I. Les Triomphes de l'amour de Dieu
II. Dialogues de la conquête du spirituel et secret royaume de Dieu qui est au dedans de nos âmes, Madrid, 1596—2» partie, 1608 ;
JEAN DBS AUGES. H 5
nombreuses. Très versé dans la connaissance de l'antiquité, il est une preuve que tous les Ordres religieux de l'Espagne, au plus beau siècle de la Renaissance, prenaient part à l'essor intellectuel que celle-ci avait provoqué. Il cite les docteurs , les saints, les mystiques, mais non moins volontiers les auteurs profanes : Pythagore, Sénèque, Platon, Plotin, par* ticulièrement Aristote qu'il appelle « le philosophe, » à la manière des Scolastiques. Comparable à Malon pour l'érudition et l'allure dogmatique, il d&t moins platonicien, et en général moins philosophe que lui ; ses tendances sont visiblement à la recherche littéraire, il fait cas surtout des poètes. Ainsi, à propos du Cantique des cantiques qu'il considère, ainsi que Malon, comme une Eglogue, il expose toute une poétique d'école sur le genre pastoral, signale une foule de rapprochements, dont quelques-uns sont au moins inattendus, avec les auteurs qui ont parlé de l'amour : Virgile dans ses Bucoliques, Lucrèce, dont il rappelle l'invocation à Vénus,
Te, Dea, te fugiunt
Ovide, dont il reproduit entre autres ce vers des Fastes,
Dat digitis gemmas, dant longa monilia collo,
III. Lutte spirituelle et amoureuse entre Dieu et l'âme, Madrid et Valence, 1600;
IV. Traité des Mystères de la messe, Madrid, 1604; Y. Traité de la présence de Dieu, Madrid, 1607;
VI. Considérations spirituelles sur les Cantiques de Salomon, Madrid, 1607; VIL Verger spirituel de l'âme religieuse, Madrid, 1610. .
et dont il proclame la compétence en pareille matière, Martial lui-même, Platon, Plotin, non comme philosophes, mais comme autorités du même genre que Virgile et Ovide. Il compare le poème hébreu, pour le fond et pour la forme, aux productions qui offrent avec lui quelque analogie, et ne néglige pas d'en faire ressortir le mérite littéraire1. Veut-il parler de l'amour a extatique et fruitif , » il excuse les défauts probables de son livre par la difficulté du sujet, puisqu'Ovide , « traitant de la nature de l'amour mondain, dit que c'est une chose pleine d'une crainte soigneuse et soucieuse2. » Il se souvient que '<* les poètes et anciens philosophes dépeignaient jadis l'amour avec un carquois et des ilèches, » et développant son texte, il cite poètes et philosophes, Homère, Théocrite, Tibulle, l'auteur des Tusculanes, celui du Banquet, celui des Ennéades, conjointement avec les prophètes, les saints, les mystiques, l'Aréopagite, saint Bonaventure, Gerson.
Cet esprit de curiosité littéraire n'est pas opposé à l'esprit d'analyse. La théorie qu'il donne de Painour, car c'est à cela que peuvent se ramener ses principaux ouvrages, est raisonnée, réfléchie, scolastique. H discute, développe, commente, dit ce qu'est l'amour et ce qu'il n'est pas, comment il procède, quels degrés
i Voyez Considérations spirituelles sur le Cantique des cantiques de Salomon, traduit d'espagnol et latin en français parJ.-J. D. P. P., 1609, in-12.
2 Lutte spirituelle et amoureuse entre Dieu et PAme, traduite da l'espagnol par le R. P. F.-X. Arzelier. Paris, 1621, in-12, chap. ni, p. 53-54.