‹ Les mystèresChapitre 106 sur 115 · Recueil cité plus haut, p · texte numérisé non relu

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expresse qu'à la capitale * ; en second Heu, qu'il ne touchait en rien à la représentation des moralités et des farces, et laissait le théâtre comique, ou semi-comique, suivre en paix sa fortune. Aussi l'histoire de la comédie, en France, offret-elle, en dépit des noms qui sont changés, une unité qui manque dans l'histoire du drame sérieux, mystère ou tragédie, brusquement interrompue au milieu du xvr siècle.

L'arrêt de 1548 contenait en germe la décadence et la mort de la célèbre confrérie : elle succombait sous les coups que lui portaient à la fois, des côtés les plus opposés, les ennemis les plus divers. Elle était sacrifiée à l'enthousiasme païen des poètes de la nouvelle école, qui allaient inaugurer la Renaissance poétique, à l'intolérance littéraire des protestants, au dédain des lettrés. Le peuple tenait pour elle ; mais le peuple ne compte plus en littérature, à partir de la Renaissance, cette révolution tout aristocratique où vient s'abîmer la poésie toute populaire du moyen âge.

On a dit souvent que les confrères, frappés par l'arrêt du Parlement, dépouillés du répertoire sacré, le seul qu'ils connussent, avaient cédé leur salle et leur privilège à des comédiens. Le fait est vrai, mais postérieur de quarante années* Pendant quarante années, ils s'efforcèrent de lutter euxmêmes contre l'indifférence croissante du public et de résister, armés de leur monopole, à la concurrence que des troupes plus jeunes ne cessaient de leur susciter. Mais comment retenir le goût public, entraîné vers un genre théâtral qu'ils étaient incapables de comprendre et d'exploiter.

Ils durent chercher, en dehors de l'antiquité profane, qui leur était inconnue, et de l'antiquité sacrée, qui leur était interdite, des sujets propres à attirer les spectateurs populaires. Peut-être crurent-ils les trouver dans des drames tirés des vieilles légendes chevaleresques qui, sous la forme primitive des chansons de geste ou dans la pnose des romans, avaient si longtemps charmé les auditeurs et les lecteurs du

1. Mais il est évident qu'il équivalait à une interdiction implicite des mystcres, au moins dans le ressort du parlement de Paris.

moyen âge. Du moins, nous savons qu'en 1557, les confrères ayant monté à grands frais V Histoire de Huon de Bordeaux S le prévôt de Paris voulait, on ne sait pourquoi, interdire les représentations. Les confrères firent valoir les 60 livres qu'ils avaient payées pour les emprunts ; les 20 livres qu'ils avaient payées pour les fortifications ; ils demandèrent qu'on les laissât jouir en paix de leurs privilèges ; le Parlement, cette fois, leur donna raison. Cependant les confrères restaient en possession exclusive du droit déjouer la comédie à Paris ; et leur monopole avait été confirmé trois fois, depuis 1548, par Henri II (en janvier 1555), par François II (en mars 1560)^ par Charles IX (en janvier 1567). D va sans dire qu'ils veillaient avec soin sur ce précieux privilège. Les premiers qui essayèrent sérieusement de le leur disputer, furent, non pas des Français (les monopoles étaient, de tous les abus, celui auquel nos pères étaient le mieux résignés), mais une troupe d'Italiens, attirés en France probablement par la reine mère, Catherine de Médicis, sous Charles IX, en 1571 ^ Le Parlement les expulsa au bout de peu de jours. « Sur remonsirance du procureur général que certaines gens ont depuis peu de jours joué farces et jeux publicqs sans permission et exigé de chascunes personnes trois, quatre, six, sept et onze sols, sommes excessives et non accoustumées », le Parlement interdit ces représentations que donnaient « Albert Ganasse et ses compagnons italiens ». Les lettres patententes qu'ils avaient obtenues du roi leur furent inutiles. Ces faits sont de septembre et octobre 1571. En 1576, les Italiens reparurent et reprirent leurs représentations à Paris. Les confrères saisirent le Parlement, qui de nouveau leur donna raison par arrêts du 5 décembre 1576 et du 20 septembre 1577. Mais #enri III soutenait ces étrangers^ qu'il avait appelés de Venise à Blois, où ils avaient joué de-

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