COUP DE FOUDRE
Ou nous avons réussi très mal adonner une idée du caractère de notre aventurier, Raoul de La Tremblayc, dans Jes pag^es de l'immense histoire qui s'achèvera bientôt, ou nous avons, au contraire, montré clairement que parmi les défauts, les passions mauvaises et les vices du fils de Rog-er Raynaud le braconnier, il n'y avait ni lâcheté ni bassesse.
Il nous semble que l'ombre d'un doute, à cet égard, est impossible.
Pas un de nos lecteurs n'a pu croire notre héros capable de livrer aux désirs impudiques d'un prince débauché sa Jeanne si pure et tant aimée, sa douce et belle reine de Saba...
D'ailleurs, n'avons-nous pas entendu Raoul lui-même dire au marquis de Thiang-es, la veille ou l'avant-veille de ce jour :
— Est-ce ma faute, à moi, si j'étais déjà marié quand j'ai rencontré Jeanne?... Je l'aime de toute mon âme, et si le diable me faisait celte grâce insigne de me débarrasser de ma première femme, ce que je lui demande chaque jour dans ma prière du malin et du soir, un bon maria^-e bien en règle, remplacerait sans relard l'union de comédie pour laquelle vous avez prêté votre chapelle et votre concours...
Et ceci, nous l'affirmons, était l'expression la plus complète et la plus vraie de la pensée de Raoul.
Non, Raoul n'avait point songé, ne fût-ce que, pendant la centième partie d'une seconde, à ratifier un marché infâme en livrant celle qu'il adorait, maîlresse ou femme, et en recevant, en échang-e, la liberté.
Seulement, tout en écoutant les cyniques propositions du Récent, il s'était dit qu'il fallait à tout prix échapper aux verrous de cette Bastille avide qui rendait si rarement sa proie.
Il fallait tromper Philippe, il fallait se cacher pendant quelques jours, avec Jeanne, dans un asile sûr, et les ruines du château de la Baume lui offraient cet asile, puis, ensuite, quitter la France pour toujours, et chercher dans l'amour, sur un sol hospitalier, la paix et le bonheur.
Or, tout cela pouvait se réaliser, et même facilement, si Raoul avait devant lui deux heures de liberté.
Eh bien, ces deux heures, hasard inouï!... incompréhensible faveur du destin!... Philippe d'Orléans les lui donnait!
A la vérité, en les lui donnant, il exigeait de lui un engagement solennel qu'il ne chercherait point à fuir et qu'avant la nuit il reviendrait au Palais-Royal, en y ramenant Jeanne avec lui.
Il lui faisait jurer cela sur sa/of de gentilhomme!...
Et Raoul jurait hardiment.
Mais nous savons déjà que, pour les meilleures raisons du monde, un semblable serment n'engageait point Raoul.
Et d'ailleurs, eût-il été véritablement noble et véritablement chevalier de La Tremblaye, nous croyons qu'il se fût parjuré sans remords..
Après avoir reçu son épée des mains de l'exempt, et remercié Philippe comme il le devait, Raoul dut attendre plus d'un quart d'heure avant qu'on lui vînt dire que le carrosse qui l'allait conduire à son logis était préparé.
Or, Raoul, sachant à merveille qu'il y avait jour et nuit, au Palais- Royal, des carrosses attelés et prêts à partir, s'étonnait de ce retard.
La cause véritable en fut promptement révélée.
La mine un peu plus que suspecte des deux valets de pied qui devaient l'accompagner, lui lit comprendre que le Régent, tout en paraissant se fier entièrement à sa parole, attachait à lui des espions chargés de surveiller ses mouvements et, au besoin, de les réprimer...
En arrivant en face de la porte cochère de la maison qu'il habitait il remarqua une certaine quantité de promeneurs dont les visages, non moins suspects, révélaient clairement à quelle honorable classe de la société ils appartenaient.
Ceci n'inquiéta nullement le jeune homme qui possédait une collection de moyens infaillibles d'échapper à tous les espions de la terre.
