‹ Les mystèresChapitre 45 sur 115 · V. t. H, Analyses, Résurrection 4e Jean Mi^bel · texte numérisé non relu

V. t. H, Analyses, Résurrection 4e Jean Mi^bel

Et plus loin :

Doulces gens, un pou escoulez Pesiblement, sans noise faire :

Mains de paine arez, ne doubtez, S'il vous plaist a .1. pou vous taire, Que se vous l'un l'autre boutez Ou faictes ennuy et contraire.

Or vous seez et acoutez Et oiez sen que vueil retraire ^

Ce n'était pas assez de ces bonnes paroles : quelquefois le sermon prodiguait les bénédictions à qui voudrait bien se taire :

Benoist soit il qui se tera, Et je pry Dieu que pardonner Vueille a celluy qui pais fera.

Ses péchiez...

Quand tous les moyens échouaient, quand les spectateurs continuaient à rire, à causer, à se bouter les uns les autres, on avait encore en réserve certains procédés ingénieux pour ne pas engager l'action avant que le silence fût rétabli. Dans la Passion de Jean Michel, au commencement de la deuxième journée, on lit cette note : « Fille de la Gananée pourra commencer la journée en parlant comme une démoniacle jusqu'à ce que bonne silence fust faicte. » De cette façon du moins, les spectateurs de bonne volonté qui auraient voulu ne rien perdre du texte, en perdaient le moins possible.

Nous avons dit déjà que les mystères sont très variés de longueur; le plus court {saint Etienne) a 346 vers; mais ce n'est qu'un fragment qu'on pouvait aussi bien jouer à part ou réunir à d'autres. Le plus long mystère qui ait été joué de suite intégralement est celui des Actes des apôtres en 61908 vers. La Passion cyclique de 1507, en six journées, dépasse encore ce chiffre, mais il n'est pas sûr qu'elle ait été

1. Voyez t. II, Analyses^ mystères tirés de la vie des saints.

jouée de suite intégralement. Le Vieux Testament n'atteint pas tout à fait, croyons-nous, 50000 vers. Mises bout à bout, les trois parties de cette énorme encyclopédie dramatique de la foi catholique atteignent 180000 vers, qui sont, il est vrai, de huit syllabes pour la plupart, mais équivalent encore à 120000 alexandrins (soixante-six fois l'étendue de Polymcte ou d' A thalle).

Quoique la division par actes et par scènes fût inconnue, il fallait bien partager en quelque façon ces poèmes immenses.

La division ordinaire du mystère est en journées; chaque journée représentant (en principe) ce que les acteurs pouvaient dire et les spectateurs entendre en un jour. Mais cette mesure ne fut pas toujours observée; et sans doute il fallut quelquefois subdiviser des journées dont la représentation aurait duré bien au delà d'un jour. Ainsi l'immense Passion de 1507 n'est partagée qu'en six journées, et renferme cependant près de 70000 vers. Il est, sinon impossible, au moins très improbable qu'on ait jamais joué près de 12000 vers dans un seul jour.

Le plus souvent la représentation durait, sans désemparer, plusieurs jours de suite; d'autres fois on laissait un plus grand intervalle entre les représentations. Ainsi, au commencement de la quatrième journée de Greban*, on lit :

Et ce fut ce que vous monstrasmes, Le dernier jour que nous jouasraes, Joyeusement unis ensamble.

La troisième journée se terminait ainsi :

Cy finerons la passion Que par grant occupacion Avons par devant vous monslree.

Dimanche avons intencion Que de sa resurreccion Partie vous soit demonslree.

D'autres fois on joua deux journées d'un mystère en un

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