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MAITRE ET VALET

Montons, s'il vous plaît, au premier étage, et rejoignons-y le juif et sa fille.

Ezéchiel Nathan et Déborah, — nos lecteurs l'ont déjà compris sans

aucun doute, — sont nos deux anciennes connaissances de la rue Sainl- Honorc.

Nous n'entrerons donc dans aucun détail relativement à la jeune fille.

La pièce dans laquelle elle se trouvait, et qui communiquait avec une seconde chambre, était grande et dans un état de délabrement prodigieux.

Le plancher, gercé dans maint endroit, tremblait sous les pas de celui qui le foulait.

Le lit, recouvert d'une maigre paillasse, d'un matelas problématique et de draps d'une blancheur suspecte, était à baldaquin et à colonnes torses.

L'une de ces colonnes manquait.

Quelques loques déchirées, ayant été jadis des rideaux de toile peinte, pendaient accrochées au baldaquin.

Une antique commode, ventrue et boiteuse, et deux fauteuils menaçant ruine, complétaient le mobilier de cette chambre.

Ajoutons cependant, pour mémoire, une cage à poulets vide, deux sacs de noix, et, sur la cheminée, une bouteille servant de flambeau, dans le goulot de laquelle était fichée une chandelle.

Déborah, assise auprès de la fenêtre dans le plus solide des deux fauteuils, attendait son père.

Elle fixait sur les solives noires et enfumées du plafond son regard distrait et un peu rêveur.

Dès son arrivée dans la chambre en question, elle s'était débarrassée de son voile, et, au milieu de l'ignoble et sordide misère que nous venons de décrire, elle ressemblait à une jeune reine.

Pour emprunter à l'art une comparaison qui nous semble juste, on eût dit une tète splendide, peinte par Raphaël, dans un cadre de bois vermoulu et couvert de toiles d'araignées.

La porte s'ouvrit.

Eizéchiel Nathan, continuant à serrer contre son cœur sa précieuse valise, parut sur le seuil, conduit par le maître de l'hôtellerie.

Ce dernier n'avait pas encore vu Déborah à visage découvert.

En face de cette rayonnante beauté, il resta '^'^mmc ébloui.

Puis ses prunelles s'allumèrent, un éclair d'effroyable concupiscence jaillit de ses regards, un rictus effrayant agita la place où aurait dû se trouver sa lèvre supérieure.

Pendant quelques secondes^ le visage du gros homme ressembla à celui d'un monstrueux satyre.

Ni Nathan ni Déborah ne remarquèrent cette expression.

— Quand voulez-vous souper? — demanda l'hôte avec son ton hourra.

Quand le souper sera-t-il prêt? — fit Nathan.

— Dans une heure ; il faut le temps d'attraper le poulet, de le tuer et de le faire cuire...

— Et bien, soit, dans une heure...

— Mangerez-vous ici, ou en bas?...

— Ici!... ici!... — dit vivement Nathan, — je ne veux pas que ma fille descende dans la salle commune...

— C'est bien... on viendra dresser la table tout à l'heure...

Et l'hôte, après avoir jeté un dernier regard sur Déborah, sortit de la chambre et referma la porte derrière lui.

Nathan se dirigea vers le lit.

Il prit la valise et la déposa avec précaution sur les matelas.

Nathan s'approcha ensuite de sa fille, et, après avoir mis un baiser sur son beau front, il lui dit :

— Quelle frayeur il m'a faite tout à l'heure!...

— Qui donc, mon père? — demanda Déborah.

— Ce garçon d'écurie qui m'a aidé à ôter le harnachement de Roboam...

— Et, comment cela?

— Figure-toi qu'il a voulu détacher lui-même la valise...

— Eh bien?

— Eh bien, il a fait la remarque qu'elle était horriblcmont lourde et qu'elle devait contenir une grosse somme!...

— Il avait raison, ce me semble...

— C'est justement parce qu'il avait raison que je tremblais !... songe donc!... vingt mille écus, en or et en argent, sans compter les bijoux! quelle imprudence de voyager avec de semblables valeurs!

— Et, qu'avez-vous répondu?...

— Que cela pesait beaucoup et ne valait guère, attendu qu'il ne s'agissait que de petits lingots de plomb et d'étain...

— Et vous a-t-il cru?

— Parfaitement.

— Alors, vous n'avez rien à craindre?

— Non, sans doute ; mais ne voilà-t-il pas qu'il s'est avisé de me jeter la valise sur les bras! les écus, en s'entre-choquant, ont fait un bruit auquel il était impossible de se tromper, pour peu qu'on eût l'oreille fine

LES MYSTÈRES DE PA EAlS-ExO VAL

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