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CHAPITRE X

L'objet de la représentation des mystères était, nous l'avons dit, l'édification des spectateurs par la mise en scène des sujets sacrés. Tel était du moins le but avoué, et, pour ainsi dire, officiel du théâtre.

Que de tout temps les auteurs des mystères se soient proposé de plaire el d'amuser en même temps que d'instruire et d'édifier, c'est ce qui n'est pas douteux. Que ces rois, ces princes, ces maires, ces échevins, ces confréries, qui entreprenaient avec un si grand zèle et à si grands frais de faire jouer un mystère, eussent souci de distraire et de charmer leurs sujets ou leurs concitoyens, tout en honorant Dieu et la religion par ces représentations pieuses, c'est ce qu'il est bien permis d'affirmer ; car le comique et le bouffon, mêlés aux mystères, n'ont pas d'autre but que l'amusemenl public. Mais nulle part, dans les procès-verbaux des représentations, dans tous les documents qui s'y rapportent, on ne trouvera l'aveu d'un autre objet que l'édification du peuple.

Honorer Dieu el les saints, raffermir la foi dans les âmes, instruire les spectateurs des grands faits de l'histoire sacrée, ou de la vie des saints, ou des miracles dus à leur intercession, voilà ce qu'on se proposait en représentant un mystère, comme en le composant.

En 1408% révêque de Langres autorise les chanoines de

1. Pour tous les faits rapportés dans ce chapitre, sans indication de sources, voy. Représentations, t. II, aux dates indiquées.

Saint- Maclou, de Bar- sur- Aube, à jouer la vie et les miracles de leur patron; c'est « à Thonneur, louange et illustration de ce très saint et très éminent confesseur et pontife i» que l'autorisation est donnée. En 1462, le roi René, faisant remise d'une taille aux bourgeois de Saumur qui venaient de jouer la Passion, a soin de déclarer qu'il favorise ces spectacles chez ses sujets pour exciter « leur courage a devocion ». En 1496, les bourgeois de Seurre s'avisent de faire composer par Andrieu de la Vigne et de jouer eux-mêmes la vie de saint Martin en trois journées; c'est à cette fin «que a la voir jouer le commun peuple pourroit voir et entendre facillement comment le noble patron dudit Seurre en son vivant a vescu saintement et devostement ». Aussi, la veille de la représentation, tous les acteurs en costume se rendirent à l'église Saint-Martin, et l'on chanta « un salut moult devostement, aflin que le beau temps vint pour exécuter leur bonne et devoste entencion et l'entreprise dudit mystère. Laquelle chose Dieu leur octroya. » A la fin de chaque journée les « joueurs » revenaient à l'église « dire et chanter devostement en rendant grâces a Dieuung salve Regina ». A Mézières, en 1534,on joue , encore la Passion (i en l'honneur de Dieu et révérence d'icelle Passion pour l'instruction du pouvre peuple».

C'est parce queles représentations avaient un but avant tout religieux, qu'elles avaient lieu si souvent le jour même où l'on célébrait la fête dont elles rappelaient le souvenir. Le jeu de Saint Nicolas de Jean Bodel se jouait le jour de la Saint-Nicolas. Le mystère de V Ascension, à Lille, en 1416, fut représenté le jour de l'Ascension. Le mystère des Saints Crespin et Crespinien fut joué pour la fùte de ces saints, en 1458, à Paris. La Nativité fut jouée à Rouen aux fêtes de Noël en 1474. Les premières représentations de la Passion furent données, croit-on, pendant la semaine sainte, àSaint- Maur, près Paris. Le fait n'est pas certain. Mais, en 1491, on joua le vendredi saint la Passion à Péronne ; en 1545, on joua la Vie de saint Éloy à Béthune, le jour de la Saint-Éloi. Les exemples analogues abondent.

Le prologue de la « tierce journée » de la Passion de Gre-

ban expose très clairement les intentions pieuses qu'avaient ou affectaient les auteurs, entrepreneurs et acteurs d'un mystère:

Pensez que celuy qui s'instruit

Eu ceste œuvre porte grant fruit,

Et qu'il n'est histoire en ce monde

Si fertille ne si féconde,

Ne qui doyve mieulx faire entendre

Le cueur au bien ou il doit tendre ;

Qui bien Tescoute et bien Tentend

A nul mal faire ne prétend,

Mes juge tout plaisir mondain

Mauvais, decevable et soubdain,

Et n'est adversité si forte

Que tout paciemment ne porte :

Car quant en memore luy vient

La fortune qui luy survient.

