‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 10 sur 63 · UNE AUTRE INSPIRE1S · texte numérisé non relu

UNE AUTRE INSPIRE1S

Dans la salle de réunion des associées du Sacré-^œor de Sainte-Anne, nous avons à remarquer une autre fille pieuse qui, sans atteindre la haute réputation de Véronique, commençait pourtant h attirer Tattention du monde dévot de Lyon. Si les dominicains protégeaient Véronique et propageaient partout, afin de s'en servir un jour au profit de la bonne cause, ses révélations, ses prophéties, les récits de ses macérations, Rosalie Mangon avait pour elle le curé d'une petite paroisse près de Lyon , les capucins qui se chargeaient de prôner ses vertus, et les jésuites qui , tout en parlant fort peu d'elle , et même quelquefois paraissant faire un cas médiocre de ses visions, quand ils se trouvaient avec des personnes sensées, ne la soutenaient pas moins : ils la servaient et ils s'en servaient. .

Cette rivale de la protégée des dominicains n'avait pas l'aspect austère de Véronique; et si, dans toutes les

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(^pQciinëres, on pansait des austérités de Rosalie Hamgon, les partisans de Véronique, car dans \^ imnde pieux chacun rabaisse le saint des auitres, remirrquaifent malignement que les jeûnes et les pénitences de Itosalie ne h maigrissaient pas trop. Sauf un peu de pâleur, nullement maladive, Itosalie Mangon n^avait rien d'ascétique dans sa personne. Elle était très-blanche, blonde dSm blond pâle; elle avait des yeux bleu dair qui semblaient errer dans le vague, quoique rien ne leur échappit : somme toute, visage empreint de vtAgsrrité, et qui, malgré îles efforts constants pour se donner une expression extatique, avait tonjotn^s, pour les observateurs, quelque chose de rusé et de sournois. Les païens auraient représenté la déesse de la Fausseté avec ces traits-ïà. Rosafie Hangou n'avait pas suivi une inspiration de piété puisée dans les lectures de mysticité dangereuse, et développée par des directeurs imprudents, comme il était arrivé à Véronique ; elle avait pris hautement une positien qui la rele^^ait i ses yeux. Elle était fille d*vn hui»> sier de Bourg en Bresse, qui s'était ruiné par le jeu et par les femmes, et qui, en mourant, avait laissé sa femme et sa fifle dans la plus profonde misère. Madame Hangon vint à Lyon. ïSle avait de Fénergie : elle consacra le peu qui lui restait à créer un atelier de couture. €râce k son habileté, elle réussit ; et, en peu d'années, elle se fit une bonne clientèle parmi les femmes élégantes de l'aristocratie de Lyon.

Rosalie, sa fille, était restée chez une tante, vieille fifle dévote, qui lui fit espérer son héritage. La nièce Oatta la tante avec habileté : elle se fit dévote avec elle. Elle lut, comme Véronique, force livres mystiques, et essaya, devant sa tamte, d'avoir des extases. Une maladie nerveuse très-réelle lui donna cette idée; et elle obtint

das succès si satisfaisants qu elle finit par se croire ellemême extatique.

Un Père capucin avait raconté devant elle Thistoire de la bienheureuse Marie Taigi, alors peu connue. Comme Rosalie ne manquait pas de mémoire, elle écrivit cette belle relation pour s'en servir au besoin. La tante était ravie, elle avait chez elle une sainte. Le curé du lieu partageait cette flatteuse opinion. Tout allait dans les règles.

Au milieu de cette belle vie mystique, Bosalie Mangon songeait aux intérêts matériels de la vie. L*héritage de sa tante allait lui échoir au premier jour. Elle serait indépendante. Un peu dégoûtée du mariage par ce qu'elle avait vu dans sa famille, elle se décida à ne pas se marier. Elle voulait jouer un rôle dans le monde dévot. Elle savait que les portes les plus difficiles à forcer s'ouvraient à deux battants devant une béate. Marie Taïgi , simple femme du peuple, n'avait-elle pas été en^relation avec les princes, les cardinaux, les grands seigneurs et les grandes dames de la société romaine? Et elle composait un roman d'un nouveau genre dont elle serait l'héroïne. Hais comme elle comprenait la puissance de Targent, l'héritage de sa tante lui paraissait indispensable à la réussite de ses projets.

