‹ Les mystèresChapitre 98 sur 115 · Voy. Magnin, Journal des Savants, octobre 1846, p · texte numérisé non relu

Voy. Magnin, Journal des Savants, octobre 1846, p

Paris, qae ilz ne Cacent ne se esbatent aacans jeux de personages par manière de farces, de Yies de sains, ne aatrement, sens le congié du dit seigneur, ou de nous, et sur peine de encourir en indignacion duroy, et de soy fourfaire envers luy *. >

Il y avait dans Tancien régime presque toujours un moyen d'échapper à une juridiction , au moins pendant quelque temps ; il suffisait d'en invoquer une autre. L'association dont il est parlé pour la première fois en termes si obscurs, dans l'arrêt du prévôt de Paris, en appela du prévôt au roi, et continua ses représentations, soit à Saint-Maur, soit à Paris, où les lettres patentes de Charles VI nous la montreront transportée, et déjà établie, en 4402.

11 ne fut tenu que fort peu de compte de l'interdiction du prévôt ; nous en avons une preuve certaine dans la pièce suivante annexée, dans les archives du Ghàtelet, à celle qu'on a lue ci-dessus :

c L'an de grâce mcccciiij" et dix-huit le mardi iiij® jour de juin, nous rapporta et tesmoingna par son serment Jehan le Tellier, sergent a cheval du roy nostre sire ou Chastellet de Paris, que le jour d'yer il se transporta en la ville de Saint-Mor-des*Fossés... au lieu accoutumé à faire criz et publicacions, et fist cryer par le sergent de ladite ville a hault cry de par le roy nostre sire, que nulz ne feussent si ausez ou hardiz de faire aucuns esbatemens ne aucuns jeux de personages par manière de farces, de vies de sains, ne autrement, sens le congié du dicl seigneur, ou de nous... Et après ce fait, furent aucuns qui jouèrent personnaiges de la Passion Nostre- Seigneur... Ainsi signé : Bonart*. >

Ce n'est probablement pas, comme on l'a cru quelquefois, le fait d'avoir osé représenter pour la première fois le mys-

1. Signé : Fresnes. Arch. Nat. Y 2 mss. Livre rouge vieil du Chastelet, f> 167. vo. Voyez Magnin, Journal des Savants^ janvier 1856, p. 36. Le prévôt de Paris s'attribuait d'ailleurs une autorité absolue sur les plaisirs des Parisiens. Le même manuscrit (au f<> 155) rapporte une ordonnance du 22 janvier 1397 qui avoit défendu « à tous manans et habitans de Paris » et spécialement « aux gens mequaniques de se rendre sans congé exprès les jouri ouvrables aux hostel- Icries, jeux de peaume, tavernes, et aultres lieux d'esbatcmeot. •

2. Arch. nat. mss. Livre ronge vieil du Chastelet, f» 155. Cité par Magnin^ Journal des Savants, janvier 1856, p. 36.

tère de la Passion, autrement dît la vie de Jésus-Christ, qui attira sur la Confrérie Tattention des magistrats, et provoqua leur sévérité. D'abord la représentation de la Passion n'était point un fait absolument nouveau ; le grand mystère avait probablement été déjà étalé au yeux du peuple^ au moins comme spectacle muet, dans plusieurs entrées solennelles de rois ou de princes. De plus, nous savons qu'en 4390, quelques chapelains et clercs de la Sainte-Chapelle avaient représenté, aux fêtes de Pâques, le mystère de la Réstirrection de Notre-Seigneur, et même avaient reçu une gratification de 40 écus d'or en témoignage de la satisfaction du roi Charles VI, qui avait assisté à ce spectacle. Le fait nouveau, inouï, qui scandalisa et effraya les magistrats, quand s'établirent les représentations de Saint-Maur, ce fut la permanence du théâtre où elles avaient lieu. Jusque-là il n'avait existé en France que des théâtres provisoires, destinés à des représentations accidentelles que donnaient des troupes fortuitement formées. On vit alors pour la première foisunthéâtrejslable, une troupe permanente, et des représentations régulières, dont la durée (prolongée souvent plusieurs jours) rendait la nouveauté plus singulière encore, et les inconvénients plus graves aux yeux d'un prévôt de Paris, préoccupé avant tout, ou même uniquement, de maintenir le bon ordre et la régularité dans la populeuse cité confiée à ses soins.

