‹ Les mystèresChapitre 33 sur 115 · Du Gange, aux mots mysterium et misterium · texte numérisé non relu

Du Gange, aux mots mysterium et misterium

Sens DD Mot MV8TÊRE. 101

En tôiit cad, sMl est une signification qui paraisse tout & foit étrangère au mystère dramatique^ c'est celle de mystère dogtnatique^ quoique les plus autorisés de nos dictionnaires aient identifié les deux mois*.

Qu'il y ait eu d'ailleurs, dès l'origine, une confusion trop facile entre les deux mots misterium et myslerium, mistère et mystère; que les deux formes aient exercé l'une sur l'autre une sorte d'influence et d'attraction; qu'à la fin (même peutêtre avant la Renaissance), en entendant parler du m t stère de Vlncamatiofif et du mistèfe de la Passion^ l'on se soit imaginé, parmi les spectateurs et parmi les auteurs, que ces appellations étaient directement empruntées à celles que la théologie employait depuis quinze siècles en disant les mystères de la foi; c'est ce qui est possible ou probable, parce que rien n'était plus naturel. Mais de ce qu'une confusion presque inévitable s'est établie de bonne heure, il ne s'ensuit pas qu'elle ne repose pas sur une erreur.

Il faut suivre maintenant, dans quelques exemples, l'histoire de ce mot de mistère (ou mystère), depuis le moment oi\ il apparaît dans l'histoire avec une signification qui s'applique au théâtre ou du moins à quelque spectacle.

A Torigirte, en effet, nous Talions voir, le mot désigne un spectacle muet, propre à frapper les yeux sans s'adresser

1. L*erreur date do loin. Le Duchat, dans son édition de Aabelais, à propos d*ua passage de Pantagruel (II, ch. 22) s'exprime ainsi : « Le mystère, c'est-àdire la farce. On disait jouer les mystères pour dire représenter par forme de pièces de théâtre, les mys tères de la religion... Une de ces farces, intitulée le mystère du Vieil Testament, fut jouée à Paris; et le mystère de la Passion... fut représenté moult Iriumphamment à Angers. »

L'Académie déflnit ainsi les mystères (édition de ISifS).

« Mystère est aussi le nom que nos pères donnaient à certaines pièces de théâtre dont le sujet était tiré de la Bible, et où ils faisaient intervenir Dieu, les anges et les diables, etc. Le mystère fut beau et fort dévot. Les diables jouèrent plaisamment le mystère. » (le sens du mot n'est pas donné dans l'édition originale de 1694.)

Littré, au moimystère) 8» : ■ Nom, au moyen âge, de certaines pièces de théâtre où Ton représentait quelqu'un des mystères de la religion. » A VhiHoi'ique on voit, dans Littré, jusqu'à quel point mistère et ministère se sont facilement pris l'un pour l'autre. « Que les accusez répondent sans conseil ni mystère d'aucune personne. » (Bouteiller, Somme mral). Nous lisions dernièrement une lettre d'un fermier, qui, faisant l'éloge du curé de son village, disait : « U est vraiment bien digne àamystère* »

aux oreilles, plus souvent qu'une véritable représentation dramatique.

Cependant la première mention du mot se rencontre dans les célèbres lettres de Charles VI * données en décembre 1402 aux confrères de la Passion : a Charles, par la grâce de Dieu, eic... les Maistres et Gouverneurs de la Confrarie de la Passion... pour le fait d'aucuns misterres, tant de saincts comme de saincles, et mesmement du misterre de la Passion, etc.. Duquel fait et misterre la dicte Confrarie a moult frayé... Auctorité, congié et licence de faire et jouer quelque misterre que ce soit, soit de la dicte passion et resurreccion ou autre quelconque tant de saincts comme de sainctes... Les jours durant lesquelx le dit misterre qu'ilz joueront, se fera, etc. i^ Plus loin on lit : « Durant le cours d'iceulx jeux. »

En 1420, l'entrée des rois Charles VI et Henri V à Paris est célébrée par la représentation « d'un moult piteux mystère de la passion Nostre Seigneur, au vif, selon que elle est figurée autour du cueur de Nostre-Dame de Paris ^ ».

En 1422, à l'entrée de Philippe le Bon à Dijon, on paye 6 francs à des « compaignons » qui font en sa présence a plusieurs mystères de plusieurs saints martirs^ ».

En 1424, entrée du duc de Bedford à Paris : a Devant le Ghastelet avoit ung moult bel mystère du Vieil Testament et du Nouvel... et fut fait sans parler ne sans signer comme se ce feussent ymages enlevez contre ung mur * ».

En 1431, entrée de Henri VI à Paris : « Devant la Trinité, il avoit sur eschaffault le mystère depuis la conception Nostre Dame jusques que Joseph la mena en Egypte ^ » Enguerrand de Monstrelet ajoute que c'étaient des personnages sans parler, « et furent ces personnages très bien joués ^ ».

En 1437, entrée de Charles VII à Paris : « Devant la Trinité

Page 1