Il entra donc d'un pas résolu dans la cour et monta gaillardement le grand escalier conduisant au premier étage.
Le bruit d'un pas chancelant répondit à son coup de cloche.
La porte s^ouvrit, et Jacques, le visage décomposé, rougi et boufli par les larmes abondantes qu'il versait encore, parut sur le seuil.
A la vue de Raoul, il poussa un cri de stupeur et de joie, et, oubliant complètement la distance qui séparait le valet du maître, il s©
LES MYSTÈRKS DU PALAIS-ROYàL
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Gardez ceci pour l'amour de moi, mou ami, couliuuu-t-elle. (P. 1133.)
jeta dans les bras do M. de La Tremblaye, le serrant contre son cœur avec des mouvements passionnés, et s'écriant d'une voix entrecoupée et à peine distincte :
— Ah! monsieur le chevalier... c'est vous... c'est donc bien vous !... Mon maître, mon bon maître... je croyais tant ne plus vous revoir!
Profondément touché, malgré son scepticisme habituel, de cette
Liv. 142.— xAViKn nr momi':i'in. — lus MYSTÈnr.s du p.u.aij-uoym.. — kd. j. nrtUT et g'^. liv. Ii2
tendresse si sincère et si expansive, Raoul pressa cordialement la main de son fidèle valet do chambre, puis il lui dit :
— Merci, mon bon Jacques! lu m'aimes, et je te le rends bien!... Maintenant, mon ami, ne perdons pas une minute... ne perdons pas une seconde... nous ne pouvons échapper que par la promptitude à l'immense péril qui nous menace... Ferme et verrouille cette porte pendant que je cours chercher madame...
Et déjà Raoul avait fait deux pas vers l'intérieur de l'appartement.
Jacques l'arrêta, et des larmes abondantes recommencèrent à couler sur son visage.
. Que signifie cela? — demanda Raoul agité déjà par un sinistre
pressentiment. — Pourquoi m'arrêles-tu?... Pourquoi ces larmes?... Que se passe-t-il ici?... Vais-je apprendre un malheur?
Monsieur le chevalier... — balbutia Jacques, — monsieur le
chevalier... madame...
— Eh bien?...
— Ne la cherchez pas...
— Ne pas la chercher!... et pourquoi?... ■ — Elle n'est plus ici...
Oh! mon Dieu!... — s'écria Raoul. — Mais où donc est-elle? où
donc est-elle?...
Elle est partie... et jamais... jamais... c'est elle qui l'a dit...
jamais elle ne reviendra...
— Jacques ! Jacques 1 ... — cria Raoul dont un tremblement convulsif agitait tous les membres, — songes-tu bien à ce que tu dis?
— - Oh! mon maître... mon pauvre maître... hélas! je dis la vérité... Madame est partie... bien partie...
— Mais c'est impossible !... oui, c'est impossible!... N'est-ce pas que c'est impossible? Mais réponds-moi, Jacques!... réponds-moi donc!...
Tandis que Raoul parlait ainsi, il y avait de l'égarement dans son regard.
Il tenait une des mains de son valet et il la secouait avec violence. , Jacques ne répondit que par un gémissement.
Raoul lâcha Jacques et se laissa tomber sur un siège. Il resta assis pendant quelques secondes, prit sa tête dans ses deux mains e^ la serra convulsivement. Il lui semblait que son cerveau allait éclater.
Voyons, — dit- il tout à coup en faisant sur lui-même un de ces
efforts terribles et suprêmes qui peuvent tuer nn h >mme comme un coup de couteau, en déterminant une foudroyante congestion cérébrale. — Voyons... du calme... du sang-froid... tout n'est pas perdu peut-être...
\a:s mvsïkrks du palais-royal iiai
mais il faut que je sache... il faut que je puisse agir... Tu vois que j'ai dominé ma douleur, domine ton émotion, et de même que je vais t'interroger d'une façon précise et claire, réponds-moi d'une façon rapide et nelto...
— Je tâcherai... — balbutia Jacques.
— M""" de La Tremblaye est partie?
