LIV. 19 — .NAVIKK DE M0M'K1>IN
LES MYSTÈRES DU P.\I,\I5-aOY\t. — ÉD. .1 ROL'FF ET C'» — LIV. 19
Le soir du quatrième jour, le chevalier revint au cabaret des halles, placé, sans doute par antiphrase, sous la menteuse invocation de Mars et de Vénus. Matliias Auber était à son poste.
L'énorme récipient rempli d'alcool et posé devant lui indiquait la florissante situation de ses linances.
Évidemment il était ivre.
Mais celte ivresse, toute nerveuse, n'ôtait rien au calme de son intelligence et à la parfaite lucidité de ses raisonnements.
— j'ai toujours cru qu'il n'était pas bon de se vanter soi-même, — dit-il à Raoul aussitôt que ce dernier fut venu prendre place auprès de lui ; — mais aujourd'hui je peux dire, sans vanité, que j'ai juliment g^agné mon arpo:. t!...
Vous avez réussi dans vos recherches? — demanda le chevalier.
— Pardicu ! est-ce que Matliias Auber, surnommé le lynx, ne réussit pas toujours?...
— Vous avez là, sans doute, le résultat de vos observations?...
— Oui.
— Donnez.
Matliias tendit à Raoul un rouleau de papier soigneusement cacheté, en disant :
— Je vsuis homme de conscience, monsieur, et j'ai voulu faire les choses aussi grandemont que vous. J'ai donc fait mettre au net et rédiger mes notes par un de mes amis, écrivain public du plus rai'e mérite, et qui pourrait bien, un jour ou l'autre, entrer à l'Académie... Ça m'a coûté un
louis, ni plus ni moius, mais c'est un bien joli travail; du reste, vous allez
en juger.
Raoul rompit le cacliet des papiers que Mathias venait de lui remettre, et lut ce qui suit :
Rapport présenté à 31. le chevalier Raoul de ta Tremblaye, au sujet (tune personne disa)it se nommer Antonia Verdi.
Raoul interrompit sa lecture.
— Vous me connaissez! — s'écria-t-il.
Dame! — répondit Mathias, — puisque je travaillais pour votre compte, j'étais bien aise de savoir pour le compte de qui je travaillais!
Le chevalier revint au rapport qu'il avait entre les mains.
Ce rapport commençait ainsi :
« Des questions, au nombre de sept, ont été posées par M. le chevalier de la Tremblaye, à son très humble serviteur Mathias Auber, Ledit
Mathias va s'efforcer d'y répondre d'une manière aussi complète que possible.
« M. le chevalier conviendra sans peine, après avoir pris lecture de ce qui suit, que les investigations ont été poussées aussi loin que faire se pouvait.
« Première question. — Où demeure Antonia Verdi?
« — Elle demeure rue de la Jussienne, n° 7, hôtel de Lyon.
« Deuxième question. D'où vient-elle?
« — Elle vient do Marseille et sans doute d'Italie, mais on ne peut compter sur la parfaite exactitude des renseignements qu'à parlir de Marseille.
« Troisième question. — Quels sont ses antécédents?
« La réponse à cett« question était beaucoup plus compliquée et beaucoup moins facile à faire qu'aux deux précédentes. Voici ce qui a été exhumé du passé de l'avenlurière en question, et par quels moyens cette exhumation est devenue possible.
« L'auteur de ce rapport, après avoir appris qu'Anlonia Verdi habitait la rue de la Jussienne, a cherché un moyen d'entrer en relations, soit avec la jeune femme elle-même, soit avec une des personnes de son entourage.
« Cet entourage se composait d'une femme de chambre et d'un laquais. La femme de chambre est une Italienne qui semble enîièrement dévouée à sa maîtresse. Le laquais est un enfant de Paris, assez mauvais garnement, bien connu de M. le lieutenant de police, et avec lequel le hasard a permis que l'auteur de ce rapport ait eu d'anciennes relations.
« Tous deux se trouvèrent face à face devant la porte de l'hôtel de Lyon et se reconnurent sur-le-champ.
« Mathias Auber emmena au cabaret Jean Carré (c'est le nom du laquais), et, dans la conversation, entre les verres et les bouteilles, obtint de lui les détails suivants :