déjà le vitrage de la chambre à coucher.

Jeanne parvint donc à dominer ses frayeurs superstitieuses; mais, nous le répétons, une incommensurable tristesse s'empara de son esprit jusqu'à l'heure de l'arrivée de Raoul.

Au moment où son fiancé franchit le seuil du passage secret, elle • courut à lui, et aussitôt les appréhensions, les craintes, les pressentiments s'eifacèrent de son àme, comme au lever du soleil s'évajMjreut les brumes du matin.

Nous n'entreprendrons point de suivre les deux amants dans les charmantes divagations d'un mutuel amour. Il faudrait une main plus habile que la nôtre pour faire résonner dignement cette harpe du cceur.

Leur longue et tendre causerie fut coupée d'ailleurs par une distraclion délicieuse.

Samuel apporta un immense colï're d'ébène, enrichi des plus merveilleuses incrustations.

Ce coiïrc renfermait h^s étoiles et les parures de la corbeille do mariage.

C'étaient des robes d'une splendeur inouïe; des dentelles et des gui- . [uires d'une beauté sans rivale ; des bijoux dont une reine aurait été jalouse.

Qu'on juge des extases et du délire de la jeune fille en face de ((U!s ces trésors.

A chaque découverte nouvelle, à chaque objet sorti du colTre inépuisable, Jeanne frappait des mains et manifestait une joie enfantine que llaoul ne pouvait se défendre de partager, quoiqu'il dît parfois avec une gravité douce :

— Pourquoi vous réjouir ainsi, chère enfant? Qu'avcz-vous besoin do tout cela?... Tout cela no vous rendra pas plus belle!...

— Oh! — répondait Jeanne, — laissez-moi donc admirer, mou ami, et iiic trouver heureuse de voir à quel point vous m'aimez!...

132 LES MVSTKRES DU PALAIS-ROVAL

Le soir arriva.

Comme la veille, Raoul prit congé de Jeanne en lui disant :

— A demain... à demain, pour ne plus nous quitter!

Lajeunc lille no répondit pas, mais son silence et sa rougeur parlèrent éloquemmeiil pour elle. Enfin le lendemain arriva.

A dix heures du matin, Raoul entrait à l'hôtellerie du Roi-Salomon .

Hélait vêtu avec une simplicité élégante et du meilleur goût.

Un habit de velours gros bien couvrait à demi une veste de satin blanc, brodée d'argent. Une culotte gris perle et des bas de soie blancs complétaient son costume.

Honorine venait d'achever la toilette de Jeanne.

Une robe de talFetas blanc dessinait les gracieux contours du buste de la jeune fille.

Les fleurs virginales du bouquet symbolique s'enlaçaient à ses beaux cheveux blonds.

De chaque côté de son cou charmant flottaient les longues barbes d'un voile de dentelle d'Angleterre.

Celte parure si fraîche et si simple donnait un nouveau lustre à sa beauté splendide, et lui servait en quelque sorte de cadre.

M. de la Tremblaye fut ébloui et tomba aux genoux de Jeanne.

— Ma reine, — s'écria-t-il, — on doit vous adorer!...

— Aimez-moi seulement, — répondit lajeune fille avec un sourire, — ie ne vous en demande pas plus...

Et elle tendit la main à son fiancé pour le relover.

Raoul, toujours agenouillé, prit cette main et y colla ses lèvres.

— Tout à l'heure, — continua Jeanne, — vous m'appeliez votre reine, n'est-ce-pas?...

— Ne l'ètes-vous point de mon cœur, de ma vie, de mes volontés, de tout mon être?...

— Obéissez-moi donc comme à une reine, et relevez-vous. Raoul se releva aussitôt.

Jeanne reprit :

— Voilà de la soumission... c'est bien! Et, comme la reine n'est point ingrate, elle oITre son front à son fidèle sujet...

Avons-nous besoin de dire que M. de la Tremblaye profita avec ardeur de la permission qui venait de lui être accordée.

Cependant, dix heures et demie sonnèrent. I — Venez, — dit lîaoul.

Et il donna la main à la jeune fille.

Mais, au lieu de la mener, ainsi qu'elle s'y attendait ,du côté de l'issue

secrète; il la conduisit dans la salle à manger, en face de l'un des panneaux de la boiserie.

