‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 2 sur 63 · PROGRAMME D*UNE SECONDE SÉRIE DE ROMANS · texte numérisé non relu

PROGRAMME D*UNE SECONDE SÉRIE DE ROMANS

tirerait uue nichée de rats, au rire fou du iiMHide des libres penseurs!

Je dis aux hommes de Fécole de l'examen et de la libre pensée :

Vous pouvez aider immensément le mouvement religieux qui s'accomplit au milieu de l'indififérence des masses, et qui doit pourtant exercer une influence capitale sur leur avenir» en prenant votre pari au travail impartial de la transformation. Entre vous et nous, se dresse ce problème d*une incommensurable hauteur : Le sentiment religieux, vivantdepuisle commencement du monde dans les entrailles de l'humanité, doit-il s'éteindre?

Si le christianisme est vrai, il aura son triomphe, même malgré vous et à votre honte.

S'il est faux, il tombera, après son affaissement actuel et de longues défaillances, dans sa décrépitude, que ni les fureurs de ses apologistes violents, ni leurs adulations envers les puissants de TÉglise ne sauraient arrêter.

Le respect pour vous-mêmes et pour la vérité vous impose une grande et noble réserve. Nous vous tendons la main, pour que tous, piocheurs énergiques dans les sentiers de ce monde nouveau où il faut s'avancer, nous ne soyons, ni les uns ni les autres» ou de serviles conoplices des superstitions humaines, ou d'insolents négateurs d'une parole jetée au monde, pleine de grâce et de vérité, et destinée à être son salut jusqu'à la fin des siècles.

NOTE SUR LA LETTRE D'UN LIBRE PENSEUR A L'AUTEUR 0U CURà DB CAMPÀONE

Parmi les écrivains de la libre pensée, un seul a été violent et souverainement injuste envers moi, c'est M. Alphonse Duchesne. Il m*a adressé, dans le Figaro, une lettre qui eût pu être signée : Louis Veuillot, et qui du reste lui a valu, de la part de l'auteur des Odeurs de Paris, le compliment « d'honnête libre penseur. » On est honnête avec M. Veuillot, même quand on n'est pas catholique, lorsqu'on peut appeler « tartufe ou imbécile » un écrivain dont on attaque les livres, mais dont la personne nous est complètement inconnue.

Malgré ces belles injures, par lesquelles je ne me sens atteint d'aucune façon, je vais expliquer k M. Duchesne comme quoi je ne puis accepter la leçon un peu brutale qu'il a voulu me donner.

Premier éelaireissemeut,

< Un prèlre voltairien, dit-il, est, dans l'ordre intellectuel et moral, un monstre. »

M. Duchesne a parfaitement raison, et je reconnais avec lui que le prêtre voltairien est un monstre. Seulement, je lui affirme que le prêtre voltairien ne peut être cehii qui a foi dans la doctrine du Christ, qui croit à

la divinité du Christ, qui aime FÉglise fondée par le Christ, et qui se dévoue à la grande œuvre de son sacerdoce. Or, ma profession de foi bien explicite détruit radicalement raf6rmation malveillante de M. Duchesne. L'Évangile, et l'Église dépositaire de TÉvangile, telle est ma foi. Comment, après cela, faire de moi un voltairienî

Second éclaircissement,

M. Duchesne ajoute :

« Décrier TÉglise et ridiculiser le sacerdoce, c'est jouer le rôle de Tofficier gui insulte à son drapeau, du magistral qui prêche la violation de la loi ; et c'est une monstrueuse inconséquence que de tourner en dérision les croyances qu'on a longtemps considérées comme saintes. »

II ne m'est pas possible d'admettre ces similitudes. Le prêtre catholique qui cherche un remède aux maux de rÉglise dans l'œuvre régénératrice d'une réforme, dans le travail puissant d'une transformation, ne décrie pas l'Église. 11 n'est pas un ennemi qui outrage, il est un ami qui veut sauver. Dites qu'il se trompe sur le remède ; prouvez que l'Église n'a besoin ni de transformation ni de réforme, que l'idée d'une décomposition religieuse est une folie du monde contemporain, que croyants et libres penseurs se trompent sur cela, et que M. Alphonse Duchesne seul ne se trompe pas, c'est votre droit. Mais, au

nom de Dieu, ne changez pas un penseur, un écrivain qui, de Taveu de M. Louis Yeuillot lui-même, « n'est pas le premier venu, » en un insulteur haineux de FÉglise 1

Mettre en scène des hommes du sacerdoce, ce n'est pas ridiculiser le sacerdoce. Plusieurs des héros de mes livres sont des types de vertus sacerdotales. Et, quand je signale des abus, quand j'attaque des institutions disciplinaires usées et dangereuses sous notre civilisation, je prétends rendre service au catholicisme.