— Oui, monsieur le chevalier...
— Quand cela?
— Il y a une heure.
— • Enlevée par violence, peut-être?...
— Ah! monsieur le chevalier, est-ce que dans ce cas je serais vivant?... Nfm, madame n'a point été enlevéo... madame est partie librement...
— Pour ne plus revenir?...
- Pour no plus revenir...
— Mais entre ma sortie de la maison et le départ de madame, il s'était pas?é quelque chose, n'est-ce pas? il était survenu un incident quelconque?... Madame avait vu quelqu'un?...
— Oui, monsieur le chevalier, quelqu'un était venu.
— Qui?... parle vitr^!...
— Une dame...
- Quelle était cette dame?...
- Je l'ignore; elle était entièrement vêtue de noir et masquée...
— Qui lui a ouvert?
— Moi.
— Que t'ea-t-elle dit?
— Qu'elle venait du Palais-Royal, que vous étiez à la Bastille, et que, pour vous sauver, il fallait qu'elle parlât à l'instant même à M"" de La Tremblaye...
— Et alors?...
— J'ai prévenu madame... Madame est venue (mi -rande ii.Ue au[)rès de cette étrangère, elle l'a fait entrer dans le salon < rienlal et elle a refermé la porte sur elle...
— Combien de temps a duré celle entrevue?...
Un quart d'heure à peu près, je crois... Au liont de quelques
minutes, j'ai entendu commodes sanglots... Puis la voix de madame a cv'ié : Mais c'est impo!isiù/r a... cl \a voix de l'étrangère, une voix qu'il me semblait avoir entendue jadis, u répondu : Voilà /es piriivr^.'!... Alors les sanglots ont recommencé... ensuite il s'est fait un graml sdence. la porte s'est ouverte, Tinconnue. toujours masquée, a passé devant moi en
disant ù madame : Au revoir, Jeanne de ChmnhardU — elle a traversé l'antichambre, et elle est partie...
— Ah! fille du démon I... murmura Raoul, qui comprenait bien quelle était cette mystérieuse étrangère, — infâme Hébé!... Antonia maudite!!... auras-tu dans les veines assez de sang pour me payer tout ce que tu m'as fait soufTrir! I... — Continue, — dit-il ensuite à Jacques d'une voix brisée, — continuel...
Jacques reprit :
— La porte du salon était restée ouverte, j'entendais madame pousser des plaintes et des gémissements à fendre le cœur; j'eus peur que madame ne se trouvât mal, et comme Honorine était sortie pour toute la journée, je crus que je pouvais prendre la liberté d'entrer... Ah! monsieur le chevalier, quel spectacle!... Pauvre madame!... pauvre chère madame!... elle n'était ni assise, ni couchée... Elle était accroupie sur le tapis, au bord du divan; sa tète s'enfonçait dans les coussins où son visage disparaissait tout entier; elle se plaignait comme un petit enfant qui souiïre, et, de seconde en seconde, elle éclatait en sanglots étoulFés (]ui tordaient son pauvre corps...
Jacques s'interrompit.
Ses laruK.'s recommencèrent à couler, non plus une à une, mais par torrents; l'émotion contractait sa gorge et rendait ses paroles indistinctes,
Raoul, debout, immobile en face de lui, les traits crispés, les yeux hagards, ressemblait à une statue du Désespoir et de la Stupeur.
Après quelques secondes Jacques reprit :
— Je m'approchai de madame et je lui parlai... je ne sais pas ce que je lui dis, car ça me faisait perdre la tète de la voir en un pareil état...
« En entendant ma voix, madame tressaillit et se leva toute droite.
« On ne peut pas dire qu'elle fût pâle... ce n'était point de la pâleur, cela!... le marbre blanc et la cire vierge auraient paru colorés à côté de son visage...
« Ses lèvres elles-mêmes étaient blanches; seulement, dans cette figure où rien ne vivait plus, il y avait autour des paupières un grand cercle bleu...
