II. Dix autres préceptes de môme nature
III. Instructions à un jeune homme pour s'avancer dan»- le chemin de l'esprit ;
IV. Explication des paroles du Christ sur la montagne : Beati pauperes spiritu ;
Y. Traduction en vers de l'hymne Pange, lingua, suivi d'un autre également traduit ; VI. Treize traités sur les fêtes de la Vierge et de S. Joseph;
de chacun d'eux, dans une analyse semée de redites. Chercher dans quel esprit ils ont été composés, comment et dans quelle mesure le mysticisme y apparaît, c'est le seul but que j'aie à me proposer et le seul résultat qui puisse intéresser le lecteur : l'étude du traité Audi, filia, et de la correspondance nous y mènera le plus directement, en nous fournissant des traits essentiels que confirmeront, sans y rien ajouter, les indications recueillies dans le reste de ces œuvres volumineuses. La correspondance, en effet, est toute spirituelle ; Y Audi, filia, n'était guère, dans le principe, qu'une lettre plus longue que les autres, une exhortation et un mémento adressés à une jeune personne nommée Sanche de Carrillo, fille de D. Louis Fernandez de Cordoue. Sur le point d'aller à la cour pour y être fille d'honneur de la reine, elle avait renoncé tout à ooup au monde, et prié Jean d'Avila, qui n'était pas étranger à cette résolution, de la soutenir dans la voie où elle venait de s'engager ' . Nous n'avons pas la rédaction primitive ; l'ouvrage, tel que nous le possédons, a été retouché par l'auteur et a
VU. Cinq traités sur la venue dn Saint-Esprit dans nos âmes ;
VIII. Vingt-sept traités sur l'amour de Dieu et le sacrement de l'Eucharistie ;
IX. Quatre livres de lettres à des personnes de Wte condition (en tout 195 lettres), publiées pour la première fois en 1569;
X. Enfin le plus important de tous, le traité Audi, filia, en 113 chapitres, précédé d'un prologue au lecteur. Il parut pour la première fois eu 1556.
— Jean d'Avila a été traduit en français, mais partiellement; la traduction très estimable d'Arnauld d'AndUly (Paris, 1673), ne donne au complet que le traité Audi, filia.
1 Vida y Virtudûs, etc., 1. 1, p. 124 etiq.
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reçu des développements qui en ont élargi le cadre original.
L'idée chrétienne, semblable en cela à toute idée dont s'empare l'activité de l'esprit humain, n'a pu échapper entièrement, malgré la formule rigoureuse du dogme, à l'action des temps et des milieux. Une dans son fond, variée dans ses manifestations, immuable, non immobile, elle a revêtu des formes diverses et des caractères particuliers suivant les époques et les circonstances. En Espagne, surtout au XVI* siècle, elle a été le catholicisme mystique ; c'est dans ce sens-là qu'elle s'y est développée, dans ce courant naturel qu'elle a entraîné les âmes, les unes à bon escient, les autres à leur insu, celles-ci d'un mouvement impétueux, celles-là d'un souffle plus calme. La doctrine du renoncement, du mépris de la terre et de l'amour de Dieu n'est pas le mysticisme, mais elle peut y mener, suivant les tendances de chacun, l'application qu'on en fait, l'extension qu'on lui donne ; c'est celle de Jean d'Àvila : fuir le monde et se donner à Dieu, bien moins par horreur du monde que par amour pour Dieu, voilà tout son enseignement, ainsi que la portée de son commentaire sur le verset : « Ecoute, ma fille, vois et prête l'oreille : oublie ton peuple et la maison de ton père, et le roi concevra de t amour pour ta beauté \ js>
La vie la plus parfaite et qui permet le mieux à la créature-d'accomplir sa destinée, est la vie consacrée
1 Ps. xliv, }f tî, 13.
à Dieu, la vie du prêtre ou du moine. L'erreur et le péché s'insinuent dans l'âme par tant de portes qu'on ne les évite qu'en évitant le monde, ses pièges et ses entraînements. 11 faut donc fermer ses oreilles a au langage du monde, » perfide et mensonger. Le faux hoqneur nous égare, le respect humain nous empêche même de comprendre les vérités que la raison nous enseignerait, à défaut de la foi : que le bien seul est une fin digne de l'homme, que l'homme doit mériter, que le témoignage de la conscience doit parler plus haut que la voix du monde ; que les honneurs et les dignités, même au regard de la sagesse humaine, ne peuvent servir que de moyen, non de but. Il n'y a de grand, de beau et de vrai que la vertu. Le « langage de la chair » n'est pas moins redoutable : la vie de la chair est la vie du corps, mais la mort de l'âme ; la chasteté est un don de Dieu, et la virginité la plus excellente des conditions. Dieu est l'époux des âmes, mais un époux jaloux. Les tentations du monde et de la chair ne sont pas les seules ; le « langage du démon, » multiple comme ses ruses, souffle dans Tâme tantôt l'orgueil, tantôt, par un brusque retour, le désespoir1. Vérité d'observation profonde, et qui dénote chez Jean d'Avila une grande connaissance de la nature humaine.
