‹ Les mystères du Palais-RoyalChapitre 2 sur 183 · LA MÈRE ET LA FILLE · texte numérisé non relu

LA MÈRE ET LA FILLE

Jeanne avait annoncé, nous le savons, que quelques heures de sommeil guériraient le blessé.

Mais Jeanne n'était point un médecin bien habile, et ses prévisions ne devaient pas se réaliser.

Soit que le sang eût été arrêté trop vite, soit qu'une contusion violente eût amené des désordres intérieurs, le chevalier ne revint à luimême que pour tomber dans le premier accès d'une fièvre violente et l'ange sinistre du délire vint s'asseoir à son chevet.

Jeanne avait quitté la salle basse après avoir rapporté au valet du pain, du vin et un peu de viande froide.

Elle ignora donc pendant toute la nuit ce qui se passait.

Quand elle entra dans la chambre de sa mère, celle-ci était endormie ou du moins feignait de l'être, et Jeanne gagna sans bruit une petite pièce attenant à cette chambre et dans laquelle elle couchait.

Le lendemain, elle se leva dès le point du jour, afin d'aller savoir des nouvelles de son blessé.

Elle espérait, en marchant sur la pointe des pieds, passer inaperçue, comme la veille au soir, auprès du lit de sa mère.

Mais cette dernière, assise sur son séant, la guettait au passa^-e comme le tiercelet guette sa proie.

Elle l'arrêta brusquement en lui disant :

— Venez un peu ici, je vous prie... j'ai à vous parler, mademoiselle...

Jeanne s'approcha et baisa la main de sa mère, en lui demandant comment elle avait dormi.

— Très mal, — répondit la malade, — grâce à vous ! Jeanne baissa la tête et ne répondit point.

— Oui, — poursuivit sa mère, — grâce à vous qui abrégez ma vio par vos folles désobéissances et votre caractère indomptable!.,, grâce à vous qui ne voulez pas vous souvenir que chacune de vos prodigalités coupables me coûte un jour de mon existence!... que nous n'avons plus rien k nous!... que rien ici ne nous appartient plus! et que Tagonie de la faim précédera bientôt pour moi celle de la maladie, puisque chaque jour vous vous obstinez à distraire un morceau du pain qui nous reste pour des étrangers qui n'en ont pas besoin !...

— Oh! ma mère, — murmura Jeanne suffoquée par les larmes, — • pardonnez-moi, je vous en supplie !... Je ne savais pas mal faire !...

— Enfin, — poursuivit la malade, — c'est fait, c'est fini, n'en parlons plus! mais j'espère que ce matin même, tout à Theure, à l'instant, vous allez mettre dehors ces gens que vous avez accueillis si mal à propos et dont la présence dans ma maison me fatigue et m'importune!...

— Oui, ma mère... — balbutia Jeanne.

— Allez donc et hâtez-vous!... N'oubliez point que j'ai besoin de vous, et ne sacrifiez pas plus longtemps votre mère à des inconnus!...

— Oui, ma mère... — répondit de nouveau la jeune fille.

Puis elle quitta la chambre et descendit lentement l'escalier, cherchant comment elle pourrait accomplir la triste mission dont on venait de la charger.

• Mais elle ne trouva rien, et, quand elle atteignit le seuil de la salle basse, elle ignorait encore de quelles paroles elle allait se servir pour enjoindre au malheureux blessé d'aller chercher ailleurs un asile plus hospitalier.

Son cœur battait violemment.

Cependant un vague espoir la soutenait encore.

C'était l'espoir de trouver le chevalier de la Tremblaye debout et prêt à partir.

— Puis-je entrer? demanda-t-elle.

— Oui, — répondit Jacques à voix basse.

La jeune fille ouvrit la porte, et son premier regard se tourna vers l'alcôve.

Le chevalier était toujours couché et semblait dormir d'un sommeil lourd et profond.

Seulement, une pâleur plus grande encore que celle delà veille avait envahi son visage.

Jeanne comprit aussitôt que l'état de Raoul était empiré.