Aucunement se desmodere,

Mes après quant il considère

Que le fils de Dieu beneuré

A tant souffert et enduré

Pour mondifier nostre ordure,

11 treuve que ce qu*ii endure

N'est riens en regard de la somme

Que Jhesus vousl porter pour l'homme.

Ainsi va son veil modérant

En ce miroir considérant,

Ou tout cueur pour son dueil mirer

Se doit doulcement remirer;

Et affin que vous y mirez

Et humblement la remirez,

Ce devost miroir pour le mieulx

Vous ramenons devant les yeulx

Sensiblement par parsonnages :

Mirez-vous, si serez bien sages;

Chacun sa forme y entrevoit ;

Qui bien se mire, bien se voit.

Jusqu'au \\V siècle, le peuple parut prendre au sérieux les intentions édifiantes du mystère. Qui sait si, dans ces représentations, dont il n'est pas une qui n'exciterait aujour-

d'hiii le rire et le scandale, quelques âmes, en ce temps-là, n'ont pas trouvé au contraire une consolation religieuse, de pieuses leçons, le germe d'une véritable amélioration morale? On connaît les jolis vers que Villon a placés dans la bouche de sa vieille mère. La bonne femme espère avoir préparé son salut; et elle en remercie les peintures de son église paroissiale, qui lui ont fait haïr l'enfer et désirer le paradis.

Femme je suis, povrette et ancienne, Ne riens ne sçay, oncques lettre ne Jeuz.

Au monstier voy dont suis parroissienne Paradis painct, ou sont harpes et luz Et ung enfer ou damnez sont boulluz.

L*ung me faict paour; l'autre, joye et liesse. La joye avoir fais moy, haulte Déesse A qui pécheurs doivent tous recourir V

Or, les mystères étaient la mise en scène, la reproduction dramatique et animée de ces peintures attrayantes ou terribles qui décoraient les murs des églises. Qui sait si quelques âmes naïves et croyantes ne furent pas, comme la vieille mère de Villon, affermies dans le bien par l'amour de ce paradis brillant et fleuri, où Dieu trônait dans sa gloire et on chantaient les anges ; par l'horreur de ce sombre enter, dont la gueule, ouverte au devant de la scène, laissait échapper, à travers la fumée du soufre, les plaintes et les hurlements?

A ce but général d'édification populaire se joignaient quelquefois des intentions particulières du même ordre, c'est-àdire toutes religieuses. Beaucoup de mystères eurent pour objet de recommander certaines reliques ou de mettre en honneur certains pèlerinages.

Dans le mystère des Saints Crespin et Crespinieriy les deux martyrs, avant de mourir, recommandent à Dieu ceux qui seront dévots à leur culte :

Et a tous ceulx qui vray mémoire En Ion saint nom feront de nous

\, Villon, ('dit. Pierre Jannet, |>. 55-56 (NouYolle Bibliothèque Elzéviritîrine).

Qui les puist garder de courroux D*orfenté et de maladie...

Que ceulx qui nous vourront prier En terre, en mer, en quelque part, Que ton glorieux Filz les gart De tribulation, d'ennuy, De temptation d'ennemy...

Encore te pri, très doulx sire, Que tu gardes d'orgueil et dMre Qui lumière d'uilie et de cire Fera en nostre remembrance..

Et qui en nostre nom fera Offrande, sire, octroyer luy Ce qu'il requerra, je te pry

Dans le mystère de Sainte MargueritSy Coulombe descend du ciel et parle ainsi à la jeune martyre :

Ceux qui feront de toy mémoire Auront tousjours force et victoire Encontre tous leurs ennemys.

Et auront toujours tes amys Ici bas et la haut au ciel...

Et en tous lieux ou tes reliques Seront posées, ou ta vie, Dieu ne les oubliera mie.

Dans le mystère de Saint Christophe y le saint, prêt à expirer, s'adresse ainsi à Dieu :

Doulx Dieu, père misericorps, Je vous requiers par bon remors Qu'en tous lieux ou relique aura De moy, se mal esprit y a, Qu'il s'en voise sans demeurée.

