‹ Les mystèresChapitre 51 sur 115 · Chammsde Gaultier Garguilley\i. xxv · texte numérisé non relu

Chammsde Gaultier Garguilley\i. xxv

femme et celle-ci se fâcher lorsqu'on veut empêcher son mari de la battre; maiî et femme se réunissent pour rosser l'importun. Est-ce là l'origine d'une scène bien connue du Médecin malgré lui?

Plusieurs fois la pièce comique proprement dite, la farce, s'est introduite dans le mystère, et on lui a fait sa place, entre deux journées du drame religieux, pour que celui-ci fàt moins fade, est-il dit franchement dans les Miracles de sainte Geneviève. En 1496, à Seurre, on se contenta de jouer avant le mystère, une farce, mais quelle farce ! la plus licencieuse de notre ancien théâtre. Ce qui n'empêcha pas les acteurs au sortir de la farce, d'aller entendre fort dévotement le salut pour obtenir du Ciel un beau temps.

En 1447, on joua à Dijon le mystère de saini Éloi, qui est perdu; une farce fut intercalée dans le mystère.

De même une farce est intercalée dans le mystère de saint Fiacre; et quoique cette farce n'ait, quant au sujet, aucun .rapport avec le mystère, le dernier vers de la première journée du mystère rime avec le premier vers de la farce; et le dernier vers de la farce avec le premier vers de la seconde journée du mystère ; comme pour rendre indissolubles deux œuvres d'un caractère si différent.

Un autre acteur volontiers comique et même bouffon^ dans les mystères, c'est le diable. Les diables dans ce théâtre jouent un personnage bien difficile à définir et même à comprendre; ce personnage, ils l'ont joué d'ailleurs dans toute la vie du moyen âge. Ils font rire et ils font peur. On les bafoue et on les craint. C'est l'éternel vaincu, toujours renaissant de sa honte et de sa défaite pour recommencer contre l'homme une lutte interminable. On se venge, en le bernant, de la haine et de l'effroi réel qu'il inspire; mais on rit de lui, comme un enfant peureux, dans l'obscurité, rit des fantômes en tremblant de peur. Le populaire s'égayait à voir leurs cornes hideuses, leurs faces noires, leurs pieds fourchus; mais il croyait pourtant sentir derrière lui Lucifer qui l'épiait, attendant l'heure favorable d'un gros péché pour le tirer en enfer.

Le diable est donc quelquefois sérieux dans les mystères. Nous dirons plus : il est quelquefois tragique. Arnoul Greban dans sa Passion a réussi à exprimer admirablement le désespoir sans repentir de Lucifer, le grand damné.

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