— La nuit a été mauvaise, n'est-ce pas?... dit-elle.

— Effrayante 1 — répliqua le valet.

- — Que s'est-il donc passé?...

— Presque aussitôt après votre départ, mademoiselle, une fiëvre ardente s'est emparée de mon pauvre maître. Il avait le délire, il ne me reconnaissait plus, il parlait sans cesse, et il disait tout haut les choses du monde les plus insensées et les plus incohérentes ; puis, peu à peu, un abattement complet est venu succéder à cette agitation terrible, et enfin, depuis deux heures environ, M. le chevalier est plongé dans un sommeil qui dure encore.

— Que faire?... — murmura Jeanne.

— J'attendais que mademoiselle fût descendue, pour courir chercher un médecin à Saint-Germain.

— Oui, — fit la jeune fille; — allez, vous avez raison.

— Autant que j'ai pu juger de la distance hier au soir, — continua le valet, — il ne doit pas y avoir bien loin d'ici à la ville...

— Avant une heure, en vous hâtant un peu, vous pourrez être de retour.

— Ohl je ne perdrai pas un instant!... — s'écria Jacques.

Et, joignant l'action g,ux paroles, il se hâta d'ouvrir la porte du vestibule, que Jeanne referma derrière lui aussitôt qu'il eut franchi les degrés.

Ceci fait, la jeune fille revint lentement sur ses pas, en réfléchissant à tout ce qu'il y avait de triste et de douloureux dans sa position.

Qu'allait-elle dire à sa mère, en effet, et comment s'excuser d'avoir ainsi transgressé ses ordres absolus?

Et, d'un autre côté, comment aurait-il été possible d'obéir à de tels ordres?...

Comment dire à ce malheureux gentilhomme blessé, mourant peutêtre : « Eveillez-vous, et quittez cette maison oii l'on ne veut pas vous garder plus longtemps ! . . .

Jeanne préférait, et de beaucoup, braver la colère de sa mère et subir ses injustes reproches.

Cependant, avant d'aller affronter l'orage, elle rentra dans la salle basse, afin de voir si M. de la Tremblaye ne se réveillait point.

Raoul dormait toujours.

Ses cheveux en désordre couvraient à demi son front et en faisaient encore ressortir la blancheur presque féminine.

Ses sourcils contractés et ses lèvres frémissantes révélaient une souffrance qui subsistait malgré le sommeil.

Nous savons déjà que Raoul était beau.

En ce moment il y avait dans sa beauté quelque chose de si touchant, que le cœiir d'une femme ne pouvait guère résister, à son aspect, à un sentiment de tendre compassion.

Jeanne le regarda longtemps.

Quand elle remonta auprès de sa mère, elle était heureuse, à son insu, de songer qu'elle allait avoir à souffrir pour ce jeune homme si pâle et si beau.

Presque toujours, ô filles d'Eve, le dévouement, dans votre cœur, montre le chemin à l'amour!

— Eh bien! — demanda vivement la malade aussitôt que Jeanne fui entrée dans sa chambre, — eh bien! sont-ils partis?...

— Non, ma mère, — répondit Jeanne avec fermeté.

— Comment, non!... mais j'ai entendu, ce me semble, il n'y a qu'un instant, ouvrir et refermer la porte de la rue.

— Vous ne vous êtes pas trompée... le valet du gentilhomme allait à Saint-Germain...

— Chercher une voiture, sans doute, pour emmener son maître?

— Non, chercher un médecin pour soigner le chevalier mourant...

— Un médecin! — s'écria la malade avec un brusque soubresaut, — un médecin!... Ah çà! mais ils vont donc s'éterniser dans ma maison, ces deux aventuriers!... Un médecin pour une contusion!... pour une égratignure!... quand, moi, j'agonise lentement sans en demander un!... Cela ne fait-il pas pitié?... Et les visites de ce médecin, qui donc les payera, s'il vous plaît?. ..

— Oh! soyez tranquille, ma mère... — répondit Jeanne amèrement, — ce gentilhomme ne vous coûtera rien, il est riche.

