V. 27492-4 (édit. G. Paris
seul jour. Ainsi le mystère de saint Martin^ par Andriau de la Vigne, est en six journées, mais fui joué ^n trois jours à Seurre, en 1496. On jouait une Journée le matin^ unie autre après midi. Beaucoup de mystères durient être représentés de cette façon ; car on trouve souvent Tindicalion ainsi conçue d'un entr'acte, ou suspension du jeu : < Pause pour aller disner^ » Quelquefois même l'auteur jugeait piquant d'envoyer diner à ce moment ses personnages, en même tamps que les spectateurs. C'est ce qui arrive dans La Résmrectiony de Jean Michel, dans la DestrmUion de Troie.
Allons chez le premier Ou hostelier ou taveriiier, Qui aura de bon vin a vendre.
Des pois, du lart et du pam tendre, Et naos y disii:ons bien H fort.
c( Ici est la fin de la seconde journée et il est a jioler que l'aveugle et son varlet vont faisant manière d'aller boir<e, et consequemment tout le monde se doit départir. » (Ré^urreotion de Jean Michel.)
Quelquefois l'intervalle des deux demi-journées se bornait à un simple entfacte; les spectateurs ne quittaient pas le théâtre, de peur de perdre leur place; ils se contentaient de^3^.e manger à la hâte les provisions qu'ils avaient apportées. C'es^ ^^( ainsi que le héraut Paris, dans le mystère de saint Louis (dii.^- u xv° siècle), termine la première demi-journée en disant aw^ ^u public :
Seigneurs et dames, qui ara
La bouteille gente et jolye.
De bon vin de Beaulne remplye,
Et viande consequamment,
S'y repaisse legierement.
Car les compaignons reposer
Se vellent .1. peu et aisier
Pourboire, c'est la voye plus seure;
1. Mystère de V Assomption. Ici il y a une pause, sans division marquéo de journées.
£t dedens ugne demye heure, On commencera de plas belle Quelque autre matière nouvelle Qui vous plaira plus en verte, Que celle qui faite a esté.
Buvez, mangez, desjunez vous.
Je vous pry pour les joueurs tous.
Car pas ne ferons grant espace, £t ne bouge nul de sa place Car vous n'atendrez que .1. lantet.
— Menestrier jouez ung motet.
Ce dernier vers nous montre que la musique était chargée, comme aujourd'hui dans certains théâtres, d'abréger la durée des entr'actes, et de faire prendre patience au public.
De même que chaque journée s'ouvre ordinairement par un prologue, elle se termine le plus souvent par un épilogue ; et quelquefois le moyen âge s'embrouillait dans ces termes tirés du grec ; on appelait l'épilogue prologue finale et le vrai prologue s'en distinguait par le nom de prologue capital.
L'épilogue sert à résumer la journée qu'on vient de voir, à annoncer la suivante, à presser les spectateurs de revenir assister au mystère. «
Ceulx qui de Jésus vouldront voir
Jouer le resuscitement.
Si reviennent cy vistement
Demain le matin, car pour l'eure x
Plus ne ferons cy de demeure,
Ne de mystère pour ce jour.
Mais nous en alons sans séjour.
{Résurrection de Jean Michel .)
Voici l'épilogue de la première journée de la Vengeance de Jésus-Christ :
Seigneurs, devant que le jour faille.
Trouver fault moyen d'escliapper D*icy poar s'en aller souper.
... S'il vous plaist vous retournerez
Tous et toutes veoir le mystère...
Venés y tous, n'y failles mye.
A la fin de la seconde journée :
Demain, nous monstrerons comment Fut Hierusalem assaillye, Et destruicte lotallement.
Venés y, et ne failles mye.
Dans le mystère de saint Didiery à la fin de la première journée :
Lengres aura demain la guerre Et Didier la mort recepvra, Le bourreau cherra mort a ferre Et Groscus desconfit sera.
L'épilogue final du mystère était souvent un sermon ; ce sermon est prononcé, dans la Résurrection de Jean Michel, par a le meneur du jeu ou ung prédicateur, lequel on veult >. S'agit-il ici d'un véritable prédicateur, ou d'un acteur habillé en prédicateur, au lieu d'être habillé en prologiceur, protocole ^ meneur du jeu? Nous penchons vers la seconde hypothèse; à défaut de témoignages formels, explicites, nous croii'ons difficilement que le prêtre ait pris part, en tant que prêtre, à la représentation des mystères, en dehors de l'église.
L'épilogue final renferme aussi quelquefois des remerciements adressés à tous ceux qui ont bien voulu assister à la représentation, nobles, clergé, populaire.
Humblement nous remercion
Tous seigneurs de religion,
D'église, ou autre dignité.
Du commun aussi l'union,
D'avoir représentation
Faicte icy par bénignité;
Supplians en humilité
Que la povre capacité
De nous, soit par vous supportée*.
1. Voy. t. II, Analyses. Nativité et Incarnation de Nôtre-Seigneur, jouée à Rouen, en 1474.
Dans le miracle de saint Nicolas , chaque personnage, pour conclure la pièce, débite tour à tour un couplet final, comme dans le Mariage de Figaro,