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De quoi ? du coup de couteau que nous allons lui donuer tout à l'heure au travers
du corps. (P. 622.)
— Ceci est fâcheux, — dit la juive de l'air du monde le plus indifférent.
— Heureusement, — poursuivit Nathan, — heureusement qu'il n'a pas entendu... mais je te jure, par le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, que je m'estimerai fort heureux quand tout cet argent sera en sûreté dans le coffre-fort de notre logis.
UV. 78. — XAVIER DE MOiNTÉPIN. —LES MYSTÈRIÎS DU PALAIS-ROYAL. — ÉD. J. ROUFF ET C'^ UV. 78.
Cl 8 LKS MVSTÉHKS DU l'ALAlS-KO VAL
— Combien nous faut-il encore de jours pour arriver à Paris, mon père?
— Cinq, mon enfant.
— Il me larde autant qu'à vous d'arriver, car ce voyage à cheval est bien fatigant...
— C'est toi qui as voulu m'accompag-ner...
— C'est vrai... outro la crainte de rester toute seule à Paris, il m'aulait semblé que sans moi il vous arriverait quoique malheur.
— Chère fille!...
Et Nathan embrassa de nouveau Déborah avec la plus paternelle !e:i dresse.
En ce moment, une sorte de maritorne au tablier gras vint dresser la table et mettre le couvert.
La chandelle qui se trouvait sur la cheminée prit place au milieu de la table et fut allumée, car la nuit était venue.
Quand la servante eut achevé tant bien que mal sa besogne, Nathan s'approcha de la porte, afin de se rendre compte des moyens de fermeture intérieure.
Ces moyens étaient assez peu satisfaisants.
La serrure, toute détraquée, laissait beaucoup à désirer sous le rapport de la solidité.
Mais il y avait un petit verrou.
Après cet examen, Nathan procéda à Tinspection de la seconde pièce.
Elle était dans le même état de délabrement que la première, seulement on n'y voyait aucune porte de communication avec le dehors.
— Tu prendras celle chambre, — dit-il à sa fille. — ■ Oui, mon père, — répondit-elle.
— Au moins, ainsi il serait impossible d'arriver à toi sans passer d'abord devant moi, et, en cas de péril, j'ai là deux compagnons qui ne badinent point...
Et Nathan tira de ses poches des pistolets de petite dimension. On servit le souper.
Il consistait en œufs frais, en un morceau de viande cuite au four, et en un poulet rùti, avec du pain et avec du vin. Les œufs avaient six semaines de date- Le morceau de viande était avancé.
Le poulet était un vieux coq.
Le pain était dur et le vin aigri.
Nathan et Déborah purent à peine manger.
— Ah! les brigands!... — murmurait lo juif. — quel souper! S'il*
nourrissent Roboam de la même façon^ la malhem^euse bête ne pomTa pas te porter demain! Ce qui ne les empêchera pas, les Amalécites qu'ils sont, de nous faire payer tout cela bien cher!... Qu'ils soient maudits, jusqu'à la quatorzième génération!...
Déborah s'efforça de calmer son père, en lui affirmant qu'elle n'avait pas le moindre appétit et que son unique désir était de prendre un peu de repos.
En conséquence, la jeune fille se retira dans la chambre qui lui était destinée, et Nathan fit ses préparatifs pour la nuit.
Ils étaient des plus simples.
Le juif ùta le traversin de son lit et le remplaça par sa valise de cuir, autour de laquelle il roula les draps.
De cette façon, et tandis qu'il dormirait, sa tête reposerait sur son trésor.
Il traîna jusqu'auprès du lit la table sur laquelle le souper avait élé servi.
Il visita avec le plus grand soin les pierres et les amorces de ses pistolets, et il les plaça sur la table, à portée de sa main.
Ceci fait, il se coucha.
Il éteignit la lumière.
Mais, au lieu de songer à s'endormir, il se mit à chercher à quelle bonne et belle opération d'usure il pourrait employer les fonds qui venaient de lui rentrer.