— Riche!... qu'en savez-vous?... Yousle croyez parce que lui ou son valet vous l'ont dit!... Ignorez-vous donc que les hommes sont menteurs et que ce sont les plus pauvres qui parlent le plus de la richesse?...

— On ne m'a rien dit, ma mère, j'ai vu.

— Quoi?... Qu'as-tuvu?...

— L'or de cet étranger.

— Quelques misérables louis, sans doute?...

— Des milliers de louis, ma mère, une valise pleine, et si lourde que. le valet ployait en la portant, et qu'elle s'est crevée en roulant de son épaule sur le plancher...

— Et vous avez tenu de cet or dans vos mains?.... Vous en avez touché?...

Chaque jour, Madeleine lui reprochait avec amertume. (P. 29.)

— J'en ai tenu dans mes mains, j'en ai touché, oui, ma mère...

— C'est bien vrai, au moins, mon enfant, ce que tu me dis là?... — fit la malade en changeant tout à coup de ton et en adoucissant, comme par enchantement, son accent rude et brusque.

— Rien n est plus vrai, — répliqua Jeanne, — et d'ailleurs je ne crois pas, ma mère, vous avoir jamais menti!...

— Eh bien ! —poursuivit la malade, — toute réflexion faite, tu as

LVl. 4. — XAVIER DE MONTÉPIN. — LES MYSTÈRES DU PALAIS-ROYAL. — ÉD. J. ROUFF ET G". LIV. 4-

bien agi, mon enfant!... J'avais, sans trop savoir pourquoi, je l'avoue, beaucoup de préventions contre ce voyag^eur blessé, mais je sens que ces préventions s'effacent, et que ton opinion modifie absolument la mienne... Est-il jeune ce voyageur?

— Oui, ma mère, il le paraît, du moins.

— Est-il beau?

Jeanne rougit involontairement.

Cependant elle répondit :

— Ses traits m'ont semblé d'une régularité parfaite, mais je ne l'ai vu qu'endormi ou sans connaissance, et d'ailleurs sa pâleur est si grande qu'elle doit le défigurer beaucoup...

— Mais, enfin, tel qu'il est?... — murmura la malade ave/i insistance.

— Tel qu'il est, il est bien, — ■ acheva la jeune fille.

— Tu le crois gentilhomme?...

— - Je ne doute point qu'il ne le soit.

— Sais-tu quel est son nom?

— Son valet l'a appelé devant moi le chevalier Raoul de la Tremblaye .

— Que Dieu lui envoie une prompte guérison, à ce beau chevalier!. .. — fit la malade avec un sourire étrange ; — je vais prier ma sainte patronne et commencer une neuvaine à son intention.

En ce moment, on frappa à la porte de la maison.

Jeanne alla regarder par la fenêtre.

C'était Jacques qui revenait avecle médecin.

La jeune fille se hâta de descendre afin d'ouvrir aux nouveaux venus, qu'elle introduisit sans retard auprès du chevalier.

Raoul s'éveilla, au moment où le médecin, Jeanne et le valet entraient dans sa chambre.

Il ou\Tit les yeux, se souleva sur son coude, et promena tout autour de lui un regard vague et inexpressif.

Puis il se laissa retomber en arrière, et sa tête s'appuya de nouveau sur l'oreiller taché de sang.

Évidemment il n'avait ni la conscience de sa situation, ni celle du lieu dans lequel il se trouvait.

Le médecin s'approcha du lit, prit la main inerte de Raoul, la souleva et appuya deux de ses doigts sur l'artère pour en interroger les battements.

Ensuite il dénoua les bandages assujettis par Jeanne et il regarda la blessure.

La jeune fille et le valet suivaient tous ses mouvements avec une émotion pleine d'anxiété.

Quand il eut achevé son long et minutieux examen, il secoua la tête d'une façon inquiétante.

— Il y a donc du danger? — demanda Jeanne.

— J'en ai peur, — répondit-il.

— Cependant la blessure est peu profonde.

— La blessure n'est rien et ne me préoccupe pas.

— Alors, que craignez- vous?