11 toucha ce panneau, qui tourna sur des gonds invisibles et laissa voir les marches polies d'un large et magnifique escalier, dans lequel les deux jeunes gens s'engagèrent.

Cet escalier aboutissait à un somptueux vestibule qui, lui-même, ouvrait sur une cour ses trois portes vitrées.

En face de ce vestibule stationnait un vis-à-vis absolument neuf, et dont rien n'égalait la beauté.

Les panneaux, bleu de ciel et or, s'enrichissaient des sculptures allégoriques les plus délicates ; l'intérieur était doublé en satin blanc brodé à la main; les cercles des roues étaient en argent.

Les chevaux, d'une blancheur de lait et à la longue crinière nattée avec des rubans bleu et argent, piaiïaient et hennissaient d'un air d'impatience et de juvénile ardeur, quoique tenus vigoureusement en main par un gros cocher, poudré à frimas sous son tricorne galonné et vêtu d'une houppelande écarlate et or.

Trois grands laquais, debout auprès de la portière, étaient revêtus d'une livrée semblable.

— Dieu! mon ami, quel magnilique équipage!... — s'écria Jeanne avec admiration.

. — Vous trouvez, chère enfant?

— Le carrosse, les chevaux et les livrées me semblent d'un goût exquis! Savez-vous à qui tout cela appartient?

— 11 y a des armoiries sur les panneaux, — répondit Raoul; — ces armoiries vous diront peut-être ce que vous voulez savoir...

— Oh ! je ne suis pas forte en blason!

— Regardez toujours.

Sur le panneau du milieu étincelait l'écusson des Chambard, mi-parti de celui des la Tremblaye, sous les rameaux héraldiques d^n lambrequin de chevalier.

— Que veut dire cela? — demanda la jeune fille interdite.

— Cela veut dire, — répondit Raoul, — que cette voiture est à vous. En même temps il lit un signe.

Les laquais s'empressèrent aussitôt. L'un deux ouvrit la portière.

Le second déploya le marchepied.

Le troisième présenta à Jeanne son poing ganté, sur lequel elle s'appuya pour monter en voiture.

Raoul s'assit à côté d'elle, et le carrosse partit au trot le plus rapide de ses deux chevaux de race.

Au hout de quelques minuLes, il s'ari-ètail eu face du péristyle de riiùlel de Tliiauges.

Un lieidiique gigaulesque aUendail suf 1(.' })eiTon.

Aussilùt que Raoul el Jeanne furent descendus de carrosse, il les salua profondément, et marcha devant eux d'un pas g-.rave et solennel pour leur indiquer le chemin.

Les deux jeunes gens arrivèrent à sa suite jus(ju a la porte du grand salon de l'hûtel.

Là, il s'inclina, fit deux pas de côté pour les laisser passer, et referma la porte derrière; eux.

Pendant un instant, Jeanne et Raoul restèrent seuls.

Ni l'un ni l'autre ne parlaient.

Jeanne était trop émue pour pouvoir prononcer un seul mot.

Quant à Raoul, une involontaire préoccupation s'était emparée do lui au moment où il se trouvait ainsi face à face avec l'action détestable qu'il allait commettre, action que sa conscience et les lois flétrissaient également du nom de crime.

La porte du salon se rouvrit.

L'heiduque parut sur le seuil, et annonça successivement :

— M. le marquis d'Orhesson... M. le vidamc de Pamiers...

En même temps deux personnages, d'une originalité incontestable, firent, dans le salon une entrée triomphante.

Le premier de ces deux personnages, le soi-disant marquis d'Orhesson, était doué d'une haute taille et d'une respectable obc^sité.

Par-dessus son habit jonquille et sa veste de satin clair de lune, il portait une grande pelisse de velours grenat, galonnée d'or et fourrée d'hermine, que soulevait d'une façon comique le fourreau de sa petite épée de cour.

Sa perruque, soigneusement poudrée, faisait l'esBoailii' les teintes ardentes de son visage, dont les joues, le nez et le front alfectaient uniformément la couleur cramoisie.

