Bodin, Histoire d*AngerSt t. I, p
î. Bibliothèque de VEcole des Chartes, série E, t. V, p. 13.
faisant observer que dès longtemps la Passion n'a pas été jouée à Amiens, et témoignant de leur désir de la jouer. L'échevinage délibère sur la proposition; et considérant c que Dieu mercii le royaume de France était en bonne paix, et aussi que pain et vin étaient à bon marché et y avait abondance de tous biens, qui est à louer Dieu, ^ il consent à laisser jouer la Passion^ sauf avis à prendre des gens du roi, de Tévêque et du chapitre. Les gens du roi se montrèrent favorables, Tévêque et le chapitre furent hostiles et refusèrent de contribuer. Néanmoins on passa outre et Ton distribua les rôles pour jouer à la Pentecôte.
Il ne faudrait pas croire que tous les menus et infmis détails d'une représentation fussent exécutés au nom de l'échevinage, quand la ville faisait les frais d'une représentation. Même en ce cas, on élisait et déléguait des commissaires responsables, qui réglaient tout, sauf à en rapporter aux échevins sur les mesures importantes qu'il fallait prendre. Le rôle acfif de la municipalité cessait une fois qu'elle avait consenti à prendre sur elle les dépenses ; en général elle se bornait alors à fixer le prix des places et des loges, qui formait sa principale recette, et à prendre les mesures de police nécessaires pour éviter que l'encombrement ne produisît du désordre. Le mystère s'ordonnait d'ailleurs comme lorsqu'il était l'entreprise d'une association particulière, selon des règles très minutieuses que nous dirons plus loin.
Pour compenser une partie des ;rais, une délibération de l'échevinage d'Amiens, en date du 25 mai, décida < qu'on baillera les terrasses autour et a Tenviron du parc ou l'on jouer cetle année le mystère de ]a Passion, aux habitants de la ville, signaument a ceux qui ont rhymes et jouent audit mystère en payant 11 sous pour part de terre ». Naturellement, si 1 représentation n'eût pas eu lieu aux frais de la ville, on n'au rait pas fait payer aux acteurs eux-mêmes et à leurs famille les places qu'on mettait à leur disposition sur la voie pu — blique.
Les municipalités se chargeaient rarement de toute la dépense, ou, quand elles faisaient ainsi, le plus souvent c'était
pour faire représenter un mystère mimé à Toccasion d'une entrée princière. C'est ainsi qu'en 1466 Abbevilie fit tous les frais de l'entrée de Charles le Téméraire, et paya jusqu'à l'étuveur chez qui les diables s'allèrent laver après le jeu du Jugement dernier^ où ils avaient paru barbouillés de noir des pieds jusqu'à la tête.
Mais s'il était rare que la ville prît tous les frais à sa charge, il ne l'était pas moins, nous l'avons dit, qu'elle n'en supportât pas généreusement une partie, sous forme de subside ou d'indemnité aux acteurs.
Quand on dut jouer à Angers, en 1486, la fameuse Passion de Jean Michel, le gouverneur et les principaux citoyens commencèrent par tenir conseil pour arrêter des mesures de police utiles pour le bon ordre et l'approvisionnement de la cité ; car on s'attendait à héberger une foule considérable d'étrangers. La ville accorda une subvention de cent livres tournois aux joueurs. Des citoyens influents, le lieutenant civil, le lieutenant criminel, le procureur général de l'université, acceptèrent les fonctions de commissaires et ordonnateurs de la représentation. Pendant la durée des jeux, les recettes ne couvrant pas les dépenses, on tenta une souscription particulière qui échoua. La municipalité consentit alors à fournir une seconde subvention de cent livres tournois. On avait procédé de même à Compiègne en 1470. On avait fait d'abord une collecte particulière; mais la ville s'était engagée à payer tout l'excédant de la dépense.
Quand on voulut jouer les Trois Doms à Romans, le chapitre, les consuls et les notables de cette ville, réunis en assemblée générale, décidèrent que moitié des frais serait payée par le chapitre, et moitié par la ville. Les cordeliers avancèrent deux cents florins qu'on leur remboursa plus tard, et prêtèrent gratuitement pour la représentation, la vaste cour de leur couvent. Diverses confréries firent également des avances d'argent; qui ne furent pas entièrement spontanées. A Romans, à Saint- Jean de Maurienne (en 1573) un emprunt forcé fut établi sur les habitants qui ne jouaient pas. Les autres, faisant les frais de leur costume, étaient dispensés de toute autre contribution.
Aucun événement ne remuait plus profondément une ville que la représentation d'un mystère. D'abord le nombre immense des acteurs faisait qu'il y avait presque un rôle dans chaque famille, qui se trouvait ainsi directement intéressée au succès de l'entreprise ; ceux qui n'étaient pas acteurs voulaient au moins élre spectateurs; et durant les jeux, la population tout entière s'entassait dans ces immenses théâtres, pour voir, sinon pour entendre. La \ille demeurait déserte'; il fallait en fermer les portes, et la faire garder par des gens armés qui faisaient partout des rondes, pour empêcher que les maisons abandonnées ne devinssent la proie des voleurs. Qui eût voulu se désintéresser des jeux, n'en était même pas tout à fait libre; l'autorité municipale faisait fermer les boutiques et souvent même défendait tout travail public et bruyant ; c que nul ne fût si hardi de faire œuvre mecquanique ^ i^ Rien n'étonne plus nos idées modernes que cette obligation de s'amuser par ordre.
Il arrivait aussi naturellement qu'à l'occasion des jeux toutes sortes d'autres réjouissances venaient s'ofifrir au peuple. La nuit même n'interrompait pas toujours les fêtes. En 1492, à la Rochelle, on jouait la Passion : durant plus de huit jours « grand nombre de musiciens et joueurs d'instrumens ne cessoient, tant de jour que de nuit, a recréer le peuple, tellement que la plupart des nuicts pendant ladite huitaine, se passèrent en toutes sortes d'esbattemens tant pour les estrangers que pour les habitans. »
Nous avons dit ailleurs qu'on ne peut guère douter que les puys n'aient fourni au théâtre récemment sécularisé, ses premiers acteurs pendant le xiii* siècle et le XIV^ A partir xv'^ siècle, les puys semblent avoir renoncé aux représentation dramatiques. Mais les confréries et les corporations les rem placèrent en maint endroit.
Le rôle des confréries et des corporations dans Thistoire notre théâtre au moyen âge est considérable. Par piété, pa amour du plaisir, par vanité et désir de paraître, les confré