Robert le Diable
LES MIRACLES DE NOTRE-DAME. \tl
volontaires. Pouvait-il vraiment croire que les Romains fussent musulmans *?
Le ciel, l'enfer, la terre ont part à l'action dans ces drames. Dieu lui-même y paraît au paradis et en descend pour se mêler à l'action ; le plus souvent, c'est Jésus; quelquefois, c'est Dieu le Père qui est traduit en scène. Notre-Dame y joue le rôle prépondérant que nous avons dit. Dans chaque pièce, elle descend du ciel en terre, escortée des anges Gabriel et Michel, quelquefois de saint Jean, ou d'autres saints et saintes, et accompagnée de leurs chants.
Le rôle fait à la Vierge dans ces drames est parfois bien \ étrange (les titres seuls de quelques-uns suffisent à l'indiquer), et il y a là matière à surprise, et presque à scandale pour la foi de nos jours, moins robuste ou plus raisonnable.
Le culte de la Vierge au xiii* siècle, culte admirable et si fécond en nobles vertus, en fruits de haute et pure civilisation, avait été porté quelquefois à des exagérations, certainement puériles, et peut-être dangereuses. Nulle part cet excès ne s'indique plus vivement que dans nos drames. Les noms donnés à la Vierge de Refuge des pécheurs, àuxiliatrice des malheureuXy avaient été entendus des poètes dans un sens si absolu que la Vierge était devenue peu à peu, dans le théâtre pieux, ; où elle jouait son rôle, un obstacle à la justice de Dieu, plutôt que la servante de ses miséricordes. Le pécheur le plus endurci, le plus abominable criminel, parvenu au moment critique où sa perte allait devenir irrévocable par la mort, pourvu qu'il invoquât, fût-ce même un peu machinalement, le nom de Marie, était sauvé (j'aliais dire malgré Dieu) par la toute-puissante intercession de la Vierge.
Une certaine grossièreté se mêlait à ce culte, et rabaissait même la dignité de Notre-Dame, en la mêlant à des aventures au moins fort terrestres, en lui prêtant un rôle trop faible, trop complaisant, et, pour le criminel, dévot à soiî nom, une condescendance qui nous scandalise un peu. La foi du temps était sincère et profonde, mais un peu dure, comme celle des