Étude sur le mystère du siège d^Ortéans, p. iSO
ignore d'ailleurs à qui Ton doit ce mystère. Mais les deux auteurs ayant vécu dans le même temps et dans la même ville, il n'est pas surprenant que l'on puisse établir d'assez nombreux rapprochements de détail entre les deux ouvrages. Tant de témoignages attribuent à Jacques Millet la Destruction de TroiSy qu'on ne s'expliquerait pas comment il ne s'en trouverait pas un seul pour nous le désigner comme auteur du Siège d'Orléans.
La Monnoye, dans ses notes sur la Bibliothèque delà Croix du Maine, cite l'épitaphe qu'Octavien de Saint-Gelais (au IIP livre de son Séjour d' honneur) ^ consacre à Jean Millet :
Près de lui (Alain Ghartier) vis maitre Jacques Milet,
Qui mit en vers l'histoire Dardanide,
Cil a Paris or enseveli est,
A mort n'i a ressource ne remide,
Savoir n'i peut, armes n'i font aide.
A tous vivans convient passer le pas.
Helas! mon Dieu! je ne pensasse pas,
Que gens si clercs, au moins en si jeune âge,
Fussent vaincus par mort, dont c'est dommage.
Robertet, poète contemporain de Louis Xll, nous a laissé aussi une sorte d'épitaphe de Jacques Millet, sous ce titre : Complaincte faite par maistre A lain Charretier de la mort de maistre Jacques Millet. La fiction n'est pas heureuse, car Alain Ghartier était mort au moins trois ans avant Jacques Millet. Dans les vers de Robertet, Calliope interpelle ainsi la Mort, qui a osé frapper Jacques Millet :
Faulse mort, qui tous maux octroyé, Tu as bien serrée la bouche Qui la Destruction de Troye Mit jadis en si haute couche, Et si bien les histoires touche, Sans riens laisser qui soit de choix.
Que riens a cest œuvre n'attouche, Au moins pour langage françois.
La suite du morceau nous apprend que Jacques Millet avait
composé (en vers latins) Tépitaphe d'Agnès Sorel, gravée à Loches sur le tombeau de la Dame de Beauté*,
Des deux Greban (Arnoul et Simon) Ton sait fort peu de chose ^ Tous deux naquirent au Mans, quoiqu'on les ait dits souvent natifs de Compiègne. Mais C4lément Marot, dans une épigramme à Salel, en nommant treize poètes et leurs lieux de naissance, écrit ce vers, dont le sens est rendu parfaitement clair par ceux qui précèdent et par ceux qui suivent :
Les deux Grebans ont le Mans honoré 3.
Dans les Œuvres poétiques de Jacques Peletiery imprimées à Paris en 4547, Joachim du Bellay, adressant à l'auteur un dizain élogieux, s'exprime ainsi :
Cesse le Mans, cesse de prendre gloire En tes Grebans, ces deux divins esprits *.
Enfin Et, Pasquier, dans ses Recherches, appelle les Greban « frères nés de la ville du Mans » .
Il est vrai qu'on lit au folio 126 du Cuer de Philosophie (ouvrage du xiv*' siècle imprimé au commencement du xvi% par AnUioine Verard) les lignes suivantes : « Gy fine l'ordonnement du monde, et commence l'ordonnement du compost et du kalendier, et les noms de ceulx qui le firent, si comme maistre Symon de Gompiengne, qui fut moine de saint Richier en Ponthieu, lequel le translata de latin en françois, selon maistre Aignan^ » La Groix du Maine (quoique Manceau), s'appuya sur ce témoignage pour placer à Compiègne la naissance des Greban (dans la Bibliothèque française, publiée en 4584), et cette hypothèse hasardeuse a été adoptée aveuglément par M. Hauréau, M. Sorel, D. Piolin et tous les diction-
i. Vallet de Viriville, dans la Nouvelle Biographie générale^ eiHicle Milet (Jacques).
2. Voy. Notice biographique et littéraire sur Arnoul et Simon Greban, par Alex. Sorel, dans Bulletin de la Société historique de Compiègne, t. II. — Voy. Passion de Greban, éditée par G. Paris, Introduction.