Ce visage, ainsi enluminé sans doute par les joies de la bonne chère et le culie do la dive bouteille, faisait l'oiret, entre la perruque blanche et la cravate de dentelle, d'une cerise dans la neige.

Les traits de ee marquis semblaient exprimer, d'ailleurs, une jovialité réjouissante et assez spirituelle.

11 s'a})puyait, à la manière des financiers de comédie, sur une haute canne à pomme d'or.

Son acolyte, le vidame de Pamiers, n'était guère moins grand que lui, mais incomparablement plus maigre.

Ses membres débiles et presque étiques flottaient dans un vaste justaucorps en velours de couleur vert de mer, brodé en argent.

Il portait des bas roulés, à coins d'argent, et des souliers à talons rouges et à boucles d'une largeur extravagante.

Ses yeux étaient ternes, et sa pbysionomie ne disait absolument rien. Malgré cette apparence peu séduisante, le vidame se donnait en marcbant des airs de grâce et de grandeur à mourir de rire, et il paraissait avoir la plus excellente et la plus flatteuse opinion de son mérite personnel.

Toute autre que Jeanne n'aurait point manqué de trouver au moins étranges les allures et les façons de ces prétendus grands seigneurs, véritables marquis de Mascarille et vicomte de Jodelet. 3,iais Jeanne n'avait jamais vu de grands seigneurs, et d'ailleurs il lui manquait la liberté d'esprit nécessaire pour observer et surtout pour se rendre compte de ses observations.

MM. d'Orbesson et de Pamiers n'étaient autres que l'intendant et le maître d'hôtel du marquis.

Le premier, doué d'un esprit assez brillant et d'une grande facilité d'éloculion, avait été chargé de jouer un rôle de quelque importance dans la comédie qui se préparait.

Quant au second, complètement nul une fois sorti de ses attributions domestiques, il devait être un figurant plutôt qu'un acteur réel.

Raoul, à l'apparition des personnages hétéroclites que nous venons "•de décrire, se mordit les lèvres à doux reprises, afin de comprimer une envie de rire presque irrésistible qui s'emparait de lui.

Il y parvint cependant, et, prenant Jeanne par la main, il fit quelques pas au-devant des nouveaux venus.

Le marquis d'Orbesson s'empara deTautre main de Jeanne, et, après l'avoir portée galamment à ses lèvres, il dit à Raoul :

— Parla sang-Dieu! mon beau neveu, présente-moi donc à cette charmante enfant, que je serai fort heureux tout à l'heure de pouvoir appeler ma nièce...

— Jeanne, — dit alors le chevalier, j'ai l'honneur de vous présenter le marquis d'Orbesson, mon oncle...

Puis il ajouta :

— ^ Mon cher oncle, j'ai l'honneur de vous présenter M"" de Chambard, bientôt M'"" de la Trcmblaye.

— Je suis franc, — dit le vieux marquis^ — et quelquefois mémo, à ce qu'on assure, un peu brutal. Quand j'ai su, mon beau neveu, que tu faisais un mariage d'amour après avoir si souvent refusé tant de riches héritières que je te proposais, je l'avoue, mon neveu, j'ai posté contre

136 LliS MYSTKHKS IH] PALAIS-ROYAL

toi!... Je craignais lo Ijaiidean Ironipciir du pelit (>upidon... .le tremblais à ]a pensée d'une union indigne de ton élal dans le monde et du nom que lu portes... Mais depuis que j'ai vu mademoiselle, depuis que je me suis convaincu par moi-même qu'il n'y avait rien d'exagéré dans ce que tu m'avais fait dire de ce trésor d'innocence, de grâce et de beauté, reçois mes compliments, cber neveu, reçois mes félicitations sincères!,..

Et Toncle accentua tous ces éloges par une vigoureuse poignée de main donnée à Raoul

Le vidame de Pamiers écoutait ce qui se disait, et bochait à chaque instant la tête en signe d'approbation.

Raoul, malgré son prodigieux sang-froid, trouvait la si (nation trop prolongée pour ne pas devenir embarrassante.

La poignée de main qu'il venait de recevoir ne l'avait que médiocrement flatté. Il redoutait, si la comédie n'arrivait bien vite à sa lin, que son oncle de circonstance ne jugeât convenable de passer à l'accolade.

