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Taillandier, Revue rétrospective, t. IV, p

2. Il y eut certainement des acteurs et bouffons italiens à Paris dès le temps de François I*' (avant 1530). Mais nous ne pensons pas qu'ils aient donné dès lors des représentations ré^lières. Yoy. Pierre Gringore et les comédiens italiens, par E. Picot, 1878, in-8*

43i LES MYSTÈRES.

vant les États. Leur troupe se nommait GUGelosiy les Jaloux». Us eurent un grand succès à Paris, le témoignage de TEstoile en fait foi : l'hôtel de Bourbon, où ils jouaient, vit affluer la foule. « Ils prenaient, dit TUstoile, quatre sols de salaire, par leste, de tous les Français, et il y avait tel concours que les quatre meilleurs prédicateurs de Paris n'en avoient pas tous ensemble autant quand ils préchoient. »

Les confrères s'émurent, firent appel au Parlement et obtinrent contre les Italiens, le 10 décembre 1588, un arrêt d'expulsion ; mais ces étrangers tinrent bon ; ils jouaient encore à Paris vers la fin du siècle ^ . A la même époque les confrères luttaient plus heureusement contre une troupe de province qui, après avoir joué en diverses villes avec succès le répertoire de la Pléiade, vint s'établir à Paris dans l'hôtel de Cluny, rue des Mathurins. Elle attirait beaucoup de monde; mais avant une semaine écoulée les confrères firent déloger leur rivaux par arrêt du Parlement (du 6 octobre 1584).

Les concurrences imporlunes n'étaient pas les seules inimitiés qu'ils eussent à combattre. L'Église était devenue naturellement de moins en moins favorable au théâtre à mesure que le théâtre avait échappé davantage à son influence et à sa direction. Depuis que le répertoire tendait à devenir exclusivement profane, elle regardait de mauvais œil tout ce qui tenait à la comédie, sans pourtant la condamner formellement ; et le clergé ne montrait plus le même bon vouloir envers les comédiens. En 1572, messire René Benoit, curé de- Saint-Eustache, obtint du Châtelet un arrêt qui interdisait aux confrères d'ouvrir leurs portes avant les vêpres dites. Les confrères alléguèrent leurs privilèges tant de fois renouvelés, « les trois cents livres tournois de rente » qu'ils payaient aux Enfants de la Trinité « tantpour le service divin que pour Tentretien des pauvres t> ; ils offrirent de ne commencer « leurs jeux y> qu'à trois heures sonnées, heure où les vêpres pouvaient être dites et l'étaient réellement dans presque toutes les

1. C'est-à-dire, croit-on : « jaloux de plaire; jaloux de bien faire ». 3. Voy. Magnin, Revue des deux Mondes, 15 décembre 1847.

paroisses. Le Parlement leur donna raison par un arrêt qui est de novembre 1574. Le curé de Saint-Eustache mit opposition. L'affaire ne se termina que le 20 septembre 1577 *, par un arrêt définitif qui donnait gain de cause aux confrères et leur permettait « de jouer en la manière accoutumée pourvu que ce ne soit point pendant le service divin et à rheure qu'on ne le puisse empêcher, et à la charge qu'ils ne commenceront qu'à trois heures sonnées, et qu'ils répondront des scandales qui y pourront advenir ». A la fin du règne de Henri III, l'animosité du clergé et des âmes pieuses contre les spectacles devint plus vive. Dans un passage curieux d'un livre intitulé : Remonstrances très-humbles au Roy de France et de Pologne (imprimé en 1588) on voit l'auteur (un prélat, peut-être un magistrat) s'élever avec une extrême violence contre l'entreprise des confrères :

11 y a encore un autre grand mal qui se commet et tolère principalement en vostre ville de Paris, aux jours des dimanches et festes... ce sont les jeux et spectacles publics qui se font les dits jours de festes et dimanches, tant par des estrangers Italiens que par des François, et par-dessus tous ceux qui se font en une cloaque et maison de Sathan, nommée THoslel de Bourgogne, par ceux qui abusivement se disent (Jonfraires de la Passion de J.-G. En ce lieu se donnent mille assignations scandaleuses, au préjudice de rhonnesteté et pudicité des femmes, et à la ruine des familles des pauvres artisans, desquels la salle basse est toute plaine, et lesquels plus de deux heures avant le jeu, passent leur temps en devis impudiques, en jeux de caries etdedez, en gourmandises et yvrongnerie... etc., d*où viennent plusieurs querelles et batteries ^.

Ce fut vers ce temps-là que les confrères cessèrent de jouer en personne sur le théâtre et cédèrent à des comédiens, venus probablement de province, leur local et leur privilège contre un prix de location et certains droits réservés, comme l'usage d*une partie des loges. Sans doute l'ancien répertoire n'avait plus aucun sûccès'auprès du public et ils se sentaient incapables d'affronter le nouveau, trop étranger à leurs habitudes, à

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