‹ Les mystèresChapitre 112 sur 115 · Dom Piolin, Mysténes représentés dans le Mairie^ p · texte numérisé non relu

Dom Piolin, Mysténes représentés dans le Mairie^ p

DËGADENGE ET ¥1^ D£B MYSTÈRES. 4m

éclatant de la nouveftte école. On y lisait ces lignes : « Quaift aux comédies et aux tragédies, si les roys et les républiques les voulaient restituer en leur ancienne dignité qu'ont usurpée les farses et les moralitez, je seray lien d'opinion que tu t'y employasses. »

Trois ans après Jodelle faisait jouer sa CUopâtre dans la cour du collège de Reims, et un peu après au collège de Boncourt, avec un immense succès; le retentissement et l'effet de cette tentative furent plus grands que le succès même. Mais ce n'était pas assez d'éclipser l'hôtel de Bourgogne par l'éclat de ces nouveautés ; Jodelle injuriait et raillait les vieux genres dans ses triomphants prologues. Toute la Pléiade, maîtres et disciples, suivait l'exemple donné : les plus jeunes des novaleurs se montraient, comme ri arrive d'ordinaire, les plus violents : Jean de la Taille, dans son discours sur VArt de la tragédie S abandonnait tout l'ancien théâtre « aux varlets et menu populaire i, l'interdisant « aux personnes graves ». Il ajoutait : (Je) « voudroîs bien qu'on eust banny de France » (veut-il dire par autorité du roi?) « telles ameres espiceries qui gastentle goustde nostrelangue, et qu'au Ken on y eust adopté et naturalisé la vraye tragédie et comédie, qui n'y «ont point encore a grand peine parvenueset qui toutes 'fois auraient aussi bonne grâce en nostre langue françoise qtf en la grecque et la latine. » Mais qu'appelle-t-il la « vraye tragédie » ? C'est celle qui est faite « selon le vray artet au moule des vieux, comme d'un Sophocle, Euripide et Seneque ».

Il est inutile de multiplier les citations fte ce genre. Il est constant que vers le milieu du xvi* siècle un profond dégoût de tout notre passé littéraire et particulièrement de tout notre ancien théâtre s'était emparé des lettrés et en général de toute ^ la société pdlie. Les esprit* cultivés, entraînés par un irrésistible courant vers une admiration exclusifve et passionnée de l'antiquité païenne, ne trouvaient plus que platitude et vulgarité dans cette poésie des mjëtieres^ toute puisée aux

\. Publié ave&SiiOltef^4iHMigB, «Ttfogéaie.p la B&U, ilûie «elon «l'art let

^ la mode des vleuic aaterxrsttragiques^w. Paris, fôlS, imd?.

sources chrétiennes, et non pas aux plus pures. Les âmes restées croyantes s'effrayaient en même temps du scandale que pouvait donner aux incrédules un tel étalage, sur la scène, de légendes superstitieuses, tirées de livres apocryphes et mêlées indiscrètement aux dogmes imposés. Le comique et le burlesque dont les mystères étaient remplis jusqu'au milieu des scènes les plus graves paraissaient bas aux uns, dangereux aux autres, indécents à tous. En un mot le théâtre des mystères n'était acceptable qu'à une époque de foi générale, au moins indiscutée. Du jour où la résurrection du paganisme, l'avènement du protestantisme et les progrès de l'esprit critique mirent l'orthodoxie en péril et livrèrent la foi aux discussions, les mystères, naguère encore si populaires, ne furent plus supportables, et le goût public s'en détourna plus ou moins rapidement \ Les lettrés avaient donné le signal; le peuple peu à peu / devait le suivre. Au commencement il s'était montré violem-

^ ment hostile aux premières tentatives de résurrection du théâtre grec ou romain. Elles ne dataient pas de Jodelle, comme on Ta dit souvent; elles étaient beaucoup plus anciennes. Les représentations de pièces plus ou moins classiques, mais d'ailleurs imitées de l'antiquité, furent communes en Italie à partir du dernier tiers du xv^ siècle. Elles furent d'abord écrites en latin, mais peu après en langue vulgaire. Dès 1508 la Calandria de Bibbiena, en 1515 la Sophonisbe du Trissin, fondaient le théâtre italien régulier. En France, nous étions moins avancés. Cependant, dès les premières

v^ années du xvi' siècle on essayait chez nous de remettre en honneur le théâtre des anciens ; et ces premières tentatives étaient même fort mal accueillies du public. On en fit l'expérience à Metz dans des circonstances curieuses qu'à racontées le chroniqueur Aubrion :

1. Les mêmes causes amenèrent partout des résultats à peu près semblables. En 1549, le pape Paul 111 interdit les célèbres représentations du Colysée à Rome. Henri Vlll à la fin de sa vie défendit la représentation des mystères; Marie les rétablit un moment; mais les représentations de Chester furent définitivement supprimées en 1594. (V. D. Piolin, Mystères représentés dans le Maine, p. 41. — Jusserand, le Tliéâtre en Angleterre^ etc., 1877, in-8», p. 94.)

Le diemenche pénultième jour de janvier (1502) fut commenciez ung jeuz après diney a la court TEvescque, en la basse salle, nommey Teranc^. Et le jouoient plusieurs gens d'église et jonne clersons, tout en latin; et illec estoient... plusieurs., gens d'églises et clercs et aultres menuz peuple; tellement que quant (comme) le dit menuz peuple qui n'estoit point clerc, ne povoit entendre ce que les personnaiges disoient, il se esmeut et.se esleva par telle faiçon encontre lesdils joweuz qu'il convint que les sieurs dessus nommey trouvassent manière de soy despartir tout doulcement de la place. Et ce fait ledit menuz peuple efforcet les dit personnaige et monta sur le hour tellement qu'il fuit tout bel audit personnaiges de decendre, car il furent en granl dangier d'estre très bien frontés... Le landemain après diney, que le dit peuple estoit chacun à sa besoigne, fuit juez le dit jeuz en latin, comme dit est ^

« Ils essevirent loiir jeu, » dît le chroniqueur Jacomîn Husson % mais seulement le lendemain, et quand ils eurent bien fermé « les huix, et n'y entroient que gens d'églize, seigneurs et clercs ». C'est ainsi que le théâtre antique fit sa rentrée en terre gauloise, toutes portes closes et comme en cachette.

Cinquante années plus tard les dispositions populaires étaient déjà bien changées. Beaucoup d'âmes simples et naïves contemplaient encore avec admiration la mise en scène des souffrances du Sauveur; mais une partie du public se moquait ouvertement du merveilleux des mystères et criait que « le Saint-Esprit n'avait pas voulu descendre » parce qu'un truc avait mal joué ^ Mais ceci se passait à Paris. Dans les provinces, nous signalerons jusqu'en plein xvii® siècle des vestiges de sentiments tout à fait contraires. A Paris, dès 1548, les magistrats proscrivaient les mystères par scrupule religieux et parce qu'ils voyaient un grand péril pour la foi à traduire sur la scène la sainte Vierge et les saints ; beaucoup plus tard, en province, où l'opinion retardait, pour ainsi dire, on se faisait un scrupule tout opposé de substituer des représentations profanes aux anciens mystères. C'avait été longtemps l'usage à Draguignan déjouer, à l'occasion de la Fête- Dieu, quelque partie du Vieux Testament ou de la Passion^

Page 1