‹ Les mystèresChapitre 85 sur 115 · Voy. Jal, Dictionnaire criiiquey 2" édit., p · texte numérisé non relu

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parler de Gringore. Il était devenu, sous le nom de Vaudemont, héraut d'armes du duc de Lorraine.

Dans une autre partie de cet ouvrage, Gringore nous occupera comme < Mère sotte », c'est-à-dire dignitaire de la compagnie des « Sots », et comme auteur d'une sottie politique très intéressante. Ici nous devons seulement rappeler que ce souple talent composa pour la confrérie des maçons et charpentiers de Paris un long mystère de Saint Louisy en neuf livres. A quelle époque fut écrit cet ouvrage? M. Picot*, après M. Lepage*, le rapporte aux dernières années de la vie de Gringore et au temps de son séjour en Lorraine. M. Picot n'hésite pas à lui attribuer la date de 1527, à cause de certaines allusions à des événements du temps, qu'il croit relever surtout dans le rôle de l'empereur : « Le second livre (lisez le troisième), sinon le mystère entier, a dû être écrit au moment où les troupes du connétable de Bourbon venaient d'entrer dans Rome. » La représentation du mystère de Saint Louis devait avoir lieu à la fête du saint, qui était celle de la corporation instituée sous son nom ; le troisième livre aurait donc été joué le 25 août 1527.

Ces hypothèses sont ingénieuses, mais nous avouerons qu'elles ne nous ont pas tout à fait convaincu. Il n'est guère possible d'admettre, sans preuves explicites et formelles, que Gringore ait conïposé à plusieurs reprises pour des gens de Paris un ouvrage d'aussi longue haleine, alors qu'il vivait en Lorraine, livré presque exclusivement, à ce qu'il semble, à la poésie religieuse, pour faire sa cour au duc son patron et pour racheter les légèretés de quelques écrits de jeunesse. Il semble vraiment plus naturel de supposer que Gringore écrivit son Saint Louis pendant qu'il vivait à Paris, alors que d'autres succès dramatiques le mettaient fort en vue et qu'il était périodiquement chargé de fournir des mystères aux entrées des rois et des grands dans la capitale. S'il faut tenir compte

1. Pierre Gringore et les comédiens italiens, par Emile Picot. Paris, Morgand et Fatout, 1878, in-8, 30 p.

2. H. Lepage, Etudes sur le théâtre en Lorraine, dans Mémoires de la So^ ciété royale de Nancy, année 1848. Voy. Chassang, larbuch fur Romanische Lir teratur^ Berlin, 1861, in-8, p. 297.

des allusions qu'on croit relever dans cette œuvre, malgré la grande incertitude qu'offre toujours ce procédé, nous ferons observer que le troisième livre nous montre le roi de France en guerre avec l'empereur et semble en effet destiné à surexciter contre celui-ci le sentiment national. Or, en 1527, François P' était en paix avec Charles-Quint; le traité de Madrid ne fut ouvertement déchiré que le 22 janvier 1528. Au contraire, en 1513, Louis XII était en guerre contre Maxim ilien, Henri VIII, Ferdinand d'Aragon; le territoire était menacé ou envahi de plusieurs côtés. Les traits patriotiques ou belliqueux du mystère de Saint Louis s'appliqueraient fort bien à cette date ; et l'homonymie du roi régnant, protecteur déclaré de Gringore, avec le roi que célébrait la pièce, prêtait aussi matière à des allusions flatteuses et délicates. Ajoutons que Louis IX, dans le mystère, est toujours soutenu, même contre les nobles, par le <( Populaire », etl'on sait que Louis XII aussi trouva dans ses sujets du tiers état un dévouement et une affection dont son successeur n'hérita point. Plusieurs passages du mystère de Saint Louis auraient pu paraître en 1527 une satire de François P% lequel ne l'eût pas soufferte.

— Claude Doleson ou d'Oleson, religieux du couvent des frères prêcheurs de Saint- Laurent, auPuy, vivait dans le premier tiers du xvi® siècle. Il est l'auteur d'un mystère aussi long que médiocrement versifié, intitulé : VAdvénement, Dédicace et Fundation du dévot et singulier oratoire de Notre- Dame du Puy d^AniSy etc. Son œuvre fut représentée au Puy, à ce qu'on croit, en 1518. On ne sait rien de plus de l'auteur.

— LoYS ChoquetS à qui du Verdier attribue à tort l'œuvre des Greban, les Actes des Apôtres^ est seulement l'auteur de V Apocalypse de Saint Jean^ mystère joué avec les Actes à Paris en 1541, et imprimé à la suite de l'édition in-folio de ces mêmes Actes donnée par Arnoul et Charles les Angelier3. Il

i. Loys Choquet est nommé dans la Louange des bons facteurs publiée par Pierre Grognet; Paris, 1533. (Voy. Bibl. elzévirienne, Ane, poésies françaises, t. VU, p. 1.)

parait qu'il était prêtre. On ne sait rien de lui, d'ailleurs, sinon qu'il vivait en 1538 à Pont-Saint-Maxence^ et qu'il fut appelé cette année-là à Compiègne pour composer un mystère qu'on y représenta^ a à l'honneur et louange de la reine de Hongrie ». Il était associé au Puy d'Amiens ^

— Parmi les auteurs de mystères, il faut nommer la reine de Navarre, Marguerite d'Ângouléme. Ce n'est pas ici le lieu de raconter la vie d'une princesse qui a joué un si grand rôle dans notre histoire politique, en même temps qu'elle tient une place honorable dans notre histoire littéraire. Qu'il nous suffise de rappeler ce que lui doit le théâtre français. Marguerite de Yalois-Angoulème naquit le 12 avril 1493; elle épousa en 1509 le duc d'Alençon; veuve en 1535, elle se remaria en 1527 avec Henri d'Albret, roi de Navarre. Elle mourut au château d'0dos-en-6igorre, le 21 décembre 1549, au lendemain de l'arrêt du Parlement qui condamnait les théâtres religieux, à la veille des tentatives dramatiques de Jodelle. On sait son goûtpourlespoètes,les savants, les novateurs; la protection dont elle s'efforça constamment de les couvrir, au risque de susciter contre elle-même des haines furieuses. C'est ainsi qu'en 1533, elle fut jouée publiquement comme une « f\irie d'enfer » par les professeurs et écoliers du collège de Navarre ^ Il fallut l'intervention du roi pour que les acteurs fussent punis.

Les ouvrages dramatiques de la Reine renfermés dans le recueil intitulé : Marguerites de la Marguerite des prin^ cesses*, sont les suivants :

1* Quatre « comédies» qui sont des pièces sacrées tout à fait dans le genre des mystères : la Nativité de Jésus-Christj VA" doration des trois RoiSy les Innocents, le Désert,

2° Les quatre Dames et les quatre Gentilshommes, sorte de

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