Si vous pry par bonne pensée Que ceulx qui me reclameront Ou qui de cueur salueront Par dévotion mon ymage Gardés soient de tout dommage.

... Et octroyez par vos puissances Aux femmes grosses qui feront Oblation et requerront

Mon ymage par bon destin, Sauvez leur fruit, jusque a la fin Si qu'avoir puissent crestienté.

Quand une confrérie (comme il arriva si souvent) commandait un mystère et entreprenait une représentation, elle se proposait un objet particulier très pratique, elle s'efforçait ^ d'intéresser les spectateurs à la prospérité de l'association et d'obtenir de leur générosité quelques subsides, t Soutenez la confrérie, > tel est donc le refrain qui revient régulièrement à la fin des pièces de cette nature.

Ainsi dans le mystère de la sainte Hostie :

Le noble prélat A donné pardon et racbapt De peine cent jours a tous ceulx Qui de donner seront songneux Pour enchâsser ce saint joel.

Dieu vous le rendra bien et bel Et en oultre plus, bonnes gens.

Si ne soyez pas negligens Qui devant vos yeux avez veu Le beau miracle non par jeu.

S'il vous plais t, vous retiendrez Et de bon cueur le servirez En maintenant sa confrarie ; Laquelle est bien auctorisée Au propre lieu ou ce fut fait.

A la fin du miracle de Saint Nicolas :

Des mérites sainct Nicolas Prions toute la compaignie Qui prennent en gré nos esbatz.

Et soustenez la confrarie.

Le Saint Louis de Gringore, commandé par la confrérie des maçons et charpentiers, finit ainsi :

Prions qu'il veuille secourir Et sa gloire magnifester

A ceulx qui veullent augmenter Sa très dévote Confrarie,

Le mystère était regardé comme une œuvre pie, non seulement par rapport aux spectateurs, quMl édifiait, maïs encore par rapport à Dieu et aux saints, à qui Von croyait sincèrement plaire par ces représentations. AuFsi leur attribuait-on une valeur et une efficacité spirituelles fort grandes, en paf- \ ticulier contre les calamités publiques qui désolèrent si souvent le moyen âge, et surtout contre les pestes. On ne saurait dire combien de fois des villes attaquées ou menacées par une maladie contagieuse, crurent pouvoir apaiser la colère divine ou mériter la protection spéciale d'un saint patron, en faisant représenter un mystère, comme on aurait ordonné un office ou une procession expiatoire.

C'est dans cette intention qu'on joue la Vie de Saint Érasme, en 1438, à Metz. En 4497, les habitants de Chalonsur- Saône jouent le mystère de Sahit Sébastien jSiiprès avoir pris la résolution suivante : « Attendu que depuis six ans en ça ladicte ville n'a esté exempte de la maladie contagieuse appelée peste, les habitans de ladicte ville en Tonneur de Dieu et de monsieur Saint Sebastien, intercesseur dicelle maladie, et affin qu'il plaise a Dieu le créateur retirer sa main, et lesdictz habitans puissent d'uy en arrière estre preseiTez de ladicte maladie, que l'on mectra sus le jeu et mistere du glorieux amyde Dieu, monsieur saintSebastien. » La représentation des Trois Doms à Romans, en 1509, eut pour objet de remercier Dieu de la cessation de la peste qui avait ravagé le pays de 1505 à 1507. A Valence, en 1524, « les manans habitans pour préserver et garder leur ville des pestes et autres maladies et inconveniens et la tenir en prospérité et en sancté, dès longtemps ont par us ancienne et louable coustume et observance accoustumée, de vingt-cinq en vingtcinq ans, ou autre temps limité, joué ou faict jouer Tystoire des glorieux saincts martyrs Félix, Fortunat et Achille ».

D'autres fois fentreprise eut pour objet de rendre grâces à JOien de bienfaits obtenus ; on ne croyait le pouvoir faire

d'une manière qui lui fût plus agréable qu'en représentant un mystère, et surtout la Passion. C'est ainsi qu'elle fut jouée à Amiens, en 1500; et à Issoudun, en 1535, à la suite de récoltes extrêmement abondantes, pour marquer avec éclat la reconnaissance du peuple. Il va sans dire que la prospérité qui régnait alors dans ces deux villes était d'ailleurs une condition très favorable à tous points de vue pour une aussi grosse entreprise qu'était la représentation d'un mystère.