Le beau visage de Jeanne se couvrait d'une rougeur modeste à chacun des compliments que lui décochait le marquis.

— Est-ce que tout cela va durer longtemps encore? — se demandait le chevalier.

Et il maudissait intérieurement les retards de Vi. de Thianges.

Enfin l'impatience de Raoul eut un terme.

La porte du salon se rouvrit pour la seconde fois, et l'beiduque vint annoncer que tout était prêt et que M. l'aumônier attendait les futurs époux pour la cérémonie.

Raoul saisit le bras de Jeanne et l'entraîna vers la chapelle.

Cette chapelle, construite par les soins du père du marquis de Thianges, homme éminent, dont la dévotion éclairée égalait l'impiété aveugle de son fils, était petite, mais décorée avec un luxe extrême et un goût infini.

Les murailles, ou plutôt leurs revêtements en pierre polie, avaient été fouillées par le ciseau d'un habile artiste.

L'autel était en marbre )jlanc.

Un tapis de velours rouge s'étendait sur les dalles.

Une lampe en vermeil, d'un travail exquis, pendait à la voûte, suspendue à une chaîne d'argent.

Un magnifique tableau du grand peintre Lesueur faisait l'ornement du maître autel, et quelques autres peintures, très remarquables aussi, quoique d'un ordre inférieur, étincelaient comme autant de pierres précieuses dans des cadres d'une richesse inouïe.

Une porte bâtarde donnait accès dans l'établissement. (P. 141.^

Au moment où les fiancés et leurs témoins entrèrent dans la chapelle, le faux prêtre, agenouillé dans une attitude de piété menteuse, semblait prier avec recueillement.

Au bruit des pas des nouveaux venus, il quitta cette posture hypocrite et se retourna.

Raoul eut peine à le reconnaître.

LJV. IS. — XAVIEU L>E MOMÉPIN. — LES MYSTÈriES DU PALAIS-IiOYAL. — ÉD. J. POtTF RT C'". UV. 13.

M. de Thiang'es, en etlet, s élalt grimé a.Yec, le talent d'un comédien consommé.

Nous avons dit précédemment qu'il avait quarante ans, et que sa figure était fraîche et flemne.

Ek bien! il était pai'venu à se donner l'aspect d'un homme de plus de soixante ans.

Quelques boucles de cheveux argentés, s'échappaut de des^sous une étroite calotte de velours noir, donnaient à son visage ua caractère d'onction patriarcale et évartgélique.

Un cercle de bistre tracé au-dessous des yeux et quelques rides dessinées à propos avaient achevé cette naétamorphose.

M. de Thianges s'était déjà revêtu d-es vêtements sacerdotaux.

Il adressa à Raoul et à Jeanne une sor!' cîr" petit discours fort paternel et tout empreint de morale évangélique.

Ensuite il monta à l'autel, et il eut l'audace cynique de commencer et de poursuivre jusqu'à la fin une parodie infâme de la célébration des saiiits mystères.

Raoul se sentait épouvante tandis que s'accomplissait sous ses veux ce monstrueux sacrilège dans lequel il avait sa part.

A chaque instant, il lui semblait que la colère de Dieu allait s'éveiller enfin et foudroyer les misérables qui profanaient ainsi un autel consacré.

Dix fois, il fut au moment de crior à son complice :

— Arrêtes!

Mais Dieu fut clément jusqu'au bout, le tonnerre ne gronda point, et Raoul rit en lui-même de ses terreurs involontaires.

La mess:^ nph'^vée, M. de Thianges s'approcha de Jeanne et do Raoul.

— Chevalier de la Tremblaye, — demanda-t-il d'un ton grave, — prenez- vous cette femme pour épouse?

— Oui, — répondit vivement Raoul.

— Jeanne de Cbambai'd, — continua le faux prêtre, — acceptezvous cette homme pour époux?

— Oui, — murmura la jeune fille.

— Vous êtes unis devant Dieu ! — ajouta M. de Thianges, — allez et soyez bénis !

De douces larmes coulaient des grands yeux de Jeanne. Un fou sombre et presque infernal étincelait dans ceux de Raoul. Le sacrilège était consommé.

La pauvre victime était tombée dans le piège infâme qu'elle ne soupçonnait même pas.

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