Enéide, vni, v. 112 et suiv
2. Bibl. nat., fonds atin, n© 1152. Voir Léopold Delisle dans Biblioth. deVÉcole des Chartes, 1873, t. XXXIV, p. 637. L'écriture est du xi^ siècle.
guide; nous ayons préparé des présents, et nous avons h&te de Fa-
dorer.
Les Messagers au Roi : Ce sont des mages qui , conduits par une étoile, cherchent le Roi des Rois qui vient de naître.
Ce fragment se retrouve mol pour mol dans la rédaction de Saint-Benoît sur Loire. Il n'est donc pas inédit, comme on l'avait cru; mais il montre l'ancienneté d'une partie au rnoins des textes dramatiques du manuscrit de Saint-Benoît, puisque ce fragmentne paraîtpas, par l'écriture, postérieurau xi* siècle. Cependant les drames de Saint-Benoît semblent les plus récents parmi nos drames liturgiques. Mais sans doute ils renferment des morceaux très anciens dans une rédaction rajeunie.
Entre les autres épisodes de Thistoire évangélique, deux surtout furent souvent l'objet des représentations liturgiques; l'Annonciation, et la Résurrection de Lazare *.
Un drame liturgique des plus anciens, c'est probablement le très court Mystère de l'Annonciation publié par Coussemaker ^ Il se borne à un dialogue fort simple et tout en prose entre Marie et l'Ange; et ce dialogue reproduit presque littéralement le récit de saint Luc.
Ce petit drame se jouait encore à Cividale au xiv' siècle, non pas dans l'église, mais sur la place publique pendant la procession, comme nous l'apprend la rubrique finale : «Ceciachevé, que les choristes entonnent : Te Deum laudamus, jusqu'à l'église.» Dans le même manuscrit, on lit ailleurs ' : « A la fête de TAnnonciation de la bienheureuse Vierge, on fait la procession sur la place publique (forum) en chantant le répons
1. D'autres faits évangéliques furent certainement joués dans les églises, quelques-uns même à une époque relativement très récente. Le roi René aval institué à Angers, dans Féglise Saint-Maurice, une fête commémorative du miracle deCana; elle se célébrait autour d'une urne prétendue de Cana, donnée par lui à cette église.
â. Drames liturgiques^ n** XIX, p. 280. Il est tiré d*un processionnal du xive siècle, appartenant aux archives capitulaires de Cividale (processionnal G).
3. Processionnal G, page 10. Ajoutons, d'après Goussemaker, qu'une rubrique presque semblable se lit dans le processionnal A (page 9) appartenant à la même église. Les mots cu^ ludo sont remplacés par ceux-ci : « On représente Tannonciation de l'Ange à Marie. »
Gaudej Virgo Maria, etc.. Puis on chante l'Évangile, et (on représente) le jeu (cantatur evangelium cum ludo). Le jeu fini, on retourne à l'église en chantant Te Deum, >
A la suite de l'Annonciation, le manuscrit renferme un colloque entre Elisabeth et Marie que Coussemaker réunit au drame précédent, mais qui paraît beaucoup moins ancien *.
On ne peut mettre en doute que l'Annonciation ait été représentée dans des églises avec un appareil plus compliqué. Dans un inventaire de la cathédrale de Noyon ', la Fons de Mélicocq a trouvé la mention « d'une petite faille de satin de Bruse bleu, avec le surplis, la perruque et le soleil servapt à la représentation du Mystère de l'Annonciation >. Il n'est pas probable que le drame ne se fût pas un peu développé en même temps que la mise en scène.
Un drame de l'Annonciation était représenté périodiquement dans la cathédrale de Tournay. Un chanoine de cette ville, du nom de Gottrell, avait même institué une fondation à cet effet. La représentation était intercalée' dans la messe du our, appelée messe d'or (mi^sa aurea). La mise en scène était pompeuse et compliquée ^
Le seul miracle de Jésus * qui paraisse avoir été représenté ans les églises est la résurrection de Lazare.
Nous possédons deux drames sur la résurrection de Lazare : ni l'un ni l'autre ne sont purement liturgiques. Sans doute, ils ne s'écartent pas gravement de l'esprit évangélique; mais ce sont des œuvres originales où la libre inspiration des auteurs s'est donné carrière et a innové sans scrupule. Non
1. Magnin {Journal des Savants y août 1861) fait observer que la fête de la Visitation fut célébrée pour la première fois en 126i par les Franciscains à Pise.