La lutte se prolongea quatre ans entre le prévôt de Paris et les acteurs récalcitrants. Le roi Charles VI appelé à se prononcer en dernier ressort, assista, dit-on, à quelques-unes des représentations suspectes, et il en fut si satisfait, qu'il accorda à la troupe des lettres patentes, datées du 4 décembre 1402, par lesquelles il reconnaissait la Confrérie, érigée sous le nom de Confrérie de la Passion, et Tarmait de tous les privilèges des corporations les plus favorisées.

Le texte de ces lettres fameuses est partout rapporté et il est bien connu. Cependant il s'y trouve plusieurs détails dignes de remarque, et qui, à ce qu'il nous paraît, n'ont pas élé suffisamment mis en lumière, c'est ce qui nous invite à le citer une fois de plus :

Charles, été., savoir faisons à tous présens et avenir, Nous avoir receu Tumble supplicacion de noz bien amez et confrères les Maistres et Gouverneurs de la Gonfrarie de la Passion et Résurreccion noslre-Seigneur, fondée eu l'Eglise de la Trinité à Paris, contenant comme pour le fait d'aucuns Misterres, tant de Saincts comme de Sainctes, et mesmement du Misterre de la Passion, qu'ilz derrenièrement ont commanciée et prest pour faire devant Nous, comme autrefoiz avoient fait, et lesquelz ilz n*ont peu bonnement continuer pour ce que Nous n'y avons peu estre lors présens; ouquelfait et Mysterre ladicte Gonfrarie a moult frayé et despendeu du sien, et aussi ont les Gonfréres un chascun proportionnablement; disans en oultre, que se ilz jouoient publiquement et en commun, que ce seroitle proufit d'icelle Gonfrarie, ce que faire ne povoient bonnement sans nostre congié et licence, requérans sur ce nostre gracieuse provision. Nous qui voulons et désirons le bien, proufit et utilité de la dicte Gonfrarie, et les droiz et revenues d'icelle estre par Nous accreuz et augmentez de grâces et privilèges, afln que un chascun par dévocion se puisse et doye adjoindre et mettre en leur compaignie ; à yceulx Maistres, Gouverneurs et Gonfréres d'icelle Gonfrarie de la Passion nostredict Seigneur, avons donné et octroyé, donnons et octroyons de grâce espécial, plaine puissance etauctorité Royal, ceste foiz pour toutes et à tousjours perpétuelment, par la teneur de ces présentes Lettres, auctori té, congié et licence de faire et jouer quelque Misterre que ce soit, soit de la dicte Passion, et Résurreccion, ou autre quelconque tant de saincts comme de sainctes, que ilz vouldront eslire et mettre sus, toutes et quantefoiz qu'il leur plaira, soit devant Nous, devant nostre commun ou ailleurs tant en recors * comme autrement, et de eulx convoquer, et communiquer et assembler en quelconques lieu et place licite à ce faire qu'ilz porront trouver, tant en nostre Ville de Paris, comme en la Prévosté, Viconté ou Banlieue d'icelle, présens à ce troiz, deux, ou l'un de ceulx^ qu'ilz vouldront eslire de noz officiers, sanz pour ce commettre offense aucune envers Nous et Justice ; et lesquelz Maistres, Gouverneurs et Gonfréres dessusdiz et un chascun d'eulx, durant les jours esquelx le dit Misterre qu'ilz joueront se fera, soit devant Nous ou ailleurs, tant en recors comme autrement, ainsi et par la manière que dit est, puissent aler, venir, passer et repasser paisiblement, vestuz, abilliez et ordonnez un chascun d'eulx, en tel estât que le cas le désire, et comme il appartendra, selon l'ordenance du dit Misterre, sans destourbier ou empeschôment; et a gregneur conlirmacion et seurté. Nous iceulx Confrères, Gouverneurs et Maistres, de notre plus habundant grâce, avons mis en nostre protection et sauvegarde durant le recours d'iceulx jeux; et tant comme ils joueront seulement, sanz pour ce leur meffaire, ne a aucun

1. Mot mal interprété par Secousse, éditeur des Ordonnances. Les « recors » ou « records » sont ce que nous appelons « répétitions »,

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