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3. Le fait a été mis en doute ; mais il est affirmé par des témoignagnes contemporains. On peut douter cependant qu'il ait eu lieu au collège de Navarre.

4. Édité en 1547 par un valet de chambre de la reine de Navarre, Jean (ou Jacques ou Simon) de la Haye, souvent désigné sous la forme latinisée de sor nom : Sylvius. Sur les représentations de ces pièces, voy. t. II, Représentations

moralité dont le caractère dramatique est assez douteux. Les huit personnages expriment leurs inquiétudes amoureuses dans huit élégies du même rythme.

3** Les deuxFilles, les deux Mariées, la Vieille, le Vieillard et les quatre Hommes, comédie.

4° Farce de Trop, Prou, Peu, Moins.

Mais les poésies de la Reine n'ont pas toutes été recueillies dans le recueil des Marguerites. La Bibliothèque nationale en possède d'autres en partie inédites, renfermées dans un beau manuscrit que Jehan Frotté, Tun des secrétaires de la Reine, écrivit par son ordre. On y remarque deux farces, l'une à six personnages, Tautre à quatre; toutes deux publiées par M, Leroux de Lincy avec YHeptaméron de la reine de Na-

varre*.

— Un peu avant la mort de la reine de Navarre, Nicolas LoupvENT, qui se qualifie en latin Nicolaus Lupentius, fit jouer à Saint- Mihiel, en Lorraine, le « mystère et jeu de Monsieur Saint Estienne pape et martir, patron de la noble ville de Saint-Mihiel ^ ». Il était prieur de la célèbre abbaye de bénédictins établie en cette ville sous le même vocable. Il avait voyagé; il vit la Terre sainte en 1531 ; il visita Rome en 1550; il avait écrit une relation de ses voyages. Son mystère, daté de 1548 dans le manuscrit, fut représenté, croit-on, la même année à Saint-Mihiel. On a supposé que la représentation avait pu servir à solenniser les grands jours tenus cette année-là dans cette ville.

— Nous savons seulement le nom de Eloy du Mont. « dict Costentin, » ^valet de chambre de François V% auteur d'une Résurrection abrégée qui contient environ quatre mille vers.

i. T. I, p. 23!2. M. Louis Lacour a publié deux Farces inédites attribuées à la reine Marguerite; Paris, 1856, broch. iii-8. Ces deux pièces sont traduites des dialogues d'Érasme, ce que l'éditeur a négligé de dire. Klles ne furent jamais destinées à la représentation. £lle8 ne sont pas l'œuvre de la reine Marguerite. La Fille abhorrant Mariaige se trouve dans les œuvres de Marot (voy. édition Jannet, t. IV, p. 22) sous ce titre : Colloque de la Vierge méprisant Mariage,

2. Voy. V Histoire de V abbaye et de la ville de SamNHihiel, par Delisle, 1758^ in-4. — . Voy. Analyses^ t. Il, xvi« siècle.

Il la dédia au roi par une curieuse épitre qu'on lit en tête du mystère :

Nuncupatoire epistre au grand Françoys Roy treschrestien, monarque des Françoys, Par Costentin, humble et petit valait Du dict grand Roy, si povoit et valait.

Il se justifie par un jeu de mots assez plat de composer en français plutôt qu'en latin :

voyant que le françoys

Trop mieulx aymé est pour le temps qui court Que le latin aulx qui hantent la court.

Il semble dire que le mystère fut joué devant François P' :

Comme chrestien en mon esprit je tien (Sire) que vous qui n'estez pas chrestien Tant seulement, mais treschrestien, prendrez Iceluy œuvre, et ne me reprendrez D'avoir voulu vous dédier tel œuvre Et pourchassé que devant vous on l'œuvre.

Il félicite le Roi des rigueurs qu'il commence à déployer contre les hérétiques; ce qui fait penser que cette épître dut être écrite vers 1530, à Tépoque où s'allumèrent les premiers bûchers. Louis de Berquin fut brûlé au mois d'avril 1529.

« L'humble et petit valet » conclut assez singulièrement son édifiante épîlre.

Coslentin, Trop mieulx aymant françoys que le latin, Se donne a vous, les biens, corps, cœur et ame Et si aurez, si vous vouliez, la femme. Suppliant Dieu que vous et vos amis, (Roy treschrestien) soyés un jour admis Régner au Ciel, lieu de paix sans contends.

Après en France avoir régné longtemps.

Cette 'façon d'offrir sa femme au roi peut n'être qu'une

plaisanterie ; mais écrite en tête d'une Résurrection de Jésus- Christy et adressée à François P% qui était homme à la prendre au mot, la proposition est au moins bizarre.

Des dix-huit auteurs de mystères dont nous venons de résumer l'histoire, neuf furent des religieux ou des ecclésiastiques : Eustache Mercadé, les deux Greban, Guillaume Flamant, Michel le Flameng, Claude Doleson, le chanoine Pra, Loys Ghoquet, Nicolas Loupvent ; trois peuvent être qualifiés poètes de profession : Andrieu de la Vigne, Pierre Gringore, Antoine Chevalet. Parmi les autres on compte un légiste : Jacques Millet ; un notaire : Guillaume le Doyen ; un médecin : Jean Michel; deux valets de chambre de rois : Jean le Prieur et Eloy du Mont; enfin une princesse : Marguerite de Navarre*.

