LE LOGIS DE M. BENOIT
Le lendemain du jour où se passaient les scènes que nous avons mises sous les yeux de nos lecteurs dans le cours des précédents chapitres, les paisibles habitants de cette partie de la rue Gréneta qui touche à la rue Sainl-Denis considéraient avec attention, debout sur le seuil de leurs portes, un spectacle qui, selon toute apparence, piquait vivement leur curiosité.
Ce spectacle n'avait cependant rien que de bien simple.
Voici en quoi il consistait :
Une boutique assez modeste, et depuis longtemps inoccupée, avait été louée le matin même.
Depuis l'aube du jour, une demi-douzaine d'ouvriers travaillaient, sans relâche, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de cette boutique.
Les uns plaçaient, en grande hâte, des rayons et des comptoirs qui ressemblaient plus à des décors et à des accessoires de théâtre qu'à de véritables comptoirs et à de véritables rayons, car ils étaient en bois de sapin, excessivement minces, trop fragiles pour supporter un poids quelconque, et grossièrement peints en couleur de chêne.
D'autres, à l'aidé d'une haute échelle à deux battants, plaçaient, audessus de la principale entrée du magasin, un gigantesque tableau dont la surface noire et unie était vierge encore de tout symbole et de toute inscription.
Une fois ce tableau posé, deux peintres arrivèrent.
Le premier d'entre eux dessina, au milieu de l'enseigne, le simulacre d'un bélier splendidement encorné.
Ensuite il recouvrit son esquisse d'une épaisse couche de craie blanche destinée à imiter, tant bien que mal, les reflets chatoyants de l'argent.
Tandis que cet artiste en plein vent mettait la dernière main à son chef-d'œuvre, son collègue ne perdait point non plus son temps.
Il traçait les mots suivants, en grosses lettres blanches, au-dessus, au-dessous et do chaque côté de l'animal aux longues cornes :
AU BÉLIER D'ARGENT Nicolas Benoît et C"^