C'est un vieux mot de certaines feuilles religieuses, égaré sous la plume de M. Duchesne, que de prétendre que c le prêtre met à nu les plaies de sa mère quand il révèle les secrètes misères de l'Église ». D'abord les misères de l'Église ne sont pas et ne peuvent pas être secrètes; et saint Bernard, qui n'était qu'un simple prêtre, se gêna peu pour révéler ces misères dans un livre fort connu, qui est demeuré son plus beau titre littéraire. Avant lui, en plein concile, Arnoul, un évêque d'Orléans, avait accusé Rome « de répandre sur le monde des ténèbres monstrueuses > (Concile de Reims de 991). Saint Thomas de Cantorbéry écrivait, en 1170, au cardinal Albert : « Je ne sais comment il arrive toujours qu'à la cour de Rome, Barrabas est délivré, et Jésus-Christ mis à mort. » Bossuet est allé jusqu'à rejeter sur la cour de Rome la cause première des maux de l'Église pendant des siècles (1).

fl) c La cour de Rome, d'où Ton devait attendre le remède aux :, en était la première cause et le principe presque universel.

iS NOTE

Ces illustres personnages de TÉglise ont mis k nu les plaies de leor mère. Mais, ainsi que moi, ils signalaient le mal pour qa*on songeât à y porter remède. Et j*ose dire que j'ai mis souvent plus de retenue dans mon langage que ces saints évéqnes, ces saints prêtres qui, du onzième au seizième siècle, ne cessèrent pas de demander la réforme de FÉglise < dans son chef et dans ses membres ».

Il ne s'agit donc pas ici d'officier insultant à son drapeau. . Il faudrait pourtant voir clairement les choses. Croyez-vous que Vauban, critiquant le vieux système des forteresses féodales et proposant un système nouveau, trahissait la France? Et le prince de JoinvilIefaisait>il œuvre monstrueuse en dévoilant, dans une brochure célèbre, Tétat déplorable de la marine française ?

Je prends les mêmes droits, ayant les mêmes désirs do bien. Pourquoi m'en faire un crime?

TroisièriM éclaircissement.

Je crois M. Duchesne de complète bonne foi. Je veux le prendre pour homme d*esprit et pour homme d'honneur, tout en lui conseillant de moins emprunter au vocabulaire injurieux de V Univers. Mais qu'il com-

L*ayaric6 et le libertinage s'étaient répandus parfont, et les papes ne s^occupaient guère de faire revivre les mœurs anciennes, s'imaginant n'être pontifes que pour attirer à eux les afiaires. » (Déf. de la déclar, du cltrgi de France.)

prenne bien que vouloir, à tort ou à raison, introduire des réformes capitales, amener même une complète transformation dans une ^ande institution religieuse, comme l'Église catholique, c'est la croire précisément capable de subir ces réformes, c'est hii supposer une vitalité puissante, c'est avoir foi dans son avenir.

Puisse-t-il se convaincre maintenant qu'il n'était pas dans la question, et qu'il m'adressait tout simplement une malveillance, lorsqu'il me disait dans sa lettre :

c C'est oublier le respect dû à soi-même que de ne point accomplir jusqu'au bout les devoirs de la profession è laquelle on s'est voué librement. »

En quoi n'ai-je pas rempli jusqu'au bout les devoirs de maprofesâon? L'abbé de Clairvaux, saint Thomas de Gantorbéry, Bossuet étaient^ils de mauvais prêtres parce qu'ils censuraient la cour de Rome ?

Quatrième éclaircissement.

H. Duchesne assure que je le prends c d'un peu haut » en défiant tout homme sérieux et de bonne foi de me prouver que mes livres sont une attaque à la religion et à ses dogmes; et il se fait fort de me prouver que je ne suis pas orthodoxe, et que j'attaque le dogme en signalant les dangers du célibat ecclésiastique, et en demandant que l'on recrute, à l'avenir, le sacerdoce parmi les hommes mariés. Or, dit M. Duchesne, « si l'Église ha-

sarde le mariage des prêtres, cette concession fera tomber la confession. Nulle femme ne livrera ses secrets au prêtre marié. Or voilà donc la confession attaquée. »

L'argument théologique de M. Duchesne n'est pas fort. Apprenons donc à cet excellent libre penseur qu'il y a^ dans TEglise grecque, quatre-vingt millions de chrétiens qui se confessent à des prêtres mariés. Qu*il sache que les prêtres du Liban, les prêtres grecs-unis en Pologne, etc., etc., sont en communion avec TÉglise romaine, qu'ils sont tous mariés, et que les femmes ne craignent pas de leur confier leurs secrets. Et comment ce que Rome permet en Orient pourrait-il être immoral et contraire au dogme en Occident?

Je borne là ma défense et j'espère que Thonorable libre penseur comprendra qu'il a fait fausse route, et qu'il a dépensé en pure perte beaucoup trop d'indignation. M. Veuillot n'est un bon modèle que dans son style. Que M. Duchesne n'aille pas s'égarer à son école, n'adopte pas son intolérance !

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