CONVERSION D*UN MYSTIQUE
plus. Nulle question de pèlerinage ni à la. sainte tunique, ni au saint suaire. H. de Quélen, M. de Cheverus eussent ri au nez d'un moine qui leur eAt parlé de cf^otion au pape; et M. Affre, avec sa bonhomie rouergate, eût prié un prêtre s*occupant de liturgie romaine, de mieux employer son temps.
Vous voyez que tout cela est changé. Le courant mystique, grâce à Téducation crédule et superstitieuse reçue par les femmes dans les couvents, est devenu tout à coup d'une force irrésistible. Et, peut-être, je ne me trompe pas, en disant que le clergé, tout en paraissant le favoriser beaucoup, est plutôt entraîné par lui.
Eh bien ! mon ami, ne l'oubliez jamais : le jour où le clergé, par un entraînement irréfléchi, s'est jeté dans le mysticisme, ce jour-là il a signé sa propre abdication. Le clergé séculier a beau faire, les âmes pieuses le voient de trop près; il manque, pour elles, de cette auréole dont s'enveloppent les moines. Ceux-là, toujours vus à distance, font adorer le nuage par lequel ils sont séparés du reste des hommes. Ils ont très-bien compris qu'ils n'auraient de prise sur les femmes, dont la nature intime est toute de sentiment, qu'en favorisant leur penchant aux croyances merveilleuses. En faire des mystiques, c'est en faire des séides enthousiastes et ardents.
Avec la méthode opposée, la méthode de raison, on n'entraîne rien, on ne fascine rien. Parler du devoir, de vie paisible dans la tâche obscure et journalière de la famille, quel terre-à-terre ! Et que ces pauvres prêtres de paroisse ont bien peu de spiritualité, quand ils s'en tiennent à ces simples vertus ! Ils font l'effet de Cornétie mère des Gracques. Que c'est vulgaire, que c'est petit! Mais le moine qui parle des ardeurs du divin amour, oh ! celui-là, l'habile, il a tout compris. Ce pauvre cœur
inassouvi, ce pauvre cœur auquel nul amour bien chaud, bien poétitjue n'a encore répondu, boit avidement ce nectar qu'un homme, en relations constantes avec le ciel, lui ofiVe d'une voix angéliquc.
Ce jour-là, la ([uestiou esl tranchée. Le mysticisme est entré dans l'Eglise par toutes les portes. Que Tépis* copat le veuille ou non, les mystiques régneront sur les «Imes. Pour échapper à la contagion, il faudrait fermer le confessionnal aux moines. L'épiscopat aura*t-il jamcis ce couraiçe ?
Comprenez-vous, maintenant, qu'on nous repousse dans le monde pieux? Comprenez-vous qu'on aille aux jésuites? Cette question du mysticisme, si indifférenle en apparence, vous apparait-elle h celle heure avec ses conséquences effrayantes?
Mon ami, mainteuant vous savez tout.