‹ Les mystèresChapitre 52 sur 115 · LUCIFER · texte numérisé non relu

LUCIFER

lia, Sathan, Dieu te puist maudire !

Quand est de mes ris et mes chans, .

Hz sont malheureux et meschans.

Ma nohlesse et ma grand beaulté Est tournée en difformité :

Mon chant en lamentacion, Mon ris en desolacion, Ma lumière en ténèbre umbrage.

Ma gloire en douloureuse rage, Ma joie en incurable dueil ; Ne demeure que mon orgueil Qui ne m'est mué, ne changé, Depuis le jour que fîis forgé Lassus au pardurable empire, Sinon que toujours il empire Sans soy diminuer en rien.

La même scène se termine par cette « chanson » que touf les démons a hurlent » ensemble : et dont l'accent respire une singulière poésie :

La dure mort éternelle.

C'est la chançon des dampnés.

Bien nous tient a sa cordelle La dure mort éternelle.

Nous l'avons desservy telle Et a luy sommes donnés ; La dure mort éternelle C'est la chançon des dampnés*.

Tel est le diable tragique ; mais plus souvent le diable est

1. Greban, Passion ; édit. G. Paris, v. 3723-3741, et 3852-3859.

burlesque et ridicule, maltraité et berné par tous, par Dieu, par les hommes, et même par ses camarades. Dans la Passion de Greban, Satan confesse lui-même sa risible impuissance et gémit sur son rôle de battu qui paie l'amende :

Je ne sçay que c'est de mon fait Ne quel deable me contredit.

Je suis le deable plus maudit Qui soit es infernaulx abismes :

Je faulx a tous mes sillogismes ; Pourchasser ne sçay trahison Qui puist venir a meurison ; Je vois, je tourne, je tempeste, Je me romps le groing et la teste.

Et si ne fais chose qui vaille.

Voilà le diable comique. Était-ce aussi pour faire rire les speclateurs qu'on montrait les démons, quand une bataille avait jonché la scène de cadavres, accourant avec des brouettes pour emporter les âmes * ? Les chansons de geste avaient transmis cette tradition au théâtre ; il est probable qu'à l'origine au moins ce spectacle était sérieux. Mais en revanche le public riait franchement de voir les tortures que les démons déconfits s'infligeaient les uns aux autres, lorsqu'ils n'avaient pu décharger leur rage sur les hommes. Quand Satan, Aslaroth et Berich reviennenl tout penauds annoncer aux enfers la résurrection du Christ, Lucifer les fait saisir et donne contre eux des ordres terribles à Cerbère ^ :

Pren moy ces trois mauvais larrons, Puis les traine bas en la cuve, Et la les me plonge et estuve Tout ens au gibet estendus.

Les pies encontremont pendus.

En grant brasier et avivé, Et quant les aras estuvé Tant qu'ilz tressuent de meshaing, Fergalus leur fera ung baing

1. Mystères de saint André , de saint Didier, etc. Voy. t. II.

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