« Son regard fixe s'attachait sur moi, mais je crois bien qu'elle ne m) voyait pas... je crois bien qu'elle ne voyait rien.
u Je lui demandai respectueusement si elle était malade, et si je pouvais faire quelque chose pour la soulager. Je n'obtins aucune réponse
« Je crus bien faire, alors, en disant :
« • — Monsieur le chevalier sortira très certainement de la Bastille, et peut-être plus tôt qu'on ne pense... Il est impossible que monsieur le
chevalier soit bien coupable... D'ailleurs, le Régent est bon ; il pardonnera, et monsieur le chevalier reviendra. . .
« Je n'avais pas achevé, que madame poussa un cri, passa ses doux mains sur son front, et se mit à dire, comme quelqu'un qui parle en dormant :
« — Il reviendra... c'est vrai... il reviendra... il reviendra... c'est pour cela qu'il faut que je parte...
« Je pensai que le chagrin de ce qui était arrivé à monsieur le chevalier rendait madame véritablement folle... et j'eus presque peur... j'aurais mieux aimé entendre madame sangloter et pousser des cris de douleur...
« Madame entra dans sa chambre à coucher où je n'osai pas la suivre, elle était devenue tout dun coup trJ's calme, et elle marchait d'un pas lent, mais qui semblait ferme...
« Au bout d'un instant, madame reparut dans le salon où j'attendais toujours ; elle avait jeté sur ses épaules une grande pelisse, et le capucbon rabattu cachait une partie de son visage.
« Elle s'arrêta devant moi, et elle me dit :
u — Jacques, mon ami, vous êtes un bon et fidèle serviteur, et je crois que vous m'aimiez...
« — Ah! madame, — m'écriai-je. — vous et monsieur le chevalier vous êtes les doux seules personnes que j^aimo on ce monde...
« — Gardez ceci pour l'amour de moi, mon ami, — continua-t-elle en me mettant dans la main une petite bague...
« Puis elle ajouta :
«< — Ce n'est pas pour sa valeur que je vous donne ce pauvre bijou... c'est comme souvenir... Il est bien à moi... il vient de ma mère... Sans cela, je n'en pourrais pas disposer...
« J'étais si profondément touché, que c'est à peine si je trouvai des paroles pour remercier... Ensuite, comme madame se dirigeait du coté de la porte, je lui demandai :
•' — Est-ce que madame va sortir?...
« — Oui, mon ami, — répondit-elle, — je sors...
« — Madame m'ordonne-t-elle de la suivre?...
u — Non seulement je ne vous l'ordonne pas, mais encore je vous le défends...
«' — Au moins, madame rentrera bientôt...
« — Je ne rentrerai jamais...
»< — Jamais!! — répélai-je, — ne pouvant on croire mes oreilles.
il3t LES MYSTÈRES UU PALAIS-ROYAL
« Jamais I — répcla madame à son lour, — • jamais, dit-elle une troisième fois.
" Alors une idée terrible me vint...
« — Mon Dieu! mon Dieu!... — balbutiai-je, — c'est que je ne sais pas tout!... c'est que monsieur le chevalier est mort, et que madame veut mourir...
« Le capuchon abaissé sur le visage de madame ne me laissait à découvert que sa bouche et son menton,
« Je vis sourire ses lèvres pâles... mais quel sourire!... Ah! dussé-jo vivre cent ans, jo ne l'oublierai jamais !
« Puis elle répondit :
«V — Rassurez-vous, mon ami, votre maître n'est pas mort... S'il était mort je pourrais vivre... »
Ces paroles, monsieur le chevalier, ces paroles que j'ai bien entendues, ces paroles qu'il me semble entendre encore, bouleversèrent mon intelligence, anéantirent ma raison, clouèrent mes pieds sur le tapis...
Quand je revins à moi, quand je me rappelai ce qui venait de se passer, j'étais seul dans l'appartement : madame était partie, partie pour ne plus revenir ; car elle l'a dit, et, à la manière dont elle le disait, j'ai vu que c'était la vérité...
Elle ne reviendra pas, monsieur le chevalier... elle ne reviendra jamais !...
Jacques se tut.