Le sommeil, avec son cortège de riantes illusions, était déjà descendu sur les paupières de Déborah.
A mesure que le' crépuscule faisait place à la nuit, la fraîcheur du soir augmentait.
Bientôt cette fraîcheur devint telle, qu'Iïébé et la mère Moloch durent quitter le banc de pierre sur lequel elles avaient été assises jusque-là, et rentrer dans l'hôtellerie du Porc armé.
Le malheureux coq destiné à être servi sous le pseudonyme menteur de poulet, au souper du juif et de sa fille, rôtissait ses membres étiques devant un feu maigre et mal entretenu.
L'hôtelier ne se trouvait pas dans la fuisine.
L'ignoble maritorne dont nous avons dit deux mots agitait avec une cuiller de bois le contenu d'un chaudron posé sur les cendres chaudes.
Elle ne fit pas attention aux deux femmes.
Hébé ouvrit la porte du cabinet rempli de paille dans lequel elles devaient coucher.
Elles entrèrent dans ce cabinet, refermèrent la porte sur elles, et, toutes frissonnantes, car les vitres cassées laissaient pénétrer Tair de la nuit, elles s'étendirent sur les bottes de paille, où elles ne tardèrent pas à s'endormir.
Plusieurs heures s'écoulèrent ainsi, puis l'impression du froid devint telle, que la souffrance réveilla Hébé.
La nuit devait être avancée.
La lune, aux deux tiers de sa croissance, jetait ses rayons blancs par la fenêtre brisée.
A cette lueur, s'en mêlait une autre plus vive.
C'étaient des clartés intermittentes qui venaient de la cuisine, à travers les fentes de la porte.
On entendait aussi le bruit monotone de voix étouffées à dessein.
Hébé se leva pour rendre un peu de souplesse à ses membres engourdis et endoloris.
Machinalement elle appliqua l'un de ses yeux à une fente des planches disjointes.
Elle vit qu'un grand feu de sarments pétillait dans la cheminée, avec une flamme chaude et joyeuse.
Deux hommes, assis auprès de ce feu, se versaient, à tour de rôle, le vin violet contenu dans un grand broc, et causaient, penchés l'un vers l'autre.
Ces deux hommes étaient le maître de l'hôtellerie et son garçon d'écurie.
Ils parlaient bas.
Mais l'on sait combien est profond le silence des nuits, et comment la voix humaine se distingue au milieu du calme de la nature endormie.
Hébé écouta.
Voici ce qu'elle entendit :
— Je te soutiens, — murmurait le maître, — que ce vieux petit juif bossu est pauvre comme Job, et que tout ce qu'il pourra faire sera de me payer demain son écot... — Est-ce que s'il avait de l'argent, il voyagerait avec sa fille en pareil équipage?... — son bidet ne vaut pas trois pisloi es I . . , celui qui l'achèterait à ce prix serait volé I . . .
— Vous n'avez dont pas vu la valise ?.. . — demanda le valet. -- Une petite valise en cuir noir, tout usée?.,.
— Oui.
— Si, pardicu! je l'ai vue...
— Mais l'avez- vous eue entre vos mains?
— Eh bien! elle est assez lourde pour fatiguer la main qui la porte !...
— Qu'est-ce qu'il peut y avoir dedans?.,.
— Voilà ce que j'ai demandé au juif bossu.
— Et que t'a-t-il répondu?
— Que c'était du plomb et de l'étain.
— Je parierais qu'il disait vrai.
— El moi, je mettrais ma tête à couper qu'il mentait.
— Mais pourquoi, enfin? — pourquoi?
— Pour deux raisons.
— Lesquelles?
— D'abord, parce qu'il avait une horrible peur de me voir mettre la main sur cette valise... si je l'ai touchée, c'est malgré lui...
— • Et ensuite?
— Ah! ensuite, parce qu'en la lui rendant, j'ai entendu distinctement le bruit que produisent des louis et des écus qui se choquent...