— Une congestion au cerveau.

— Oh! mon Dieu! s'écriala jeune fille, instinctivement épouvantée de ces mots dont elle ne comprenait pas bien le sens.

— Oui, — poursuivit le médecin, — la secousse a été terrible, Tébranlement nerveux est complet! Voyez l'atonie du regard, étudiez les fébriles pulsations du pouls. Je redoute une fièvre cérébrale, et peut-être même le tétanos.

— Enfin, monsieur, qu'y a-t-il à faire?

— Je vais pratiquer une saignée.

— Et ensuite?

— Ensuite nous verrons.

— Si le mal que vous redoutez se déclarait, serait-ce bientôt?

— Aujourd'hui même.

— Et quelle serait sa durée probable?

— Selon toute apparence, le tétanos emporterait le malade en quelques heures... La fièvre cérébrale agirait d'une façon moins foudroyante et, pendant neuf jours, on pourrait conserver un faible espoir.

Notons en passant que tout ceci se disait devant Raoul, mais que tel était l'état du jeune homme, qu'il ne pouvait rien entendre et surtout rien comprendre des paroles qui venaient frapper son oreille.

— Avez-vous besoin de quelque chose? — demanda Jeanne;

dites-le-moi, monsieur, afin que je quitte cette chambre pour vous laisser agir.

— J'ai besoin d'un bassin pour recevoir le sang et de bandes de toiles pour comprimer le bras, voilà tout.

Lajeune fille donna ce qu'on lui demandait et sortit.

MADELEINE DE CHAMBART

Le moment est venu, ce nous semble, d'apprendre à nos lecteurs ce qu'étaient Jeanne et sa mère.

Les explications dans lesquelles nous allons entrer seront courtes. Trente ou trente-cinq ans environ avant l'époque oh se passent les faits que nous racontons, un certain Guillaume de Chambard, dernier rejeton d'une famille autrefois puissante mais dégénérée et devenue presque pauvre, avait reçu par héritage le domaine patrimonial du Petit-Chastel et quelques maigres terres qui en dépendaient et constituaient un fief des plus médiocres.

Ce Guillaume embrassa le métier des armes ; mais, comme son peu de bien ne lui permettait point d'accepter un régiment, il se fit officier de fortune et végéta dans des grades quasi subalternes; il prit l'uniforme en dégoût et finit par renoncer au service.

Il revint donc vivre paisiblement dans son fief du Petit-Chastel, passant sa vie à pêcher à la ligne dans le beau bras de Seine qui coulait devant sa porte après avoir mis en mouvement les rouages énormes de la machine de Rennehuin-Sualem, et tuant de temps en temps un levraut ou un lapin dans le petit champ de luzerne qui attenait à son enclos.

Sans doute ceci constituait un bonheur monotone et insignifiant, mais enfin c'était du bonheur, et Guillaume se laissait doucement bercer par le flot dormant de cette existence.

Aussi le diable, mécontent de voir sur la terre un homme qui ne se plaignait pas de son sort, ne tarda guère à venir se mêler des affaires de Guillaume.

Il ne fallait, pour bouleverser sa vie, que lui mettre l'amour en tête.

Le diable n'y manqua point.

Guillaume, un jour qu'il était allé à Paris, s'amouracha d'une fort belle fille qui s'appelait Madeleine Aubry.

Cette Madeleine, non repentie, outre qu'elle n'avait pas un sou vaillant, passait pour ne point faire profession d'une vertu bien farouche.

Aussi Guillaume ne se proposait-il point tout d'abord comme épouseur, mais seulement comme amoureux.

Par malheur, il avait affaire à une gaillarde rusée et qui connaissait merveilleusement bien son monde.

Guillaume était de ceux dont l'Evangile a dit : Bienheureux les pauvres d'esprit...

Madeleine comprit tout le parti qu'on pouvait tirer de l'excessive candeur du bon gentilhomme.

Pour la première fois de sa vie, elle se montra cruelle.

Et, en même temps que ces rigueurs inaccoutumées la plaçaient, dans l'esprit de Guillaume, sur un piédestal de vertu, elle atti=""' par mille coquetteries ingénieuses et raffinées.