2. La Fons Mélicocq, Annales archéologiques ^ t. Vf II, p. 161.
3. Voy. Coussemaker, Drames liturgiques j p. 345. — Annales archéologiques, t. XVII, p. 167. Cette représenlation avait encore lieu au xvi® siècle. D'autres fêtes de la Vierge étaient célébrées par des représentations liturgiques. L'office de la Présentation de Philippe de Maizières (Bibl. nat., Latin, 17330. Fo» 18 r©- 24 ro), contient une figuration du Mystère, intéressante à cause des détails qu'elle fournit sur la mise en scène liturgique.
4. Voy. p. 53 la note sur les représentations probables du miracle de Gana données à Angers.
seulement ils sont entièrement écrits en vers , mais dans l'un des deux, la langue vulgaire se mêle au latin, comme dans le drame de l'Époux.
Le premier * est tiré du manuscrit de Saint-Benoît-sur-Loire.
Au début du drame, Jésus s'avance entouré de ses disciples qui chantent en chœur une antienne. Simon Tinvile à entrer dans sa maison. Magdeleine parfume les pieds du Sauveur et obtient le pardon de ses péchés. Puis les personnages se dispersent : on voit Lazare tomber malade ; Marthe et Magdeleine envoient des messagers à Jésus pour qu'il vienne et sauve leur frère. Jésus tarde à venir, et Lazare meurt. Ses sœurs se lamentent; les Juifs essayent vainement de les consoler. Jésus arrive enfin ; les deux femmes le supplient à genoux de ressusciter le mort. Jésus entre dans le sépulcre; on voit Lazare en sortir; il parle aux assistants émerveillés. Tous entonnent le Te Deum, Cette pièce est assez pathétique; mais uoiquement composée de 51 strophes de six vers (deux vers de dix syllabes étant régulièrement suivis d'un vers de quatre), elle est un peu languissante; cependant les allées et venues de tant de personnages supposent une scène assez vaste. Les disciples de Jésus chantaient une séquence pascale; ce qui donne à penser qu'on jouait la pièce aux fêtes de Pâques.
Le second drame de la résurrection de Lazare est l'œuvre d'Hilarius, cet ingénieux disciple d'Abailard, auteur du Daniel analysé plus haut',
La pièce est intitulée : Suscitatio Lazari. Le titre est suivi de cette rubrique : « Pour jouer ce jeu voici les personnages qui sont nécessaires : les personnages de Lazare, des deux sœurs, des quatre Juifs, de Jésus-Christ, des douze apôtres, ou de six au moins. Au commencement Lazare est malade; ses deux sœurs Marie et Marthe avec quatre Juifs arriveront en
1. Publié par Monmerqué, Wright, Ed. du Méril (Origines^ p. 213) et Coussemaker (Drames liturgiques ^ no XIV, p. 221. (Sur le manuscrit de Saint-Benoît, voy. page 48.
2. V. p. 39. Publié par Champollion-Figeac , Hilarii versus et ludi. Paris, 1838, in-8. Le drame de La%are a été publié de nouveau par Ed. du Méril (Orig. lat., p. 225).
s'afQigeant fort, et, s'asseyant près du lit, chanteront ce vers, » etc.
Toutes les indications de mise en scène sont ainsi énoncées avec une grande exactitude. Certains morceaux étaient dits, d'autres chantés. Le latin est mêlé de français dans le chant de Marie à Jésus :
Ex culpa veteri , Damnantur posteri Mortales fieri :
Hor ai dolor, Hor est mis frère morz, Por que gei plor.
Il y a quatre couplets, tous terminés par le même refrain français.
A son tour, Marthe chante :
Mors exsecrabilis!
Mors detestabilisî Mors mihi flebilis !
Lase! chativet Des que mis frère est morz, Por que sue vive?
Suit un entretien de Jésus avec ses disciples. Ensuite Marthe, s'adressant au Sauveur, lui dit :
Si venisses primitus,
Dol en ai, Non esset hic gemitus.
Bais frère j perdu vos ai, Quod in vivum poteras,
Dol en ai Hoc defuncto conféras, Bais frère, perdu vos ai, Petis patrem quid libet,
Dol en ai, Statim pater exibet, Bais frère, perdu vos ai.
Jésus adresse aux deux sœurs quelques paroles de consolalion, puis se dirige vers le tombeau el ressuscite Lazare.
Il n'est guère possible de douter que cette Résurrection de Lazare^ njalgré ce mélange à demi profane du texte évangélique avec des stances de fantaisie, ait été représentée dans l'église, et même intercalée dans les ofûces réguliers.
