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V. Représentations, 1496, Seurre, Saint Martin

ries aimaient passionnément les représentations dramatiques. Les sujets qu'elles préféraient étaient naturellement la vie et les mii^acles de leurs patrons. Dans une telle matière, tout se trouvait réuni pour les enchanter; chacune pensait faire œuvre pie, mériter la faveur et la protection d'un grand saint ; éblouir le peuple et les confréries rivales par l'étalage pompeux des merveilles de la vie du patron qu'elle invoquait. Non seulement la confrérie représentait la pièce, mais le plus souvent elle la commandait elle-même et la payait de ses deniers à l'auteur. C'est ainsi que c la Vie el le niartire de monseigneur saint Crispin et Crispinien par personnages..» a esté faict des deniers de Toslel de la Charité-Dieu, monseiseigneur saint Martin, saint Remy, saints Crispin et Crispinien; et fut fait du commandement et volenté du prevost et eschevin et de tous les frères serviteurs qui pour lors estoient et dont les noms ensuivent (au nombre de trente et un). Et fut fait mil IIIP XLIIl (1443) au siège de este feste saint Martin*. > Un autre manuscrit renferme la note suivante : « Ce ystoire fut joué le jour Saint-Crespin des après xiiij° jour de may mil iiij'' Iviij (1458) et mené par moy Challot Chandelier, t Une autre note dit: « C'est delà confrarie monseigneur sîiint Crespin et monseignem* saint Crespinien fondée en l'église Nostre-Dame de Paris, aux maistres et aux compaingnons cordouenniers et fut joué aux Carnieux, l'an iiij'' lix (1459). Chandellier. »

La Vie et Passion de monseigneur saint Didier, « martir et evesque de Lengres, » fut a faicte par personnages a la requeste de messieurs les confrères de la confrarie dudit sainci audit Lengres » et « jouée en ladite cité par lesdiLs confrères l'an mil CCCC IIIl'" et deux (1482) ». L'auteur, Guillaume Flamant, était chanoine de Langres.

La Vie de monseigneur saint Loys, roy de France, « par personnaiges, » fut a composée par Pierre Gringoire a la requeste des maistres et gouverneurs de ladicte confraiie dudicl sainct Loys fondée en leur chappelle de Sainct Biaise a Paris »►

1. V. Représentations y t. U, Paris, 1443. Saint Cretpin el saint Cre^pimen^

Cette confrérie était celle des maçons et charpentiers, ainsi que Ta bien démontré M. de Monlaiglon*. Leurs représentations paraissent avoir été périodiques; car la Vie de saint Louis se partage en neuf livres qui certainement se jouaient séparément; les derniers vers des livres IV, Y et VIII renvoient même à Tannée suivante les spectateurs désireux de voir la suite du mystère.

Userait facile de multiplier ces témoignages du zèle dramatique des confréries. Non seulement elles entreprenaient en leur piopre nom et à leurs frais la représentation d'ouvrages considérables; mais en outre elles s'associaient de tous leurs efforts aux grandes solennités dramatiques, dont les municipalités prirent si souvent l'initiative au xv* siècle et dans la première moitié du xvi% avec une abondance de ressources et des moyens variés de succès qu'une association particulière aurait difficilement pu rassembler au même degré.

Outre que toutes les corporations se transformaient à l'occasion en associations dramatiques, il exista au xv® siècle et au siècle suivant, plusieurs confréries spécialement vouées aux représentations de mystères. Celle de la Passion, reconnue à Paris d'une façon officielle en 1402, est la plus illustre; elle n'est pas la seule. Nous en ferons plus loin l'histoire.

D'autres compagnies analogues remplirent en province le même office qu'exeiraient à Paris les confrères de la Passion. Il y avait une autre confrérie de la Passion à Chartres; il y en avait une à Rouen ; il y avait lesconfrèresdu Saint-Sacrement à Amiens, à Argentan; les confrères de Saint-Léger, ceux de Saint-Jacques à Béthune, à Limoges et à Compiègne. Nous citerons d'autres associations dramatiques du même genre, mais dont on ne sait guère que les noms-.

Si coûteuse que fut Tentrcprise de faire jouer un mystère, c'est-à-dire de faire débiter vingt ou trente mille vers par deux cents acteurs costumés, sur une scène immense, en face de dix ou quinze mille personnes, il arriva quelquefois, quoique rarement, que de simples particuliers se chargeassent seuls de

1. Œuvres de C.riiigoiro, t. II. Voy. aux Analyses, mystères du xvi« siècle.

2. Voy. I. Il, liepréstntaiions, U13, 1427,1491, 1505, 1^06, 1519, 1550, etc.

tous les frais, par dévotion, vanilé, passion du IhéAlre, ou bien tous ces motifs à la fois. En 1468, à Melz, une dame Catherine Baudoiche fit faire et jouer le jeu de Sainte Catherine de Sienne^ probablement sa patronne. Il est vrai que les frères prêcheurs lui prêtèrent la cour de leur couvent, et firent même abattre des galeries qui régnaient à Tentour et diminuaient l'espace. A Lyon, vers 1540, un riche Lyonnais, nommé Jean Neyron, fit construire à grands frais un vaste théâtre, avec balcons et loges; et durant deux ou trois années il y fit représenter les mystères du Vieux et du Nonveau Testament^ les jours de fête et les dimanches.

A cette époque des troupes régulières d'acteurs de profession commençaient à parcourir la France en jouant surtout des moralités et des farces, mais parfois aussi des mystères. Leur origine remonte plus haut. De tout temps il avait existé des troupes de jongleurs, histrions, ménétriers, qui de ville en ville et de château en château, s'en allaient à l'aventure, amusant peuple et seigneurs par leurs tours de force, leurs ditSy leurs chansons, leurs farces. Le théâtre comique est peut-être issu chez nous des pérégrinations de cesjoyeux compagnons; et l'histoire de leurs origines assez difficiles à débrouiller, nous occupera dans un autre volume. Aujourd'hui nous avons seulement à rechercher à quelle époque les jongleurs errants devenus î joueurs de personnages» ont commencé à représenter des mystères.

Dès 1367, au château de Rouen, des jongleurs reçoivent de Charles V une somme considérable, deux cents écus d'or, non probablement pour de simples tours ou quelque farce, mais pour une représentation plus longue et plus grave; faut- il dire, avec J.-V. Leclerc, « pour avoir joué devant le roi un mystère* t? Rien ne nous y autorise. A la même époque ce sont des représentations non point parlées, mais seulement figurées, qui solennisèrent le festin de 1378, offert à l'empereur d'Allemagne par Charles V, et le sacre de Charles VI à Reims en 1380 ^

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