Toutefois, quelque valeur que l'opinion publique attachât aux mystères considérés comme œuvres pies, nous ne voyons nulle part que l'autorité ecclésiastique ait accordé des indulgences aux auteurs, acteurs ou spectateurs de ces pièces. On prétend * qu'en Angleterre le pape avait concédé mille jours d'indulgence à ceux qui assisteraient dévotement aux mystères de Ghester, et que l'évêquc de cette ville en avait ajouté quarante. Le fait nous paraît traditionnel plutôt que bien authentique. En tout cas nous n'avons trouvé trace de rien de semblable en France. A Ghaumont les fêtes du grand Pardon, ou de l'indulgence plénière quinquennale accordée aux habi^ tants de cette ville par le pape Sixte IV, étaient accompagnées de représentations dramatiques; mais l'indulgence, établie avant le spectacle, n'y était nullement attachée.

C'était une chose coûteuse et malaisée que de faire jouer un mystère. Cependant le goût du théâtre était si vif et si général que nous voyons au moyen âge toutes les classes de la société s'imposer à l'envi cette charge : le clergé, les princes, les municipalités, les confréries, les corporations, les particuliers, soit isolés, soit associés, et les acteurs de profession semblaient rivaliser d'ardeur pour entreprendre les représentations.

Le clergé, qui jusqu'au xii' siècle avait possédé seul un théâtre, celui du drame liturgique érigé dans l'église même, ît qui jusqu'au xiv° avait conservé sur le théâtre sécularisé les miracles joués dans les puys une influence encore senible, ne se désintéressa pas complètement des entreprises

1. Voy. la H«e, Essai sur les Bardes^ Jongleurs, Trouvères^t III, p. 230, etc., t Jusserand, le Théâtre en Angleterre, p. 53.

dramatiques, même au xv" siècle, lorsque les laïques en " eurent décidément saisi la direction générale. On le vit encore maintes fois prendre l'initiative d'une représentation de ^ mystère, et plus souvent y contribuer en fournissant, comme on verra plus loin, un local, des acteurs, une subvention ou des costumes.

En 1408, à Bar-sur-Aube, c'est le doyen de Saint-Maclou qui demande à l'évêque de Langres l'autorisation de jouer la vie du patron de sa paroisse. En 1437, à Metz, l'évêque d^ cette ville, Conrad de Bayer de Boppard, organise une magnî' fique représentation de la Passion et fait illuminer la ville e^ l'honneur des jeux. En 1439, à Draguignan, c'est le chapelai^ Jean de Poys qui fait jouer aussi la Passion. En 1447, Jeha Montbeliard, prêtre, est « meneur et conduiseur > d'une présentation du mystère de Saint Éloy donnée à Dijon. E 1490, Jean Noël, prêtre, est l'ordonnateur d'une Passio jouée à Compiègne, Dans maint endroit, la représentatio quoique entreprise par des laïques, ftit dirigée par un ou pi sieurs prêtres. En 1486 à Angers, en 1507 à Châlons-su Marne, avant de représenter la Passion on célébra la mess au commencement des jeux, sur un autel portatif, au milie*^^^ du théâtre. La même année,à Ghâlons-sur-Marne, le prieur de^^^ jacobins s'abstenait de prêcher le Carême pour préparer un^ ^ représentation de la Passion,

,^ Cependant, en 1500, l'évêque d'Amiens et son chapitr^^» consultés par les échevins qui voulaient jouer la Passion, pa^»-' rurent « n'y avoir pas grant affection, ni y vouloir contribuer e:^- La Passion fut jouée toutefois; mais ce petit incident méri^:^^ d'être relevé. C'est la première fois que nous trouvons latrac::^^ d'une légère opposition faite par le clergé au théâtre des my ^" tères. Mais ce n'était que le haut clergé qui montrait cette frc^ideur. Les curés et les moines demeuraient partout encore très /( favorables aux représentations religieuses. A Chaumontell^^ se célébraientpériodiquement au retour d'un jubilé quinquennal enrichi de grandes indulgences. En 1506, les religieux augustins de Lyon bâtissaient un théâtre pour jouer la Yk de saint Nicolas de Tolentin (un de leurs pères). La même

