CHAPITRE IX
La plupart des mystères sont anonymes, comme tant d*autres œuvres du moyen âge. Aussi avons-nous pensé qu*il pourrait ôtre utile de réunir ici les renseignements rares et incomplets que nous possédons sur un fort petit nombre d*auteurs de mystères. Quelque lumière pourra naître du rapprochement de ces noms pour la plupart obscurs, même en leur temps, ou qui le sont vite devenus, après avoir jeté quelque éclat.
Les poètes qui sont l'objet de ces courtes notices sont au nombre de dix-huit. Nous les avons rangés à peu près selon Tordre chronologique; mais il n'est presque aucun d'entre eux dont on puisse dater la naissance et la mort avec certitude.
EusTACiiE Mercadé, auteur de la Passion et la Vengeance de Jésus-Christy mystère conservé en manuscrit à la bibliothèque d'Arras S vivait au commencement du xv^ siècle. Il était, en 1414, officiai de l'abbaye de Corbie^ et fut plus tard prieur de l'abbaye de Ham. D'après un document récemment mis au jour, il aurait perdu sa charge d'official dès 1427, mais il aurait été remis en possession en 1437, par une sentence du Châtelet que le Parlement confirma le 2 mai 1439 K
1. Voy. t. II, Analyses, xv^ siècle. La Vengeance seule est sûrement de lui.
2. Voy. Mémoires des Antiquaires de Picardie, t. VIlI ; Compendium regalis abbatiœ Corbeiensis. — Bulleti)î du comité des monuments écrits, t. I, p. 203; t. II, p. 5, 69 et 74; t. III, p. 165, 194, 197. — Bulletin du comité historique des arts et monuments, t. III, p. 194 et 197.
3. Voy. bibliothèque de l'École des chartes, série E, t. I, p. 426 : Recherches sur Vancienne bibliotlièque de Corbie, par L. Delisle. — Rouleaux des Morts, par L. Delisle; Paris, 1866, p. 476.
M. Vallet dô Viriville cite un passage du Champion des dames, où Martin Franc, ou le Franc, qui écrivait au milieu du XV' siècle, cite Mercadé parmi les ^ rhétoriciens » alors célèbres*. Dans le mystère qui est son œuvre, l'auteur est ainsi désigné au verso de l'avant-dernier feuillet :
C'est la vengance Jhesucrist,
Laquelle composa et fist " Ung clerc moult bien recommandé ;
S'eult dampt Ustasse Marcadé
A nom ; et docteur en deci'et < Moult sage Ait, et moult discret ;
Bachelier en théologie,
Et officiai de Gorbie
En son temps, et sans nés I blasme*
Penser. Priez Dieu pour son ame.
Jacques Millet % auteur de V Histoire de la destruction de Troie la grande, par personnages, était né, vers 1425, d'une [famille qui appartenait à la bonne bourgeoisie parisienne. Déjà maître es arts de l'Université de Paris, il étudiait « ès-lois » auprès de la célèbre Facullé d'Orléans, lorsqu'il commença (le 2 septembre 1450) son grand ouvrage : il l'eut achevé au bout de deux ans. Le grand nombre des manuscrits qui nous sont parvenus de la Destruction de Troie par personnages ^tie^ie le succès qu^obtiût Jacques Millet. Les poètes de la fin du siècle, et encore ceux du commencement du seizième, Octavien de Saint-Gelais, Gretin, Robertet, le nomment avec honneur. Jean Bouchot, dans son Temple de bonne renommée, le place à côté des Greban, auteurs alors illustres de la Passion et des Actes des Apôtres. Jacques Millet mourut jeune encore, en 1466, à Paris, où sans doute il était né. M. Tivier* a voulu lui attribuer le mystère du Siège d'Or^ léans, mais cette hypothèse ne repose sur aucune preuve. On
1. Bibliothèque de l'École des chartes, Notice étun mystère par persannages,eic., par M. Vallet de Viriville (série A, t. V, p. 57-58).