En effet, le Lazare, comme le Daniel du même auteur, se termine ainsi : A la fin, si on a joué aux matines, que Lazare entonne : Te Deum ; si aux vêpres : Magnificat *. >
Quant aux mots de la langue vulgaire insérés dans le texte latin, le vrai motif de cette bigarrure d'idiome nous échappe autant dans le Lazare que dans V Époux ou Daniel, Quelques mots de français dans un drame de deux cents vers pouvaientils suffire à le rendre beaucoup plus intelligible au peuple? On remarquera que le français est placé exclusivement ici dans la bouche des deux femmes. Mais on ne peut pour cela s'imaginer que le poète à dessein leur fasse parler la langue vulgaire en réservant le latin auxhomnjes, puisque les femmes elles-mêmes parlent latin en d'autres passages. . Les scènes douloureuses de la Passion n'étaient pas d'ordinaire l'objet des représentations liturgiques». Nous verrons plus tard comment la poésie dramatique hésita longtemps avant d'oser traiter ce sujet de la mort du Christ. A ce titre, il faut signaler comme très curieux le petit drame latin intitulé par M. de Coussemaker P/ancfits Mariœ et aliorum, sorte de Stabat dialogué à cinq personnages : la Vierge, les trois Maries, saint Jean. Il intéresse aussi par une didascalie très minutieuse et
1. Voy. Sur ces expressions, p. 39, note 1. — La Résurrection de Latare d'Hilarius renferme cent quatre-vingt dix vers, rimant entre eux deux par deux , ou quatre par quatre. La plupart des vers sont de six, sept ou huit syllabes; mais le rythme varie sans cesse, ainsi que la mesure des stances, fort nom~ breuses dans ce drame plus qu*à demi lyrique.
M. Marins Sepet a publié une imitation en vers français de l'œuvre d'Hilarius dans V Union du 13 avril 1873, sous ce litre : La Résurrection de Lazare^ mystère semi-liturgique de Pâques, au xii® siècle, d*après Hilaire, disciple d*Abailard.
2. Magnin (Journal général de V instruction publique^ 1835) cite un Mystère de la Passion et de la Résurrection, joué à Padoue en 1243. « Hoc anno in festo pascha, facta est representatio Passionis et Resurrectionis Christi solemniter et ordinale in prato vallis. »
très développée *. Il appartient à une époque relativement récente, probablement au xiii* siècle.
Le dialogue est ainsi intitulé : Hic incipit planctm Mariœ et alionim in die Parasceve. Sans doute on le jouait le vendredi saint. Il est suivi dans le même manuscrit d'un drame du Sépulcre et d'un drame de la Résurrection, ce qui vient à l'appui de cette hypothèse*.
Cette pièce est toute en vers rimes, de longueur fort inégale, et disposés par strophes, inégales aussi. C'est Magdeleine qui commence ainsi :
fratres
Et sorores Ubi est spes mea?
Ubi consolatio mea?
Ubi tota salus, o magister mi ?
1 . No XX du recueil de Coussetnaker. Provient (comme un Mystère de VAn^ nonciation dont nous avons parlé ci-dessus, et comme deux autres Mystères du Sépulcre et de la Résurrection) des archives capitulaires de la cathédrale de Cividale. Il est renfermé dans le processionnal A. Muratori signale ces trois pièces {Antiquitates Italicœ medii œvt , t. Il, Dissertatio XIX, de SpectacuUs et ludis pubîicis). Elles furent, selon lui, représentées en 1298 et en 1304 dans le palais du patriarche d*Aquilée, en môme temps que plusieurs autres pièces qui semblent perdues et qui formaient un cycle entier d'histoire sacrée (La création d'Adam et d'Eve. La Passion, la Résurrection, l'Ascension de Jésus- Christ. La descente de l'Ësprit-Saint. La venue de l'Antéchrist. Le jugement dernier). Voy. sur ces drames la Revue de musique religieuse y t. IV, p. 77. Du Cangc dit au mot LudusChristi: « Actio Christi sccnice expressa. » Chron. Forojul. in append. ad monum. eccl. Aquilej., p. 28, col. 1 : « De repraesentatione ludi Christi. Anno Domini 1298, die 7 exeunte maio, videlicet in die Pentecostes et in aliis s'equentibus duobus diebus, facta fuit representatio ludi Christi, videlicet Passionis, Resurrectionis, Ascensionis, adventus Spiritus Sancti et adventus Christi ad judicium, in curia domini palriarchae Austriœ civitatis honorificeetlaudabiiiter per clerum civitatensem.» — Ibid., p. 30 col. 1 : «De reprœsentatione Passionis Christi et ludi Dei, ut ita dicam. Anno Domini 1304, facta fuit per clerum sive per capitulum civitatensc repraesentatio, sive factœ fuerunt reprœsentationes infrascriptae. In primis de creatione primorum parentum, deinde de annuntiatione beatoe virginis, de partu et aliis multis. Sequentur eœdem quœ supra quibus additur et de antechristo et aliis. »
2. Coussemaker cite (Drames liturgiques, p. 346) deux complaintes analogues, mélangées de latin et d'allemand, qui se trouvent dans deux manuscrits du xve siècle, à la bibliothèque de Trêves, et à celle de Wolfenbuttel ; Tune intitulée, comme la nôtre : Hic incipit planctus Mariœ virginis; l'autre : Hic incipit ludus Passionis Domini nostriJesu Christi. Elles ont été publiées, l'une par Hoffmann von Fallersleben, l'autre par Schônemann.
