‹ Les mystèresChapitre 65 sur 115 · Id. id., y · texte numérisé non relu

Id. id., y

YÎBillesse, Estât de radesse, - D'impotence et de graiit foiblesse, Tant ay vescu que je suis en tes las :

Ma jeunesse Est morte et me laisse, Et n*attens que la mort me presse Comme homme mort et privé de solas.

Messias, Mon Dieu, quand vendras?

Doulx Crist, quand te verray, helas?

Dieu immortel, tu m*as fait la promesse Que des las De mort matz et las, Ma vie ne termineras Que n*aye veu Grist, ton fils de noblesse !

Un rythme agréable est celui que Rémi Belleau a illustré dans son Avril (Avril, l'honneur et des bois Et des mois) et Victor Hugo dans sa Baigneuse :

Sara, belle d'indolence

Ce même rythme est employé dans la Destruction de Troie^ dans la Passion de Greban, dans le mystère de Saint Didier, dans beaucoup d'autres :

Us ont ma cité ravye

Et saisye En la force de leurs bras ; Ils ont fait grant villanie

Par envye, Et vous ne Tignorez pas.

{Destruction de Troie.)

martir digne de mémoire

Qui en gloire Toute lyesse possessez, Vers vous je demande adjutoire

Méritoire' Pour les maulx que j*ay plus qu'assez.

{Saint Didier.)

Jhesus, or es tu party Et Verty

LE STYLE ET LA VERSIFICATION. i87

Hors de nostre compaig^e; En quel lien n'en quel party

Es sorty Nous ne le congnoissions mie.

Si menons dolente yie

Et ravye En telz lamentadonSy Que par deslealle envye

Qui devye, As souffert telz passions !

(Passion de Greban v. 28630-28641.)

Une des formes de stances qui se rencontrent le plus souvent dans les mystères, c'est celle du triolet. Il paraît que cet arrangement de rimes plaisait fort à l'oreille des spectateurs du temps ; on l'emploie à tout propos : au début, à la fin des pièces ou des journées ; dans les passages plaisants ou dans les passages pathétiques. Dans le mjstère du siège d'Orléans, un guerrier, l'épée haute, somme un ennemi vaincu de se rendre à lui : on est un peu étonné de les voir, dans cette situation tendue, échanger des triolets.

— Je suis content estre entre tes mains, Mes que tu soyes gentilhomme.

— Gentilhomme suis, c'est du mains.

— Je suis content estre entre tes mains«

— Rens toy a moy a toutes fîns Ou morir te feray en somme.

— Je suis content estre en tes mains, Mes que tu soyes gentilhomme.

— Suffort, ren toy. — A qui ? — A moy.

— Qui es tu ? — Guillaume Renault.

— Es tu gentilhomme? — Ouy. -— Je Tcroy.

— Suffort, ren toy. — A qui? — A moy.

— Es tu chevalier? — Nenny; pourquoy?

— Faire le te vueil, qu'i le fault.

— Suffort, ren toy ! — A qui ? — A moy.

— Qui es tu? — Guillaume Renault.

Voici un triolet qui termine la première journée du mystère de la Nativité, joué à Rouen eu 1474.

i88 LES MYSTÈRES.

Soigneurs, et toute l'assemblée, Nous vous mercions humblement.

Cy fmons pour ceste journée.

Seigneurs, et toute rassemblée.

Demain sera a tin menée La matière parfaictement.

Seigneurs et toute l'assemblée Nous vous mercions humblement.

Voici un Iriolet pathétique et touchant dans le Sacrifice (ï Abraham. Ainsi employé pour noter et indiquer un passage où rémotion est au comble, le triolet jouait à peu près le rôle du trémolo dans le mélodrame moderne :

— Adieu, mon filz. — Adieu, mon père.

Bendé suys. De bref je mourray, Plus ne voy la lumière clere.

— Adieu, mon fils. — Adieu, mon père, Recommandés moy a ma mère.

Jamais je ne la reverray.

— Adieu, mon fiU. — Adieu, mon père.

Bendé suys. De bref je mourray.

On trouve des triolets jusque dans la prophétie d'Isaïe, qui dit en parlant du Messie :

Lcsquelz sont ceulx qui n'ont affection De le servir ? car tous y sont tenus ; Considéré sa grant perfection, Lesquelz sont ceulx qui n'ont affection Qu'il viegne tost, sans grant dilacion, Pour resjouyr les grans et les menus ?

Lesquelz sont ceulx qui n'ont affection De le servir? car tous y sont tenus.

On usait même du triolet double, strophe de seize vers, construite sur deux rimes :

Seigneurs de notable prudence

Ou est le lieu de grâce plain

Ou le roi des Juifz haultain

Qui est né, fait sa résidence.

— Nous querons estre en sa présence

Pour aourer ce souverain.

Seigneurs de notable prudence, Ou est le lieu de grâce plain?

— Son estelle de grand puissance Avons choisie pour certain

En orient, dont en soubdain Venons veoir sa magnificence.

— Seigneurs de notable prudence Ou est le lieu de grâce plain

Ou le roy des Juifz haultain, Qui est né, fait sa résidence * .

Il y a aussi des triolets de onze vers : le cinquième et le huitième répètent le premier; le dixième et le onzième répètent le deuxième et le troisième ^

Une strophe très fréquemment employée est Toctave cowh truite sur trois rimes, qu'on dispose de cette façon : a, 6, a, 6, 6, Cybj c :

Quel honneur pouoit-il plus faire

A ta povre fragilité ?

Dont la pouoit il plus parfaire

Que d'en vestir sa deité?

beneuree humanité !

Ta grant loange cent pars sonne

Quand de la haulle trinité

Cueuvres la seconde parsonne '.

On trouve fréquemment des ballades dans les mystères; elles sont composées selon la forme traditionnelle, et même le couplet d'envoi commence toujours par le mot jPnnce; mais on l'amène comme on veut, et ce mot ne s'adresse pas toujours à un prince réel ou imaginaire. Il est quelquefois amené tout autrement. Ainsi dans la ballade qui est au commencement de l'histoire de Suzanne, Joachim, qui parle, di au premier vers de l'envoi :

Prince je suys pour la loi augmenter*.

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