‹ Les mystèresChapitre 99 sur 115 · Secousse : d'eulx · texte numérisé non relu

Secousse : d'eulx

d'iceolx à ceste occasion ne antrement comment que ce soit an contranre. Si donnons en mandement an Prévost de Paris et à tons nox antres insticiers et Officiers, présens et arenir, ou à leurs lieuxtenans et à chascund'eulx, si comme à lui appartendra, qne les dix Maistres, Gonremeura et Confrères et un chascun d'eulx, facent, seuiirent et laissent joïr et us^ plainemcnt et paisiblement de nostre présente grâce, congié, licence, dons et octroy dessnsdiz, sans les molester, faire ne souffrir empeschier, ores ne pour le temps ayenir, comment qne ce soit an contraire. Et pour ce que ce soit ferme chose et estable a tonsjours, Nons avons fait mettre nostre Séel à ces Lettres : Sauf en antres choses nostre droit, et l'autruy en toutes. Ce fu Mi et donné à Paris en nostre Hostel lés saint Pol,. ou moys de Décembre, Tan de grâce mil IIII* et deux, et de nostre règne

le xxni«*.

Au dos des lettres était écrit : Le lundi xij* jour de mars, l'an CCGCn, Jehan Aubery, Jehan Dupin et Pierre d'Oisemont, maîtres de la confrérie, présentèrent ces lettres au lieutenant du prévôt, lequel octroya que les dits maîtres et confrères se pussent désormais assembler librement c pour le faict de la confrairie et le faict des jeux » et commit c pour estre presens avec eulx en ceste présente année, Jehan le Pillent, sergent de la douzaine, et Jehan de Savenal, sergent a verge, l'un d'eulx ou le premier autre sergent de la douzaine ou a verge dudit Chastellet ».

Tel est cet acte fameux qu'on a plusieurs fois nommé la charte de création du théâtre français. Expression doublement inexacte.

D'abord la confrérie même ne fut ni créée, ni instituée par ces lettres. Elle existait déjà. Nous ne savons de quel temps dataient a les maîtres et gouverneurs de la confrarie de la Passion et Résurrection Nostre Seigneur, fondée en l'église de la Trinité à Paris... » Mais on se tromperait encore plus en faisant naître avec ces lettres le théâtre en France. Le théâtre est plus ancien de trois siècles. Le seul fait nouveau

1. Ordonnances des Rois de Finance, t. VIII, p. 555 (publié par Secousse en 1750, d'après le trésor des Charti-es. Registre 157, p. 267, f"» 165, yo; et Reg. lies Bannières du Châtelet, 2* vol, fo 77). Le Recueil cité phis loin (p. 426, notey présente le même texte avec quelques légères différences, p. 35.

constaté par la charte de Charles VI, c'est la reconnaissance officielle, par l'autorité, d'un théâtre permanent et d'une troupe régulière.

Observons, en outre, que ce n'était pas seulement la Passion que les confrères jouaient déjà ou se proposaient de jouer à l'avenir. Le roi leur donne en effet « autorité, congé, et licence de faire jouer quelque mystère que ce soit, soit de la dite Passion et Résurrection^ ou autre quelconque, tant de saints comme de saintes, qu'ils voudront élire... » Il ajoute, il est vrai : « Présents à ce, trois, deux ou l'un de ceux qu'ils voudront élire de nos officiers » . Nous savons en effet * que deux sergents du Ghâtelet furent commis par le lieutenant du prévôt à la surveillance du théâtre pour toute l'année 1403. Cette sorte de censure n'était pas créée pour la circonstance. Déjà, le 14 septembre 1395, le prévôt de Paris avait défendu < à. tous dicteurs, faiseurs de diz, ou de chansons, et à tous autres ménestrels de bouche et recordeurs de diz i^ de faire mention dans leurs chants du pape, m du roi, ni des seigneurs « au regard de ce qui touche le fait de l'union de TÉglise ». C'était le temps où le gouvernement royal essayait sans succès de porter remède au grand schisme d'Occident ; les poètes ambulants s'amusaient sans doute à railler la vanité de ses efforts *.

M. Ad. Fabre pense que la confrérie de la Passion, avant les lettres de Charles VI, était une association de piété et d'édification, qui donnait depuis longtemps des représentations gratuites. La charte royale lui aurait permis de se transformer en une société civile de spéculation théâtrale. Ces faits ne sont pas précisément dans les lettres, mais, dans son ensemble, cette hypothèse est plausible.

A la date où Charles VI émit ces lettres patentes, la confrérie, comme on a vu, avait déjà son siège en l'église de la Trinité ; mais il est probable qu'elle ne donna ses représentations dans l'hôpital voisin qu'après avoir obtenu les lettres.

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