‹ Les mystèresChapitre 100 sur 115 · Parfait, Histoire du théâtre français^ I · texte numérisé non relu

Parfait, Histoire du théâtre français^ I

2. Magnin explique longaement les circonstances qui motivèrent cet arrêt. Mais il rapplique sans preuve au théâtre (Journal des Savants, idLny'miS56, p* 45).

L'hôpital de la Trinité* fondé, vers 1100, par deux gentilshommes étrangers, sous le nom d'Hôpital de la Croix de la Reine, recueillait d'abord les pauvres voyageurs qui ne pouvaient entrer de nuit dans la ville. Plus tard il devint la propriété de l'abbaye d'Hermières-en-Brie (de Tordre de Prémontré). 11 semble qu'il était abandonné lorsque ces religieux louèrent aux confrères la principale salle du rez-de-chaussée, large de six toises, longue de vingt et une toises et demie, solidement construite en pierres de taille. Les confrères arrangèrent cette salle en théâtre et y donnèrent, les dimanches et jours de fêtes (excepté les fêtes solennelles) des représentations de mystères, dont le succès fut tel, qu'on avança ces jours-là les vêpres dans plusieurs églises pour donner aux fidèles et au clergé la facilité d'aller au théâtre * .

Le drame de la Passion attira surtout la foule. Était-ce la première fois que la vie, les souffrances, la mort du Rédempteur étaient étalées sur la scène? Nous n'oserions l'affirmer. 11 est même certain que diverses scènes de la vie de Jésus avaient été au moins figurées dans ces mystères mimés qu'on exhibait, dès le xiv*" siècle, aux entrées des rois et des prjnces. Toutefois l'histoire entière du Sauveur ne paraît pas avoir été mise en drame et représentée sur un théâtre avant la fin du xiv'' siècle et les spectacles de Saint-Maur. Le seul texte connu d'une Passion dramatique antérieure au commencement du XV' siècle est écrit en langue d'oc. Tous les autres sont plus récents que l'entreprise des confrères ; et le plus ancien, celui du manuscrit de Sainte-Geneviève, ne nous offre déjà probablement qu'un texte rajeuni et remanié, plus ou moins différent du texte original des représentations de i398.

Aux confrères de la Trinité paraît ainsi revenir l'honneur d'une double innovation qui transforma le théâtre. Ils osèrent les premiers, grâce aux moyens plus étendus dont ils dispoisaient, entreprendre de représenter des mystères d'une longueur considérable, trente ou quarante mille vers, qu'on jouait peut-être en dix ou douze séances. Ils ne craignirent pas de

1. La tradition le veut; mais le fait n'est certain que pour le xvi' siècle ;voy. ei-dessons.

faire entrer dans ce large cadre un tableau immense et varié, le plus pathétique et le plus intéressant que l'histoire sacrée pût ofifrir, le tableau de la vie et de la mort du Christ. Un poète inconnu écrivit pour eux la première Passion, probablement perdue aujourd'hui. L'enthousiasme fut grand chez tous; la Passion se répandit dans les provinces. Cent villes voulurent la jouer ; des millions de spectateurs affluèrent à ce spectacle jusqu'au milieu du xvi** siècle.

Les confrères de la Passion avaient joué d'abord presque exclusivement des mystères. L'on voit bien qu'il est fait mention de farces, dans l'arrêt d'interdiction du prévôt de Paris du 3 juin 1398; mais une fois installés à la Trinité, ils paraissent s'être renfermés dans le répertoire sacré. Le public les encouragea longtemps dans cette voie ; puis il se lassa des mystères ou du moins souhaita qu'on mêlât quelquefois le plaisant au sévère dans les représentations. Le comique abondamment semé dans les pièces religieuses ne lui suffisant plus ou lui paraissant fade, il fallut lui offrir de véritables farces.

Les confrères appelèrent à leur aide les « Enfants sanssouci », dont nous raconterons plus tard l'histoire particulière, et leur ouvrirent leur théâtre. Les Enfants sans-souci et leur chef le prince des Sots étaient déjà en possession (par suite d'un arrangement passé avec les clercs de la Basoche) du droit de jouer les pièces comiques de tout genre. Ainsi l'hôpital de la Trinité fut en mesure d'offrir à son public un répertoire tout à fait varié. On croit que c'est à ces représentations mêlées, où les farces succédaient aux mystères, qu'on donna le nom exipTessif àe pois piles ^

Nous ignorons la date de celte espèce de fusion entre les

1. On disait des pois piles comme nous disons une purée, une macédoine. Malherbe emploie ainsi le mot dans une lettre à Peiresc (du 21 mars 1607. Édition des Grands écrivains, III, p. 3.) « Il faut finir mes fâcheux discours qui sont plutôt pois piles qu'une lettre. » Malherbe, ailleurs fait allusion aux pois piles dramatiques : « Je ne sais quels écrits qui devant les jurés du métier ne passent que pour des pois piles de Thôtel de Bourgogne. » (Lettres, t. IV, p. 94.) Voy. aussi un texte de Brantôme ci-dessus, page 373. On a voulu écrire poids piles; le nom ferait allusion à une enseigne qui figurait des poids en pile. Cette orthographe et cette étymologie sont invraisemblables.

An LES MYSTÈRES.

deux sociétés *. L'histoire des confrères, entre la naissance et la décadence de leur association, est malheureusement presque inconnue. Le peu que nous en sayons du moins tiendrait en quelques lignes.

Les chroniques du v' siècle parlent surtout des confrères à propos des représentations de mystères mimés qui furent si souvent données à cette époque, à l'occasion d'entrées royales ou princières. Celles qu'on exécutait « devant l'église de la Trinité » étaient l'œuvre des confrères ; et l'on remarquera, dans le chapitre qui traite de ces mystères mimés, que presque toujours ils puisèrent les sujets de cette sorte de tableaux vivants dans leur répertoire fondamental, l'histoire de Jésus- Christ. Toutefois ils jouaient aussi des vies de sainfs. Le manuscrit de la Vie de saint LoxUs en trois journées (différente de l'œuvre de Grîngore) appartenait aux confrères, comme nous l'apprend une note inscrite à la garde ^

Le monopole dramatique dont ils jouissaient n'était pas absolu; par exemple les autres confréries conservaient leurs droits particuliers, entre autres celui de représenter la vie de leurs patrons. Les cordonniers firent jouer Thistoire des Saints Crépin et Crépinien^ en \Mi et 4458; les maçons et charpentiers, celle de Saint Louis^ par Gringore, vers

En janvier 1518, François I" confirma par lettres patentes tous les privilèges concédés par Charles VI aux confrères de la Passion.

En 1539, les confrères furent forcés de quitter l'hôpital de la Trinité, qu'on voulait rendre à sa destination charitable. Ils allèrent d'abord s'établir *dans l'hôtel de Flandres (situé entre les rues Plâtrière, Coq-Héron, des Vieux-Augustins et Coquillière); cet hôtel avait été bâti au commencement du xiV siècle, par le comte Guy de Flandres, sur un terrain qu'il

1. Chacune d'elles conserva d*ailleurs son existence propre, et continua à fonctionner, à ses jours, indépendamment de Tautrc. Les confrères ne prirent par exemple aucune part à la fameuse représentation donnée par les Sots, le mardi gras de l'an 15H aux Halles de Paris.

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