Marie Majeure, c'est-à-dire la Vierge, continue :
dolor !
Proh dolor!
Ergo quare Fili chare Pendes ifa Gum sis Tita Manens ante secula?
c frères et sœurs, où est mon espérance? Où ma consolation? Où est tout mon salut, ô mon maître? — douleur! ô douleur! Donc, pourquoi, fils chéri, pends-tu ainsi (à la croix), toi qui es la vie subsistante avant tous les siècles ? »
Plus loin, la rime fait souvent défaut. On remarquera des allitérations fréquentes :
Munda caro, Mundo chara, Gur in crucis Ares ara?
Ailleurs :
Caro quae peccato cares.
Chair pure, au monde chère, pourquoi te dessèches-tu sur Tautel de la croix? — Chair exempte de péché. »
Presque tous les vers sont accompagnés d'une rubrique indiquant à l'acteur le geste qu'il doit faire : ainsi les dix premiers vers, cités plus haut, sont annotés de cette façon : « Que Magdeleine se tourne vers les hommes, les bras étendus; qu'elle se tourne vers les femmes; qu'elle frappe sa poitrine; qu'elle lève les mains; qu'elle incline la tête et se prosterne aux pieds du Christ. Que Marie frappe ses mains; qu'elle ouvre les mains et montre le Christ; qu'elle frappe sa poitrine, etc. » Plus loin^ la vierge embrasse étroitement Madeleine {ad collum cum duobus brachiis) ; elle embrasse aussi saint Jean. A l'exagération de la mimique, on reconnaît des acteurs et un public italiens.
Cette complainte est, à bien dire, un fragment de Passion dramatique. Même la Passion tout entière a été jouée en latin au moyen âge*. Ed. du Méril a publié une Passion latine, d'après un manuscrit du xiir siècle conservé à la bibliothèque de Munich*. Celle œuvre est si exclusivement allemande, qu'elle ne doit pas nous arrêter dans cette histoire du théâtre en France. Elle est à moitié écrite en allemand, à moitié en latin ; les vers s'y entremêlent avec la prose. Il s'y trouve des passages grossièrement hardis dans le rôle de Maj^deleine, laquelle est dépeinte comme une véritable courtisane. Cependant on voyait, dans la même pièce, Jésus célébrer la cène au milieu de ses disciples.
Le même éditeur, Ed. du Méril % a publié dans ses Origines latines du théâtre moderne une Passionlrès incomplète (on n'a que les rubriques et les premiers mots de chaque réplique), qui passe pour avoir été représentée à Francfort par des écoliers, vers la fin du xv* siècle. Elle est mêlée de latin et d'allemand ; mais ce qui est fort curieux, les paroles latines sont le plus souvent traduites et répétées aussitôt en langue vulgaire. Évidemment le latin liturgique avait absolument cessé d'être compris du peuple, et n'étant pas compris, il n'était plus goûté. Il n'existe aucun monument plus frappant de la période de transition du drame liturgique et latin au mystère profane et vulgaire.
De tous les sujets traités dans les drames liturgiques, laRésuriection du Christ fut incomparablement le plus souvent mis en œuvre. Nous en possédons des rédactions fort nombreuses: le seul recueil de Ed. du Mcril en contient neuf, et celui de Coussemaker en renferme six*. Beaucoup d'autres ont été publiées ailleurs ou sont encore inédites.
Nous allons essayer de donner une idée exacte de la façon dont ce sujet fut conçu et représenté, en traduisant l'un de ces
1. Vov. ci-dessus, note 1 , p. 58. Mais les pièces d*Aquilée étaient-elles en latin?