Que faut-il donc écouter? A quelle parole faut-il ouvrir son cœur? À celle de la foi. Tel est le sens du précepte Audi, fi lia. La foi est le fondement de la vie
1 Obras del vénérable Maestro Juan de Avila, Madrid, 1759-1760. — Tratado sobre el verso : Audi, filia, t. III, cap. ï-4, 5-16, 17-19, 69, 105. — Cf. Epistolario, lib. I, carta 17.
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spirituelle» c'est elle qui nous justifie, qui nous sauve ; elle a pour elle plus que la vérité qui nous porterait à la recevoir, elle a la beauté qui nous porte à l'aimer, hermosura para la amar. Nous l'aimons parce qu'elle est belle, nous croyons parce que nous aimons. Croire, voilà le premier hommage que nous puissions rendre à Dieu, le seul digne de lui, et le seul moyen de le comprendre.
La vérité de la foi catholique est prouvée par les martyrs qui Tout confessée, par la morale de l'Evangile, la plus pure qui se puisse voir, par les miracles, par la conversion des pécheurs que la grâce éclaire, par la bouté de Dieu qui comble les gens de bien de ses faveurs. Il en est qui se refusent à croire, parce que les vérités que la foi révèle sont en même temps si hautes, quand il s'agit de la majesté divine, et si basses, quand il s'agit de l'humilité d'un Dieu fait homme et crucifié, qu'ils rejettent les premières comme au-dessus de toute compréhension, et les secondes comme indignes de la divinité. Mais est-il raisonnable de prétendre que la créature doit égaler lo Créateur en sagesse et en intelligence ? « L'infini est incompréhensible au fini, » et a si notre entendement pouvait concevoir l'infinité de Dieu, il serait Dieu, car il serait infini. » Dieu est la suprême bonté, et comme la bonté n'est pas solitaire, il y a trois personnes dans l'unité de l'essence divine ; comme elle n'est ni stérile ni avare, elle tend à se communiquer en communiquant ses biens : voilà le pourquoi de la création et l'explication de la Trinité. Si on ne le comprend pas, c'est une preuve que c'est « chose de Dieu » par son incompréhensibilité même. Que si on
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n'admet pas qu'un Dieu s'humilie au point de vivre pauvre et de mourir sur une croix de la mort des esclaves, c'est qu'on ne connaît pas l'amour de Dieu pour les hommes, amour qui a sa source <r non dans leurs mérites, mais dans sa bonté \ »
Pourquoi cette longue apologie de la foi, des miracles, ces réponses à des objections que sans doute la pénitente de Jean d'Avila ne lui avait jamais faites? Une jeune fille qui, de gaieté de cœur, renonce aux illusions du monde avant que l'expérience lui ait appris que ce sont des illusions, aux joies de la vie avant de les avoir connues, croit et n'a pas besoin qu'on lui démontre la vérité d'une croyance à qui elle a tout sacrifié. Il y a là des traces évidentes d'une préoccupation étrangère à l'objet primitif de cet ouvrage. Quoiqu'il » date de la jeunesse de l'auteur, qui dut le composer vers l'année 1529 ou 1530, et qu'à cette époque les premiers écrits de Luther eussent déjà fait parler de la Réforme en Espagne, néanmoins il est vraisemblable que cette partie tenait beaucoup moins de place dans la première rédaction. Depuis, Jean d'Avila avait assisté aux tentatives du protestantisme pour s'implanter en Espagne, il n'avait pu se dissimuler qu'ailleurs il faisait courir de sérieux dangers à l'Eglise catholique; lui-même s'était vu inquiété par le Saint-Office, et la première publication de son traité avait eu lieu sans son aveu, avec de nombreuses incorrections. Tous ces motifs réunis durent l'engager à apporter le plus grand soin à l'é-
1 Idé, ibid., cap. 31, 89, 40.