Raoul garda le silence pendant quelques minutes après l'achèvemont de ce lamentable récit.
— Ér*.oute-moi..., — dit-il ensuite à son valet, — écoute, mon bon, mon fidèle Jacques, toi qui, désormais, ne seras plus mon serviteur, mais mon ami... Tout à l'heure, tandis que tu me parlais, j'ai songé à mourir... Mais mourir maintenant serait lâche !... Il faut vivre, Jacques, il faut vivre pour un double but! D'abord pour retrouver nia bicn-aimée Jeanne, ensuite pour me venger de la misérable créature qui vient de me faire tant de mal...
— Ah! monsieur le chevalier, — s'écria Jacques, d'aberd et avant tout retrouvons madame... ensuite, si Dieu lo permet, il sera temps do nous venger...
— Nous la retrouverons, je te le jure!... une voix qui ne m'a jamais I rompe me le dit!..
— • Que Dieu vous entende !
— ■ Hâtons-nous donc etsortons d'ici... je semble être libre, mais je ne lesuispas... la maison est entourée d'espions et gardée à vue...
— Comment donc faire?...
H est probable, il est même certain, que ces espions ignorent le passage secret... qui conduit à la rue du Cherche-Midi, en traversant la chambre des Magos et le passage secret... c'est par là que nous sortirons; d'ailleurs, à tout hasard, nous serons déguisés et bien armés... Malheur à ceux qui voudraient s'emparer de moi!... sur mon honneur, je te jure qu'ils ne me prendraient pas vivant I...
— Et moi aussi, monsieur le chevalier, — répondit Jacques, — moi aussi, je me ferai tuer avant que vous soyez prisonnier!...
— Va, mon ami, va faire jouer les ressorts du passag'e secret, tandis que j'entrerai pour la dernière fois dans cette chambre à coucher, dans ce divin sanctuaire d'amour et de bonheur qui ne me reverra plus...
Jacques obéit.
Raoul, resté seul, franchit le seuil de celte chambre où il avait été si heureux !...
Chose étrange!... lésâmes les plus perverses, les cœurs les plus froidement sceptiques, se fondent au fuu de la douleur comme une cire dans un brasier!...
Raoul qui croyait à peine en Dieu, Raoul qui n'avait pas prié depui le jour où, chassé du château de La Tremhlaye par les héritiers du sang de son père adoptif, il s'était incliné sur la tombe à peine fermée du marquis Réginald, Raoul pria Dieu ot lui demanda de lui rendre sa bienaimée...
Ensuite, agenouillé devant la couche solitaire, il couvrit de ses baiser ot de ses larmes l'oreiller sur lequel, pendant tant de nuits, s'était reposée la tète charmante de Jeanne, et qui conservait encore les doux parfums de ses cheveux blonds.
Quand Raoul se releva, il entendait plus distinctement encore cette voix de ses pressentiments, qui parlait à son àme et qui disait:
— Tu la retrouveras!.. .
Un peu ranimé par celte vague espérance, M. de LaTrcmblaye fouilla dans quelques meubles, brûla des papiers sur lescjuols il ne voulait pas que la police du Régent put mettre la main, remplit dur un pelit sac de loutre marine pouvant contenir une vingtaine de mille livres, et, rejoignant Jacques qui l'attendait à l'entrée du passage secret, il gagna avec lui la chambre des Mages, dont les armoires, nous le savons, renfermaient une multitude inouïe de costumes de toutes les formes, de toutes les tailles, de toutes les couleurs.
Là, bien certain d'être à l'abri de toute surprise, car il avait reformé
les panneaux qui masquaient l'issue mystérieuse, et pour quiconque ne connaissait pas les ressorts secrets, il aurait fallu démolir la maison avant de découvrir le passage ; là, — disons-nous, — il procéda, ainsi que son fidèle serviteur, à l'opération longue et minutieuse d'un déguisement complet, qui devait non seulement modifier la tournure et l'aspect général du corps, mais, de plus, métamorphoser le visage au point de le rendre méconnaissable.