M AU GIRON
Un instant de calme succéda à la crise terrible qui venait de torturer la jeune femme.
M. do Maugiron profita de ces quelques secondes de répit.
Il reprit M'^" Clodion par le bras et l'entraîna jusqu'auprès de l'embrasure de Tune des fenêtres.
— Eh bien? — lui demanda-t-il toul bas.
— Quoi ? fit la vieille femme.
— Maintenant- que vous avez vu, que pensez-vous?
— J'espi-rc...
— Beaucoup?... — murmura le comte vivement et avec bonheur.
— Oui, beaucoup...
— Pour la mère et pour l'enfant?
LES iMYSTÈRES DU PALAIS-ROYAL 507
— Pour l'un et poui' l'autre; la mère est jeune et forte, je jurerais que tout ira bien.
Ces pai'oles causèrent une joie si vive à celui ù qui elles étaient adressées, qu'il oublia l'abjection de la vieille femme jusqu'au point de lui prendre la main et de la lui serrer.
— Oh I — murmura-t-il, — faites ce que vous venez de mu promettre... sauvez-le:.; tous les deux, et ma reconnaissance envers vous n'aura pas de bornes, vous en aurez la preuve...
Le sourire de la cupidité entr'ouvrit les lèvres flétries de j\I™^ Clodion.
Elle hocha la tète à deux ou trois reprises, et elle se préparait à répondre.
Mais un nouveau gémissement de la jeune femme vint interrompre l'entretien de nos deux personnages.
M"^ Clodion fit un mouvement pour retourner auprès du lil.
Le comte l'arrêta.
— Un mot encore... — murmura-t-il à son oreille.'
— Lequel?
— Vous voyez cette porte...
Et il indiquait une large porte à panneaux dorés pratiquée dans le côté gauche de la chambre et fermée seulement par un petit verrou incapable d'opposer une résistance sérieuse à un eîTort vigoureux.
— Je la vois... — répondit M"" Clodion.
— Eh bien, c'est là qu'est le danger...
— Comment?
— Derrière cette porte, il y a un homme endorn.i... La vieille femme lit un brusque haut-le-corps.
— Un homme ! — répéta-t-elle avec efTroi.
— Le mari.
— Ah!
— Un cri imprudent, le plus léger bruit, peuvent lui donner l'alarme... Alors il s'éveillera... il voudra entrer... il entrera... et cette chambre deviendra le théâtre d'une scène terrible et sanglante, car l'un de nous deux, lui ou moi, nca sortira pas vivant...
Et comme s'il eût voulu, par un fait matériel, donner une force nouvelle aux paroles qu'il venait de prononcer, le comte de Maugiron tira du fourreau son cpée qu'il posa sur un fauteuil, à côté de ses pistolets tout armés.
— Mon Dieul... mon Dieu!... — balbutia M"'" Clodion, dont l'épouvante grandissait, — mon Dieu!... comment donc faire?...
— Redoublez de précautions... — répondit le comte; — agissez
appeler les amours et sourire aux plaisirs, élail un lit de souffrance, une couche de douleur.
Un© jeune femme, dans tout le désordre d'une nudité presque complète, tordait sur les draps de toile de Hollande son beau corps aussi blanc qu'eux.
Ses grands cheveux, d'un noir d'ébène, ruisselaient autour d'elle et tranchaient violemment sur la blancheur éclantante de sa poitrine et de ses épaules.
De brusques tressaillements agitaient par instants les membres délicats de cette femme.
Alors elle rassemblait de ses deux mains les draps de son lit, elle les approchait de sa bouche, et, afin d'étouffer ses cris, elle les mox'dait avec une violence convulsive.
Celait vainement, — et, malgré tout, les gémissements étoulîés que nous avons entendus déjà se faisaient jour de nouveau.
M"" Clodion s'approcha vivement du lit.
Elle appuya sa main sur les flancs gonflés de la jeune femme, et, après une ou deux secondes d'examen, elle lui dit d'une voix qu'elle s'efforçait de rendre douce et caressante :
— Allons, madame, du courage. Vous n'avez plus qu'un instant à souffrir, et tout à l'heure tout ira bien...
XXYI