‹ Les mystèresChapitre 50 sur 115 · Voy. ch. XII, la mise en scène · texte numérisé non relu

Voy. ch. XII, la mise en scène

let des chansons joliment rimées. Dans Saint Bernard cte MenthoUj un aveugle-né est guéri en invoquant les reliques des saints. Son varlety devenu inutile, réclame ses gages : « Mon ami, dit gravement le maître, je ne sais qui tu es : je ne t'ai jamais vu. » Dans le mystère de saint Martin (à 53 personnages), un aveugle, un boiteux, guéris malgré eux par le passage des reliques du saint, se lamentent plaisamment sur la perte d'une infirmité qui leur permettait de vivre sans rien faire. Dans un autre mystère de saint Martin ^ par Andrieu de la Vigne, la même invention plaisante est le sujet d'une moralité distincte qu'on jouait après le mystère. Une observation que suggère l'étude des mystères et que confirmera celle des farces ,c'est que certains moyens comiques semblent impérissables, et se transmettent de siècle en siècle à travers les métamorphoses de lalittérature et du théâtre. Ainsi, dans le Saint Christophe de Chevalet, le fou feint de chercher à imiter les exploits du géant chrétien; comme nous voyons encore le clown égayer la foule en s'efforçant de répéter les tours de force d'un gymnaste. Dans la même pièce, une suite de quiproquos échangés entre un messager et un paysan * semble imitée d'un fabliau dit du Jongleur d'Ély; ces quiproquos se retrouvent dans \e Pédant Joué de Cyrano de Bergerac, d'où ils ont passé dans le Dépit amoureux de Molière (acte I,

I. Ces quiproquos entre messagers et laboureurs sont traditionnels dans le théâtre des mystères. Voy. Mystère de saint Clément, de sainte Marguerite.

1 . Sur le dit du Jongleur d*Ely,yoy. Histoire littéraire de la France, t. XXIII, et Magnin, Marionnettes^ p. 178. La Riote del mondes en prose, a servi de type au Jongleur d'Ély. Le Jongleur d*Ély a été publié par Montaiglon, Recueil général des fabliaux, t. II, p. 243.

— Où vas-tu. — Je veis de là.

— Dont viens-tu? — Je viens de sa.

— Dont estez vus? Ditcz saunz gyle.

— Sire, je su de noslre vile.

— Où est voslre vile, daunz jogler?

— Sire, cntour le moster.

— Où est le raoster, bel amy ?

— Sire, en la vile de Ely.

— Où est Ely qy siel?

— Sire, sur l'ewe estict.

— Quei est l'cvc apelé por amours?

— L'on ne l'apele pas, ejnz vient tousjours.

se. IV). « 11 n'y a point là plagiat, mais appropriation successive d'une plaisanterie traditionnelle, » comme dit avec raison M. E. Fournier, qui la suit de chute en chute jusqu'au théâtre de Séraphin*. .Chevalet la présente ainsi :

SAUTEREAU

Hau bon homme.

LANDUREAU.

Il n'y est pas.

SAUTEREAU

Ou va ce cliemyn, mon amy?

LANDUREAU.

Il ne va ne pas ne demy, Oncques il n'ala nulle part.

SAUTEREAU

Mais ou tire il ?

LAxVDUREAU.

Il n'a point d'arc Ni de flesche.

SAUTEREAU

Quelle resverie!

Est ce le chemin de Surie?

LANDUREAU.

Nenny, c'est le chemin publicque.

SAUTEREAU

Voicy un g propos bien oblicque.

Que broulles tu le parcheniyn? Dis nioy, qui suyvroit le chemin, Ou yroit on?

LANDUREAU.

Par mon serment, Si le chcmyn alioit devant, Vous le suyvriez bien une espace, Mais il ne bouge de sa place Pas pour telz gens comme vous estes.

Dans ce même mystère on voit aussi un paysan battre sa

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