Nous nommerons ailleurs ( voy. aux Représentations) certains personnages, d'ailleurs peu connus, qui, sans composer

i. Nous n'avons point parlé dans ce chapitre de deux auteurs du xvi* siècle qui composèrent chacun un mystère; mais ces deux ouvragés, assez courts et très insignifiants, ne peuvent être confondus avec les œuvres de Greban, Grin* gore ou Chevalet.

L*un de ces auteurs, Jehan d*Âbundance, sMntitule dans ses ouvrages « bazochien, et notaire royal de la ville du Pont-Saint-Esprit b. Son nom paraît un pseudonyme; ce ne serait pas le seul qu*il ait pris; car il s*est aussi qualifié « maître Tyburce, demeurant en la ville de Papetourte ». Mais sa personne est réellement inconnue. Ses ouvrages, dont du Verdier donne la liste, sont : le Joyeux mystère des Trois Rois; le mystère sur ce texte :Qtiod secundum legem débet mori; trois moralités {le Couvert d'Humanité^ h Monde qui tourne le dos à Chacun, et Plusieurs qui n*a pas de conscience); enfin Texcellente farce de la Cornette. Cette farce et le Joyeux mystère des Trois Rois nous sont seuls parvenus; le mystère est manuscrit. Jehan d'Abundance est aussi Fauteur d'un ouvrage intitulé : Moralité^ mystère et figure de la Passion de N. S, J.-C. Il mourut probablement au milieu du xvi" siècle.

L'autre, Barthélémy Aneau ou Anneau (désigné quelquefois par la forme latinisée de son nom, Annulus, était ré à Bourges, au commencement du xvi* siècle. Poète, historien, jurisconsulte, il écrivit deux ouvrages dramatiques : le mystère de la Nativitéf tout en chansons; nous Tétudions cependant avec les mystères; et Lyon marchant, dont nous parlerons en traitant des moralités. 11 traduisit VUtopie de Morus, les Emblèmes d'Alciat, et composa force vers en grec, en latin, en français. Devenu professeur et plus tard principal au collège de la Trinité, à Lyon, il fut soupçonné de calvinisme. Le 21 juin 1565, la procession de la Fête-Dieu passait devant le collège; une pierre fut lancée d'une fenêtre conlrc le saint Sacrement. Le peupb envahit la maison et massacra Aneau. Voy. Nouveaux mélanges sur Lyon, par M. Breghot du Lut, p. 189-213. L'ouvrage renferme une notice sur Aneau, par M. Cochard. — Voy. Beauchamps, Parfait, la Bibliothèque du Théâtre français (par le duc de la Vallière) et le P. Nicnron, t. XXIl.

Sd8 LEK MYSTÈRES.

(les mystères, faisaient métier d^adapter aux exigences d'une représentation particulière des textes déjà connus. Plusieurs de ces arrangeurs surent se faire apprécier et payer même plus cher parfois que les auteurs. Quelques-uns, il est vrai, tenaient dans leurs villes un certain rang : aiQi»^ furent Pierre Guret, ou Cueret, chapelain du duc de Mayenne et chanoine du Mans ; et Jehan Chaponneau, docteur en théologie, de Tordre des Âugustins, à Bourges ; tous deux firent, l'un vers 1515, pour une représentation dont la trace est perdue, l'autre en 1536, pour une représentation très solennelle, donnée quarante jours durant, à Bourges, une recension du grand mystère des Actes des Apôtres^ œuvre des frères Greban *. Les bons « arrangeurs » de mystères allaient d'une ville îi l'autre . Rouen fournit à Saumur celui qui remania la Passion \o\xée dans cette ville en 1584*. Il se nommait Thomas le Prévost*

Dans les chapitres suivants on trouvera quelques renseignements sur les avantages que les auteurs des mystères pouvaient retirer de la représentation de leurs œuvres ; le bénéfice pécuniaire ne pouvait être que fort médiocre, â une époque où, la propriété littéraire n'existant pas, l'auteur était dépossédé dès qu'il laissait surprendre son ouvrage. En outre les représentations étaient rares, beaucoup de mystères ne furent joués qu'une seule fois. Les frais de mise en scène étaient excessifs. Gomme on verra bientôt, touf tendait, dans le théâtre de ce temps, à diminuer l'importance de l'auteur et à exagérer celle de ses auxiliaires, régisseurs, décorateurs, machinistes ou acteurs. Le constructeur même du théâtre fut parfois regardé comme un personnage plus important que l'auteur; les bâtiments n'étant pas permanents, il fallait tou* jours construire en vue de la représentation projetée; au lieu que les textes étaient prêts d'avance et appartenaient â tout le monde; on n'avait qu'à choisir, à moins qu'on ne voulût

1. Le travail de Jehan Chaponneau servit J)^obabietncnt pour les (éditions des Actes données en 1537, 1540, 1541; cependant la Croix du Maine dit que rédi-»' teur de 1537 suivit la recension de Curet. Jehan Chaponneau mourut, en 1545^ docteur de l'Église réformée de Genève;

du nouveau, comme il arrivait quelquefois. Ces causes réunies suffiraient peut-être à expliquer pourquoi, sur cent- trente mystères qui nous sont parvenus, cent-dix sont anonymes. Mais la plupart des chansons de geste sont également anonymes. Toute la poésie de longue haleine au moyen âge était ainsi comme impersonnelle. On signait une chanson ; Ton oubliait de signer un poème.

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