année, les moines deTabbaye de Saint-Pierre proposèrent aux consuls de Vienne de représenter la Vie des saints Phocas et Zacharie. En 1509, quand on joua les Trois Doms à Romans, le chapitre prit à sa charge la moitié des frais et les cordeliers prêtèrent leur couvent. Il est inutile de multiplier les exemples de faits analogues ; on les trouvera d'ailleurs en grand nombre aux Représentations (voy. t. II). Jusqu'au milieu du xvi" siècle, le clergé, sauf peut-être les évêques, persista à favoriser les mystères et à prendre une part active ^^ ^ à ces jeux, dont il refusait de voir le danger, même en face de l'hérésie déjà menaçante et railleuse. En 1556, les chanoines du Mans croyaient devoir encore changer les heures des offices et même se dispenser d'y assister, pour aller entendre le mystère de la Conception de la Vierge. En somme, quand les représentations cessèrent à peu près partout, vers 1560, par une sorte de contre-coup de l'arrêt du Parlement de Paris, qui cependant n'avait force que dans son ressort, rien ne prouve que le clergé fût convaincu que les mystères fussent dangereux. Les évêques les soumettaient à une censure sévère; mais jusqu'au dernier jour les simples prêtres y jouèrent volontiers un rôle.

La part d'initiative des rois et des princes dans la représentation des mystères fut moins grande assurément que celle du clergé, A la vérité Charles VI, qui dès 1390 avait assisté à une représentation de la Résurrection jouée devant lui par < les chanoines et clercs de la Sainte-Chapelle, vit peut-être jouer Griselidis en 1395; il institua officiellement, en 1402, la confrérie de la Passion par des lettres célèbres dont nous parlerons bientôt, et témoigna ainsi du plaisir que lui avaient procuré ces jeux. Mais ses successeurs, Charles VII et Louis XI, Charles VIII et François V" s'occupèrent peu des mystères; Louis XII fit ou laissa fleurir la sottie sous son règne; mais le théâtre religieux l'intéressa moins, paraît-il. La reine Anne de Bretagne en était plus charmée ; elle assista souvent à des représentations de mystères. Les rois eux-mêmes ne s'en abstenaient pas. On verra aux Représentations que Charles VIII vit jouer la Passion et le mystère de Saint Genou;

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François I*', le Sacrifice d'Abraham et peut être la Résurrection composée par son valet de chambre, Éloy du Mont. Le souvenir de beaucoup d'autres représentations données devant nos rois a pu se perdre. Mais enfin il paraît certain qu'aucun d'eux ne se fit jamais l'instigateur et le protecteur d'une représentation. L'établissement, à Paris, de la confrérie privilégiée de la Passion les dispensait d'ailleurs de ce soin; la capitale était assurée d'avoir un théâtre à peu près régulier; il n'était pas nécessaire que le souverain prit sur lui le souci de lui procurer ce plaisir : quant aux provinces, elles se chargeaient alors elles-mêmes de leur propre amusement.

Un roi, dont la royauté n'était, il est vrai, qu'un vain titre, René le Bon, roi de Sicile, duc d'Anjou, comte du Maine et de Provence, se montra au xv* siècle le protecteur déclaré de ^ l'art dramatique, aussi bien que de tous les autres arts. En 1456, à Angers, il fit représenter à ses frais la Résurrection et paya cent dix-huit écus d'ôr cette satisfaction. En 1462, il fit remise de 600 livres tournois de taille aux bourgeois de Saumur pour les dédommager des frais d'une représentation de la Passion donnée devant lui. En 1471, il assista à la représentation du mystère de Saint Vincent joué à Angers. La Résurrectiony par Jean Michel, fut jouée aussi devant René le Bon, peut-être à ses frais, à Angers, vers 1471 ; et la 3^ journée du mystère renferme une prière pour ce roi. Un officier de René, Jean le Prieur, composait sur son ordre le mystère du Roi Advenir et retouchait sous sa direction celui des Actes dçs Apôtres, Yolande d'Aragon, mère de René, partageait son goût pour les spectacles : on raconte qu'un jour un voleur profita de l'attention avec laquelle elle écoutait une pièce pour couper la manche de sa robe, sans qu'elle s'en aperçût, et lui dérober son argent et son sceau royal *.

Beaucoup de grands seigneurs favorisèrent les représentations des mystères ^ Le protecteur dont le théâtre a le moins le droit d'être fier est probablement le trop fameux Gilles de

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