Le piège était habilement tendu.

Guillaume devait y tomber. Il y tomba en effet.

Trois mois ne s'étaient point écoulés qu'il offrit à Madeleine Aubry son nom qui était sonore, sa main qu-i était solide, et son fief du Petit- Chastel que nous connaissons déjà.

Tout cela, fut accepté comme bien on pense.

Madeleine Aubry devint M"^ de Chambard.

En même temps que cette femme, le malheur entra dans la maison du pauvre Guillaume.

Orgueil, désordre, intempérance, soif des plaisirs de toute sorte, Madeleine avait tous les vices, et Guillaume était à la fois trop faible et trop amoureux pour essayer de mettre une fin à ces passions diaboliques.

Les humbles terres du Petit-Chastel furent bientôt grevées d'hypothèques, et s'en allèrent pièce à pièce.

Sur ces entrefaites, Madeleine devint grosse et accoucha d'une fille qui fut nommée Jeanne.

La naissance de cette enfant ne changea rien ni aux goûts ni aux habitudes de la mère.

Cependant Guillaume était complètement ruiné. Il ne lui restait, pour tout avoir, que sa maison et une petite pension sur la cassette du roi.

Son existence devint alors complètement intolérable.

Chaque jour Madeleine lui reprochait, avec une amertume et des violences inouïes, cette ruine et cette pauvreté dont elle était la cause.

Guillaume succomba à la tâche et mourut de chagrin.

Sa veuve était belle encore; les ressources ne lui manquèrent pas, d'autant plus qu'elle ne reculait devant rien pour se procurer de l'argent, et que, si jusqu'alors elle n'avait pas commis de crime, c'est que l'occasion ne s'était pas présentée d'en commettre.

Cela dura cinq ans.

Au bout de ce temps, une maladie de langueur s'empara de Madeleine.

Elle fut obligée d'abandonner Paris, où elle était allée se fixer, et de revenir habiter la maison du Pelit-Chastel.

Bientôt elle ne quitta plus le lit.

Quand fut épuisé l'argent de ses bijoux qu'elle avait vendus, elle fit venir un juif qui lui acheta sa maison moyennant une somme modique, payée comptant, mais à condition qu'elle pourrait habiter le Petit-Chastel tant qu'elle vivrait.

La somme dont il s'agit servit, durant plusieurs années, à l'entretien de la mère et de la fille.

Les deux femmes vivaient seules; l'état de leur fortune ne leur aurait point permis de se faire servir ne fût-ce que par une personne.

Au moment où nous venons de faire connaissance avec la mère et avec la fille, l'argent donné parle juif touchait à sa fin; aucune autre ressource ne se présentait, et la perspective des angoisses du besoin, jointe à ses souffrances continuelles, avait achevé d'aigrir et d'assombrir outre mesure le caractère de Madeleine.

La pauvre Jeanne supportait avec une angélique patience les bourrasques impétueuses et les colères maternelles.

Fille ployait la tête en silence et avec résignation, quoiqu'elle ne manquât ni d'énergie ni de fermeté.

Quant à ses principes, elle ne les devait qu'à elle-même et aux lointains conseils que son père lui avait donnés dans sa première enfance, mais elle avait une de ces natures si rares en qui tout ce qui est bien et beau se grave profondément, et sur lesquelles au contraire le mal glisse sans aucune trace.

Jeanne, à qui sa mère n'avait jamais parlé de religion, si ce n'est peut-être d'une façon ironique et moqueuse, Jeanne était pieuse instinctivement ; elle avait lu l'Evangile avec un respect et une admiration sans bornes; elle adorait Dieu dans tout ce qu'il avait produit, dans les eaux et les bois, dans les fieurs, dans les oiseaux, et cette dévotion si simple, et en quelque sorte si primitive, en valait selon nous bien une autre.

Et, maintenant que nous avons présenté à nos lecteurs deux des personnages importants de ce livre, reprenons, pour ne plus la quitter, la trame de notre récit.

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