Cette bonne tante vint à mourir, les années aidant et plus encore quelques maladresses du médecin. Elle avait béni sa nièce en lui disant :

— Tout ce qui est ici est à toi; c'est peu de chose, mais cela suffira pour une âme qui ne tient en rien aux choses de la terre.

Ce bel héritage tant convoité se trouva réduit à un mobilier dont la vente produisit à peine trois mille francs. La bonne femme, voulant aussi être sainte, avait sain-

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temeiit disposé de soûante mille francs environ qu'elle possédait en obligations, actions de chemins de fer, titres de rente, le tout au porteur. Ces feuilles, aussi légères que celles de la sibylle, avaient disparu dans le gouffre où tombent les fortunes que peuvent convoiter les moines. Il fallut à la nièce pourvoir aux funérailles, aux droits de succession, acquitter aux capucins un legs de messes de trois cents francs, verser, en bon souvenir, cinq cents francs aux jésuites. Si bien que, tous frais payés, il ne resta à Rosalie Mangon d'autre ressource, après ses dernières larmes versées sur la tombe de tante Rose, que d'aller trouver sa mère et de se mettre humblement à coudre les robes des grandes dames, avec lesquelles elle s'était proposé d'entretenir de si belles relations de spiritualité.

Mais cette fille, qui était hardie, ne se tint pas pour battue. Maria Taïgi devint son type. Elle ne se brouilla point avec son curé, quoiqu'elle lui en voulût de l'avoir trop vantée à sa tante, au sujet de son détachement des biens de la terre. Elle se promit de se servir de lui à l'occasion ; et celui-ci, gagné par la flatterie, se dévoua à elle, et crut ou fit semblant de croire à tout ce qu'elle lui disait de ses révélations et de ses extases.

Rosalie, en arrivant à Lyon, entra de plain-pied dans la voie de la sainteté. Elle ne manqua pas de se lier avec Véronique. Et, comme cette dernière était plus âgée qu'elle de quelques années, elle se mit en quelque sorte sous sa direction.

Véronique était une mystique de bonne foi. Malgré sa finesse naturelle , elle ne devina point la fausse mysti* que, et elle consentit à l'associer à sa grande œuvre de la dévotion au Cœur de Sainte-Anne. Rosalie fut nommée vice-présidente de la pieuse association. Les jésuites, qui

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n'aiment goère les dévotions qu*ii6 n'iHit fms tnveviées, ji'étai0Dt fas fâchés d*vroir là itm oréatiire à eux, dm^ fée de Wv«llor cette « ooitrcifapMi »^ le imt était d'oint, ^e h dévetioD ai Smùré-Comr établie par Marie Ala^ cofM et lettr Père ée la Geiombiève.

Telles étaievl ie^ deuK femmes que mus devions pné* sester à nos ledeirs, m moment où nota les latrodrisiots dans le cénacle présidé par «Iles.

On cfcanta des cantiques en rhomieur de sainle Anne. Ils étaient composte ;par Véronîifne et valaient un pet flriesx, sous le rapport de la poésie , que ceux de Marie Alaooque, sa saioDe de prédilection.

Ensuite on reçnt quelques novvelles associées; et la vice-présideute Rosalie Mangon, le bel-esprit del^assenblée, lut un rapport, assez correctement écrit, sorlesfmH grès de Fassociation dans les trois mois qui Tenaient de s*écouler, sur les doi^s reçus et les souscriptions noiiH brenses qui étaient arrivées pour l'érection d'une -chipelie dédiée an Oeur de sainte Anne. Le rapport fut écouté dans un religieux silence , interrompu seulement par quelques pieuses exclam^ations quand on ^apprenait une générosMé inafttendue. Rosafie avait lu son rappoit avec cette satisfaction d'un anteur qui a la conscience d'avoir bien aligné ses phrases. De temps en temps, elle jetait on coup d'œil sur Véroniqne, pour tâcher d'y surprendre une marque d'approbation. Mais Véronique gardait sa pose de statue, et, les yeux fixés sm* one image des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, an-dessous desquels se trouvait le Cœur de sainte Anne, elle semblait écoutei* une voix surnaturelle. Cependant, le rapport fini, elle en loua brièvement l'exactitude, et les associées commencèrent à causer entre elles.

Les plus avancées dans la spiritualité, par conséquent

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